Porte du Hainaut (59) : Pour échapper à la déportation, le guinéen Aly Touré opte pour «la solution radicale»… (Màj)

A peine sortie  du centre de rétention de Lesquin, (le 6 mai dernier, ndlr) les ennuis recommencent pour Aly Touré. Une épée de Damoclès plane sur la tête du jeune guinéen. La déportation vers Conakry. Une option qu’il n’envisage pas.

Ne pouvant  rester plus de 90 jours en centre de rétention, le jeune guinéen de 20 ans avait été assigné à résidence avec pointage obligatoire tous les matins, à 10h, au commissariat de Valenciennes. Selon l’Observateur.fr, “un vice de forme dans la procédure avait finalement permis au Guinéen de retrouver sa liberté plus vite que prévu”.

Problème ! Le contrat d’apprentissage que Touré avait symboliquement signé avant son arrestation en février est aujourd’hui caduc. Titulaire de deux CAP, et en route pour un Bac pro, Aly Touré était motivé pour apprendre les métiers du bâtiment. Malheureusement pour lui, une deuxième Obligation de quitter le territoire français (OQTF) lui est tombée la semaine dernière.

Par la suite, le jeune migrant a été convoqué au commissariat pour signer les documents lui signifiant qu’un avion l’attendait mardi 8 juin, à Roissy, direction Conakry. Sur conseil de son avocate, Aly a refusé de signer les documents et de se rendre sur le tarmac.

Sachant les risques auxquels il s’expose, Aly  a pris la décision de quitter son foyer et le lycée Mansart, à Marly, où il était scolarisé depuis plusieurs années. Il opte pour la clandestinité.  La mobilisation n’a pourtant pas manqué en faveur du jeune guinéen. Des associations et des syndicats ont manifesté début avril pour demander sa régularisation. En vain !  

Aly Toure est arrivé en France  en 2016. Alors sous le coup d’une première obligation de quitter le territoire en février dernier, le jeune guinéen avait été arrêté et a passé 90 jours au centre de rétention avant de recouvrer sa liberté. Il choisit de vivre clandestin.

Abdoul Malick Diallo pour Africaguinée


17/04/2021

Porte du Hainaut (59) : La motion de soutien d’un maire communiste à Aly Touré, Guinéen orphelin menacé d’expulsion, ne fait pas l’unanimité

En marge de trois heures d’un conseil communautaire [de la Porte du Hainaut] largement consacré au vote du budget primitif 2021, Aymeric Robin [maire PCF] a souhaité mettre au vote une motion en faveur d’Aly Touré, jeune étudiant guinéen de 20 ans toujours en détention au CRA [Centre de Rétention Administrative] de Lesquin et sous le coup d’une Obligation de Quitter le Territoire. « Il mérite un traitement humain de sa situation, a indiqué le président. C’est aussi notre rôle de rappeler ses valeurs humaniste et de solidarité. »

Pas prévu à l’ordre du jour, ce « vœu pour la libération et la régularisation d’Aly Touré » n’a pas fait l’unanimité dans la salle.

«Cela fait le jeu de l’extrême droite» 

Taxant Aymeric Robin de « récupération », Salvatore Castiglione [DVD] a dénoncé ce qu’il estime être une remise en cause du droit français. « C’est en effet ce genre de récupération qui donne du grain à moudre aux extrêmes et j’estime que votre vœu fait indirectement le jeu de l’extrême droite en envoyant un message de défiance des autorités et des décisions de justice. » 

Une remarque qui a surpris le président, qui n’a pas caché son désappointement. « Je prends acte de ta posture, même si je la regrette tant sur le fond comme sur la forme. » 

Tout en souhaitant au jeune lycéen de Marly que son sort puisse s’améliorer le plus rapidement possible, Salvatore Castiglione n’a pas pris part au vote, expliquant que ce n’était justement pas le rôle d’une agglomération que d’entrer dans des combats partisans. « J’aimerais que le président veille à ce que les conseillers n’utilisent pas leurs boîtes mails pour diffuser leur propagande politique. » 

Huit élus présents dans la salle se sont abstenus, ce qui n’a pas empêché la motion d’être votée. Un appel à la libération du jeune homme qui sera envoyé au préfet de région au nom de l’Agglo, malgré la micro-polémique suscitée…

L’Observateur


06/04/2021

Ce mercredi, un nouveau rassemblement de soutien autour d’Aly Touré est prévu devant le centre de rétention administratif de Lesquin. Lundi, un magistrat a finalement prolongé le maintien sur place du lycéen marlysien en situation irrégulière pour une quinzaine de jours.

Je suis bouleversé parce qu’on sent un jeune qui a plein d’espoir, qui a déjà vécu des moments difficiles, confiait le député Alain Bruneel, il y a peu, à la sortie du centre de rétention de Lesquin où il venait de rencontrer Aly Touré. Il s’est retrouvé tout seul en Guinée, sans protection. Très fragilisé. Il retrouve quelques repères en France. Et paf, on lui remet un coup de bâton sur la tête. Ce n’est pas acceptable !

La Voix du Nord

______________

11/03/2021

Ce jeudi matin, de nouvelles manifestations de soutien se tiendront devant le lycée François-Mansart à Marly, puis sur la place d’Armes à Valenciennes. Cela fait maintenant plus d’un mois que le lycéen guinéen Aly Touré a été placé au centre de rétention de Lesquin. Dimanche, un magistrat a prolongé cette rétention d’un mois.

