Marine Le Pen: «L’assimilation républicaine, condition indispensable à la cohésion de la nation»

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«J’ai une foi inébranlable en la destinée de notre chère France. Rien ne la fera succomber et, s’il le faut pour qu’elle reste grande et fière de nos vies, eh bien, qu’elle les prenne! Du moins, plus tard, nos jeunes frères et nos neveux seront fiers d’être français, et ils pourront lever la tête sans honte en pensant à nous.»

En lisant ces paroles pleines d’une rageuse fierté d’appartenir à la nation française, les noms se bousculent dans nos têtes: s’agirait-il d’un manifeste du général de Gaulle? D’une envolée de Clemenceau à la tribune de l’Assemblée nationale?

Non. Ces mots, dont la force et la clarté nous bouleversent encore, quatre-vingt ans après, sont ceux du capitaine Charles N’Tchoréré, froidement abattu par un soldat de la Waffen-SS, le 5 juin 1940. Il avait exigé, après avoir été fait prisonnier, de ne pas être séparé des officiers blancs par des Allemands qui refusaient, du fait de sa couleur de peau, de lui rendre les honneurs dus à son rang.

Du capitaine N’Tchoréré, il ne reste pas que cette lettre, adressée à son fils qui allait, lui aussi, tomber pour la France, le même jour: le Prytanée militaire de Saint-Louis, au Sénégal, porte aujourd’hui son nom.Nos gouvernants ont renoncé eux-mêmes à l’assimilation républicaine.

Mais que nous reste-t-il aujourd’hui à nous, Français, de l’universalisme auquel cet officier était si passionnément attaché, et de la fierté d’appartenir à une si belle nation?

En observant le climat surréaliste de violence dans nos rues, climat que notre gouvernement – sans doute bien aise de trouver là une diversion à sa calamiteuse gestion de la crise sanitaire au cours des derniers mois – laisse perdurer jour après jour sans jamais prendre les mesures permettant de mettre fin à l’impunité de ceux qui font régner la terreur dans un nombre croissant de villes auparavant préservées, nous sommes en effet pris de vertige.

Mais ce sentiment ne date pas d’hier. Il nous habitait déjà lorsque le Défenseur des droits fraîchement remplacé, Jacques Toubon, censé être le gardien de nos libertés, évoquait un «racisme systémique», reprenant l’exact lexique de ceux-là mêmes qui poursuivent notre République d’une haine si tenace depuis de trop longues années, en parlant de nos forces de l’ordre. Honte, lorsque le ministre de l’Intérieur lui-même mettait sur le même plan, dans un récent entretien, séparatisme islamiste et «séparatismes d’extrême-droite et d’extrême-gauche» démontrant ainsi de manière éclatante l’incapacité de ceux qui nous gouvernent à établir une hiérarchie entre les dangers menaçant la France.

Consternation, lorsqu’Éric Dupond-Moretti établissait comme priorité de son ministère, immédiatement après sa prise de fonctions comme garde des Sceaux, le retour sur notre sol des jihadistes français de Syrie, et le fait d’accorder une entrevue à la famille d’Adama Traoré.

Une famille de délinquants auxquels la lutte contre le «racisme structurel» imaginaire qu’ils prêtent à notre pays a fini par fournir la position sociale et la notoriété que n’auront jamais, dans le silence de leur labeur, nos millions de compatriotes d’origine maghrébine, subsaharienne, asiatique, qui ont épousé la République et contribuent chaque jour à la cohésion et à la prospérité de la France.

Compatriotes qui sont les premiers à subir, faut-il le rappeler, les discriminations, la honte, les nuisances que le laxisme de la République face aux caïds fait peser par ricochet sur l’ensemble des Français issus de l’immigration. Et que dire de l’humiliation que constitue, pour le peuple français tout entier, le spectacle de ces hauts responsables quémandant, auprès des ennemis de la France, bonnes grâces et audiences.

Mais la pire faute de ceux qui nous gouvernent dans ce débat, et c’est sans doute le point le plus révélateur, est historique. Ayant renoncé eux-mêmes à l’assimilation républicaine, condition indispensable à la cohésion de la Nation, nos actuels dirigeants en ont oublié notre mémoire nationale elle-même. En effet, en 1955, alors que Rosa Parks refusait de céder sa place dans le bus à un homme blanc en Alabama, Gaston Monnerville, né à Cayenne, présidait le Conseil de la République – un poste qu’il allait occuper près de dix ans ; Léopold Sédar Senghor, dont l’immense apport à la littérature francophone est célébré par notre pays depuis des décennies, devenait secrétaire d’État à la Présidence du Conseil.

Neuf ans avant le vote du Civil Rights Act, la France avait déjà abandonné les vieilleries racialistes, avant de renoncer, dans l’amertume des vieux empires, à son messianisme colonial.L’ambition colonisatrice de la France s’est transformée en une frénésie du devoir d’accueil massif des populations étrangères.

Aussi, alors que notre pays s’apprête à traverser la plus grave crise économique qu’il ait connue depuis 1929, les capitulations en série de ceux qui nous gouvernent semblent plus indécentes encore qu’hier. Depuis bien longtemps, déjà, notre mouvement souligne le danger vital que court la France, dont l’ambition colonisatrice s’est transformée, au sortir des Trente Glorieuses, en une frénésie du devoir d’accueil massif de populations étrangères, ignorant obstinément les limites de notre capacité à assimiler tant de nouveaux arrivants.

Est-ce par «racisme systémique» que notre pays a octroyé aux ressortissants algériens et tunisiens, par des conventions bilatérales, des facilités de séjour sur notre sol largement dérogatoires au droit commun? Est-ce par «néo-colonialisme» que la France a institué à partir des années 1970 un droit au regroupement familial dont peu de pays, à commencer par les États-Unis, pourraient se réclamer?

Est-ce par la faute d’une «discrimination d’État» que sont exécutées seulement 15 % des obligations de quitter le territoire français décidées par nos juges, à l’issue de procédures complexes, offrant de nombreuses voies de recours aux étrangers résidant illégalement sur notre sol? Et que dire de la mansuétude de nos gouvernants face aux manifestations illégales lorsqu’elles consistent à réclamer comme un dû l’octroi de titres de séjour, ou à appeler au meurtre de nos policiers? On se demande bien, en vérité, à quel «racisme structurel» les gilets jaunes doivent de n’avoir pas bénéficié des mêmes préventions lorsqu’ils manifestaient pour défendre leur dignité?

Non, ce n’est pas le racisme qui fait peser une menace existentielle sur la France: c’est plutôt l’aveuglement, celui contre lequel notre mouvement alerte depuis tant d’années. Au progressisme mondialiste empreint d’idéalisme adolescent, nous opposons résolument la nécessité d’une reconquête nationale. De notre histoire et, à travers elle, des principes qui ont fait de notre nation ce corps uni, capable de faire bloc dans les tempêtes. Au premier rang de ceux-ci, nous plaçons l’assimilation républicaine.

Puissent les évènements actuels mieux faire comprendre à nos compatriotes l’urgence de la tâche qui nous attend. Le peuple français, quand ses propres dirigeants commencent à justifier ceux qui n’ont de cesse de détruire notre socle républicain, quand ses rues commencent à ne plus offrir les garanties minimales de sécurité qu’un aussi grand pays se doit d’assurer, a déjà montré de quels mouvements impétueux il était capable. L’heure du sursaut serait-elle venue? Voilà le vœu que je forme pour la France.Sujets

Le Figaro