Marseille : L’explosion des rodéos nautiques inquiète les autorités

Pour endiguer ces débordements qui menacent les baigneurs, une députée des Bouches-du-Rhône veut rendre possible la saisie des jet-skis et créer des fourrières à bateaux.

À Marseille, où le phénomène explose, les autorités se demandent d’ailleurs si ces individus qui se lancent dans ce business juteux, à 100 euros la demi-heure, ne sont pas ceux qui tiennent les trafics de drogue dans les quartiers sensibles. Les mêmes qui, au pied des immeubles, friment dans des grosses cylindrées et qui, en bordure des plages, proposent des jet-skis de plusieurs milliers d’euros.

Impunité totale

Si les forces de l’ordre, en dépit d’un durcissement des peines encourues, ont les pires difficultés à lutter contre les rodéos dans nos rues, elles sont totalement démunies pour ces mêmes dérives en mer. Les sanctions – le plus souvent de simples amendes de 35 euros – ne sont pas dissuasives. Après avoir été verbalisé, pour défaut de permis ou défaut de contrat de location, le jeune repart à bord de son engin récupéré par le loueur, avec un sentiment d’impunité total. «L’arsenal législatif, conçu à une période où il y avait une moindre fréquentation, n’est plus adapté. On est face à une démocratisation des pratiques nautiques et à une importation d’une certaine forme de délinquance», reconnaît Michel Sastre, premier vice-procureur de la République au tribunal judiciaire de Marseille et responsable du pôle santé publique environnement.

Prises de court par ces nouvelles pratiques, les autorités cherchent la bonne parade et soutiennent les diverses propositions faites par la députée LREM des Bouches-du-Rhône, Claire Pitollat. En s’inspirant de ce qui existe pour les automobilistes en infraction, la parlementaire, qui fait de la sécurité du littoral son cheval de bataille, veut durcir le droit maritime. Elle souhaite que les forces de l’ordre puissent faire des saisies immédiates de jet-ski. «Si on constate qu’un scooter des mers sert à des pratiques dangereuses à répétition, on le prend», dit-elle, en demandant, pour ce faire, la modification d’un décret existant. Cette confiscation administrative doit s’accompagner, souhaite-t-elle, de la création du nouveau délit de «rodéo nautique». La députée veut aussi que des fourrières à bateaux voient le jour.

Hausse de fréquentation

Selon elle, ce dispositif qui pourrait dans un premier temps faire l’objet d’une expérimentation, est le seul moyen de stopper ces débordements. Et il y a urgence. Au sud de Marseille notamment, aux abords de la plage de la Pointe-Rouge, fréquentée par de nombreuses familles, le danger est réel. «Toute une série d’activités nautiques y est développée pour les enfants, et juste à côté, il y a des jet-skis qui, à vive allure, vont dans la zone de baignade», s’alarme-t-elle. «C’est une vraie préoccupation. On redoute le drame», souligne Michel Sastre.

Il faut aussi, selon Claire Pitollat, en finir avec ces loueurs sauvages qui imposent un véritable climat de violence. Pour s’approprier les quelques rares lieux de mise à l’eau pour les bateaux, ils délogent les autres plaisanciers. La parlementaire évoque des actes d’intimidation auprès de personnes, mais aussi des bateaux incendiés ou mystérieusement volatilisés. «Ils veulent s’approprier un territoire. Il faut que cela cesse et que l’on retrouve un littoral apaisé. La mer doit être un espace de liberté pour tous», dit-elle.

Perceptibles depuis quelques années, ces dérives ont pris une tournure particulièrement inquiétante depuis l’été dernier. Avec la crise sanitaire, nombre de familles sont restées au lieu de déserter la ville pour les vacances. Beaucoup de Français ont, eux, refusé d’aller à l’étranger et sont venus à Marseille. «L’été dernier, la hausse de fréquentation a été de 60 %», rappelle la préfète de police des Bouches-du-Rhône, Frédérique Camilleri. Bilan, dans cette ville transformée en chaudron, le business des jet-skis a explosé et les rodéos sauvages se sont multipliés. La nouvelle saison estivale se déroule dans des conditions similaires.

Cette année, les autorités sont sur le pied de guerre. «Avec l’expérience de l’an passé, il a fallu réagir et on a enchaîné les réunions depuis janvier dernier avec tous les acteurs concernés», rapporte Frédérique Camilleri. Un plan d’action a été mis en place pour intensifier les contrôles. Sous l’autorité de la préfecture maritime, des opérations d’envergure sont menées pour sanctionner les chauffards des mers (lire ci-dessous). Sur terre, des consignes de surveillance ont été délivrées pour faire la chasse aux loueurs non déclarés. «La ville a notamment fait en sorte d’empêcher l’usage de cales de mise à l’eau abandonnées», indique la préfète. «Le droit n’est pas notre meilleur allié. Il y a un vrai vide juridique», face à ces dérives, convient-elle.

Cette future fourrière a, pour Claire Pitollat, un autre intérêt: celui d’y entreposer tous les bateaux abandonnés par des propriétaires refusant de coûteuses réparations et qui finissent parfois par couler. «Avec toutes les matières qu’ils contiennent, c‘est source de pollution», indique le lieutenant-colonel, Luc Richard, chef du pôle «police en mer» à la préfecture maritime de la Méditerranée. En vue d’un retrait progressif et pour nettoyer la mer, les autorités maritimes ont mené en 2019 un recensement des bateaux abandonnés et des épaves. Elle en a dénombré 125. Depuis, une trentaine a été extraite des eaux. Direction les sociétés de recyclage.

Les rodéos sauvages ne se font plus seulement dans nos rues. Depuis quelque temps, le phénomène jaillit en mer. Délaissant la moto, sautant sur un scooter des mers, des bandes de jeunes sèment la panique le long de nos côtes. Faisant du slalom entre les bateaux ou se mettant dans leur sillage pour surfer sur les remous, ils font aussi la course entre eux. C’est drôle, ça va vite, ça enivre, et en cette période de crise sanitaire, ça défoule.

Sauf que ces rodéos sauvages se pratiquent au mépris des règles de sécurité les plus élémentaires, en frôlant nageurs et autres plaisanciers tranquilles. Selon la préfecture maritime de la Méditerranée, ceux qui s’y adonnent sont de vrais dangers. «Ils ne connaissent rien des usages en mer et ils utilisent des jet-skis dont la puissance est redoutable», s’inquiète Dominique Dubois, chef de la division «action de l’État en mer». Pour s’affranchir de toutes règles, comme la détention obligatoire d’un permis, ceux-là passent par des loueurs sauvages.

Le Figaro