Le Syndicat étudiant, lycéen et apprenti (SELA) CGT du Nord appelle à de nouvelles mobilisations, ce jeudi, pour soutenir Aly Touré. D’abord, à 8 heures, devant l’établissement François-Mansart, à Marly, où ce lycéen guinéen était scolarisé, depuis 2017, jusqu’à son placement en centre de rétention depuis presque un mois.

Frise du parcours spatio-temporel du jeune lycéen

Cette histoire commence en 2016 lorsque ce mineur perd sa mère à l’âge de 16 ans. Dans la foulée, Aly Touré décide de partir vers l’Europe, il part vers l’Italie où il effectue plus de 4.000 km pour rejoindre le continent. Dans ce pays de l’Union européenne, détail clé, il effectue une demande d’asile. Ensuite, il poursuit son chemin vers la France où il arrive fin 2017.

Depuis cette date, il poursuit ses études au sein du lycée Mansart de Marly. Détenteur de deux CAP (peinture et plaquette), il poursuit son cycle d’étude au sein du même établissement dans le cadre d’un Bac Pro (aménagement et finition).

A son arrivée en France, il a bénéficié d’un hébergement à travers les structures proposées par le Département du Nord pour les mineurs non accompagné. Ensuite, faute de ressources, il fut accueilli en Hébergement d’Urgence au sein de l’association Prim’Toit. « Depuis son arrivée, il n’y a eu aucun problème de comportement. Il est honnête et très correct. Tout se passe bien », précise Dominique Muller, le responsable de l’Hébergement d’Urgence pour l’association Prim’Toit.

Ce lundi 15 février, une trentaine de sympathisants étaient présents devant le lycée professionnel Mansart à Marly, élus de l’opposition ville de Marly, syndicat, enseignants, membres d’associations, car « Aly jouait pour l’équipe de football du Centre Hospitalier de Valenciennes ».

Les arguments de l’Etat

L’argument premier de l’Etat réside sur le fait que le jeune Aly Touré a fait une demande d’asile en Italie. La doctrine européenne voudrait de fait qu’il y retourne… ! « Oui, il a fait l’erreur en demandant asile en Italie à son arrivée, mais devait-il être absolument au courant des rouages administratifs européen ? Ensuite, il a demandé le droit d’asile en France où il est arrivé comme mineur non accompagné », commente Jérome Leman, ancien maire de Marly. Pourquoi Aly ne se baladait-il pas avec son code des lois en vigueur sous le bras, bien étrange, mais très risible.

Sur ce point, la décision est dans les mains du Préfet du Nord dont le pouvoir est discrétionnaire en la matière. Nous l’avons observé dans une boulangerie où le professionnel avait entamé une grève de la faim dans un dossier similaire. ” Pourquoi ne pourrait-on pas faire du cas par cas, comme nous l’observons dans l’autre sens puisque les services de l’Etat sont venus le chercher. Pourquoi ne peut-on pas humaniser ce type de décision plutôt que d’envoyer un jeune en centre de rétention ? A ce stade, il est menacé en permanence d’expulsion (vers l’Italie le pays où il a demandé en 1er l’asile). Le plus simple n’est-il pas de lui accorder ce droit d’asile en France où il construit sa vie ? “

Autre argument, la poursuite assidue de ses études « ne constitue pas une preuve d’attachement suffisante à la France selon les services de l’Etat » s’étonne Jérome Leman. Là également, il est assez surprenant qu’un jeune homme sérieux dans son cycle d’étude, très motivé pour trouver un emploi, ne soit pas considéré comme une personne intégrée dans notre république.

« Son rêve est de travailler », Maître de stage

Preuve que son parcours se déroulait sans souci. Aly venait d’achever sa semaine de stage au sein de l’entreprise ML Renov à Maing. « On a vu tout de suite qu’il était très débrouillard, très ponctuel, et très motivé pour obtenir un emploi à terme. On a matché tout de suite. Mon rêve est de travailler dit Aly. Tous les jeunes ne font pas ce type de réflexion ! Nous étions, suite à cette semaine d’essai, favorable pour signer un contrat d’apprentissage (de deux ans) », explique Michaël Lenne, le chef d’entreprise.

Ensuite, il exprime sa colère froide… : « Je ne comprends pas que l’Etat lui permette de suivre ses études, et aujourd’hui où il est prêt à apporter ses compétences dans une entreprise. On lui dit de partir. Clairement, je suis en colère, et c’est pourquoi j’ai mis un 1er post sur les réseaux sociaux », poursuit le maître de stage. On rappelle au passage que le secteur du bâtiment est ultra déficitaire en main d’oeuvre en France. D’ailleurs, cela fait partie d’une doléance récurrente du secteur vis à vis des pouvoirs publics, et des élus, exprimée notamment auprès du Président de la région Hauts-de-France lors de sa venue fin d’année 2020. Enfin, ce n’est pas cette période sanitaire qui va améliorer cet état de fait.

Espérons que le bon sens va reprendre le pouvoir afin d’éviter un jeune homme coupé dans son cursus professionnel en France. Ensuite, a son arrivée en Italie, il est probable qu’il revienne en France où il repartirait dans un autre cycle infernal administratif. Que de perte de temps, que d’inhumanité dans le traitement en silo administratif d’un dossier !

La Voix du Nord