Marseille : Aux Baumettes 2, sous le vernis d’une prison nouvelle génération

L’établissement pénitentiaire a fait peau neuve en 2017 mais est déjà confrontée à une surpopulation record et une série d’incidents graves.

À la prison des Baumettes, des lauriers roses poussent au pied des cellules et les murs des bâtiments sont plus blancs que ceux de n’importe quel hôpital public. Mais sous le vernis de cette maison d’arrêt nouvelle génération, la misère carcérale n’a pas disparu. La souffrance des détenus non plus.

Selon la directrice de l’établissement pénitentiaire, Karine Lagier, ce changement de décors a mis fin à de nombreux dysfonctionnements. « Par rapport aux Baumettes historiques, c’est le jour et la nuit. Les détenus ont la douche et le téléphone dans chaque chambre…»

L’élu demande : « Est-ce que vous diriez que les gens sont plus apaisés ? » La direction répond : « Totalement ».

Pourtant, la prison a été récemment le théâtre de plusieurs incidents graves. Quelques jours avant notre visite, un détenu a été sévèrement brûlé dans l’incendie de sa cellule. En juin, un homme de 26 ans est mort à la suite d’un malaise fatal. En avril, une détenue a déposé plainte pour viol contre un surveillant. En août 2020, Cédric Viviani, un enseignant connu pour ses pensées suicidaires, est mort pendu dans sa cellule.

Tous ces drames interrogent sur les soins médicaux et psychiatriques prodigués aux Baumettes. En arrière-plan, ils parlent aussi d’un établissement gravement malade de sa surpopulation.

Il y a plus de peines alternatives, mais il y a aussi plus de peines de prison. La répartition entre les Baumettes et Luynes ne marche pas car la réalité, c’est qu’on enferme toujours plus de monde. »

Regroupés dans une salle de crise, la directrice présente à notre petit groupe les chiffres clés de la prison. Si les Baumettes comprennent une prison pour femmes, c’est sur la maison d’arrêt pour hommes que se concentre notre visite avec le député.

Depuis son inauguration en 2017, l’établissement peine à absorber toujours plus de détenus. « La mise en œuvre du principe de l’encellulement individuel a été abandonnée dès avant l’ouverture », regrettait en 2020 le Contrôleur général des lieux de privation de liberté lors de sa venue. La preuve ? Chaque cellule de 8 mètres carré a été équipée d’emblée d’un lit superposé.

Aux Baumettes, avec 976 détenus pour 540 places, la surpopulation atteint aujourd’hui 170 %. Sur le seul weekend précédant notre visite, la maison d’arrêt a accueilli 17 nouveaux détenus. Certains magistrats tentent pourtant de limiter l’incarcération. « À Marseille, le nombre de peines aménagées en bracelets électroniques est supérieur à la moyenne », explique la directrice Karine Lagier.

Depuis deux ans, la justice a même mis en place un nouveau système de répartition alphabétique : selon son nom de famille, un homme condamné à Marseille sera affecté soit aux Baumettes, soit à Luynes, près d’Aix-en-Provence. L’objectif ? Désengorger la prison marseillaise. Sans trop de succès, pour le moment. « Il y a plus de peines alternatives, mais il y a aussi plus de peines de prison. La répartition entre les Baumettes et Luynes ne marche pas car la réalité, c’est qu’on enferme toujours plus de monde », confie une source de l’administration pénitentiaire.

Résultat : le quartier d’accueil des Baumettes est saturé. En théorie, les détenus ne sont pas censés transiter à cet étage plus de dix jours. En pratique, ils s’y retrouvent souvent bloqués plusieurs semaines, faute de places à la maison d’arrêt. Lors de notre passage, 18 cellules comptaient des matelas au sol, en plus des lits superposés.

« Vous pouvez m’ouvrir cette cellule ? »Le député Sébastien Delogu s’est arrêté devant une porte. Elle affiche un nom familier. Une fois la cellule ouverte, l’élu tombe dans les bras du détenu. « On était dans la même classe ! » s’écrie Yassine*, bloqué au quartier d’accueil « depuis 45 jours ». Commentaire de la direction : « Et bien, vous n’avez pas eu le même parcours ! »

Aujourd’hui, on voit arriver des minots. Ils sont souvent en rupture sociale. Si l’on veut bien faire notre travail, on doit être un peu psy, un peu éducateur. Ils doivent être canalisés. »

Les cellules du quartier d’accueil sont les plus dégradées. Le mur derrière Yassine est recouvert de gravures. Une inscription a été taillée plus vigoureusement, au milieu des prières et des textes de rap : « Oliviers A », nom d’une cité des quartiers nord hissée parmi les plus gros points stup.

Au-dessus d’un lit superposé, ce sont les codes postaux qui se déclinent : 13013, 13014, 13015… Mais aussi 69120 (Vaulx-en-Velin), 94200 (Ivry) et 91300 (Massy). Illustration d’un trafic de drogue marseillais qui recrute toujours plus loin. Et toujours plus tôt. Un surveillant en poste aux Baumettes depuis 30 ans confie : « Aujourd’hui, on voit arriver des minots. Ils sont souvent en rupture sociale. Si l’on veut bien faire notre travail, on doit être un peu psy, un peu éducateur. Ils doivent être canalisés. »

Mais sous la canicule marseillaise du mois d’août, la prison semble inerte. Hissés sur un poste de contrôle, nous avons vue sur la cour de promenade. Sous nos pieds, une dizaine de silhouettes juvéniles s’entassent assises à l’ombre. Le thermomètre dépasse les 30 degrés. Le vent qui balaye le massif tout proche des Calanques s’arrête net aux murs barbelés des Baumettes. 

Mehdi*, 27 ans, a lui aussi grandi dans le même quartier que Sébastien Delogu. Le député insiste pour rendre visite au jeune homme, dont il connait bien la famille. « Y’a qui d’autre ici ? » demande l’élu. Le détenu répond en donnant quelques noms de proches et conclut : « Y’a tout le monde ». Mehdi a connu les Baumettes historiques. En comparaison, il assure qu’ici, « tout est carré ». Dans sa cellule, le soleil s’écrase sur le lit. Il nous montre un petit ventilateur de chevet cantiné pour 25 euros : « Il a sauvé mon été », dit-il. Mehdi peut ouvrir et fermer sa fenêtre comme il le veut. Mais aux Baumettes, tout le monde n’a pas cette « chance ».

Le 12 juillet, l’Observatoire International des Prisons alertait sur le « calvaire »des fenêtres antibruit. Installées aux Baumettes dans le quartier d’accueil et le quartier pour femmes, elles sont censées étouffer les cris venant de la prison pour garantir paix et sérénité au voisinage. Elles sont composées d’une partie vitrée inamovible et d’une partie grillagée, beaucoup plus étroite, qui elle peut être ouverte.

En ce moment, c’est invivable. Tous les soirs, des gens viennent dans nos rues et crient avec les détenus. »

L’air passe difficilement entre les lames de métal et l’atmosphère devient vite « irrespirable », dénonçait l’OIP. Ces fenêtres sont régulièrement démontées par les détenus en quête d’air. Et les nuisances reprennent alors sous la forme de « parloirs sauvages ». Les plaintes des riverains ont donné lieu à une visite ministérielle. Face à la presse marseillaise, le 3 août, le garde des Sceaux Éric Dupont-Moretti annonçait la construction d’un « pare-vue » encore plus haut que les enceintes actuelles.

« La prison est faite pour la paix publique, pas pour ennuyer les gens », déclare l’ancien avocat. La représentante du Collectif des voisins des Baumettes est à ses côtés. « En ce moment, c’est invivable. Tous les soirs, des gens viennent dans nos rues et crient avec les détenus. Il y a des familles qui sont gentilles. Mais il y a des femmes totalement hystériques et des hommes qui hurlent comme des bêtes », assène-t-elle aux micros.

Le 12 juillet, l’Observatoire International des Prisons alertait sur le « calvaire »des fenêtres antibruit. Installées aux Baumettes dans le quartier d’accueil et le quartier pour femmes, elles sont censées étouffer les cris venant de la prison pour garantir paix et sérénité au voisinage. Elles sont composées d’une partie vitrée inamovible et d’une partie grillagée, beaucoup plus étroite, qui elle peut être ouverte.

« En ce moment, c’est invivable. Tous les soirs, des gens viennent dans nos rues et crient avec les détenus. »

L’air passe difficilement entre les lames de métal et l’atmosphère devient vite « irrespirable », dénonçait l’OIP. Ces fenêtres sont régulièrement démontées par les détenus en quête d’air. Et les nuisances reprennent alors sous la forme de « parloirs sauvages ». Les plaintes des riverains ont donné lieu à une visite ministérielle. Face à la presse marseillaise, le 3 août, le garde des Sceaux Éric Dupont-Moretti annonçait la construction d’un « pare-vue » encore plus haut que les enceintes actuelles.

« La prison est faite pour la paix publique, pas pour ennuyer les gens », déclare l’ancien avocat. La représentante du Collectif des voisins des Baumettes est à ses côtés. « En ce moment, c’est invivable. Tous les soirs, des gens viennent dans nos rues et crient avec les détenus. Il y a des familles qui sont gentilles. Mais il y a des femmes totalement hystériques et des hommes qui hurlent comme des bêtes », assène-t-elle aux micros.

Vice