Marseille : Mutilations dentaires, cinq et huit ans de prison pour les docteurs Guedj père et fils qui ont fait 350 victimes par appât du gain

Le tribunal correctionnel de Marseille a condamné à huit ans de prison avec mandat de dépôt immédiat Lionel Guedj, un ancien dentiste de Marseille (Bouches-du-Rhône), pour avoir mutilé près de 350 patients, en s’enrichissant au passage sur la Sécurité sociale et les mutuelles. Son père Carnot Guedj, qui l’avait aidé, a lui écopé d’une peine de cinq ans, avec mandat de dépôt également.

Lionel Guedj et son père Carnot, deux ex-dentistes marseillais, ont été respectivement condamnés jeudi 8 septembre à huit et cinq ans de prison, avec mandats de dépôt immédiats, pour avoir mutilé des centaines de patients en s’enrichissant au passage sur la Sécurité sociale et les mutuelles.

Pour la présidente du tribunal correctionnel, Céline Ballerini, les deux anciens dentistes avaient mis en place des « traitements uniformes et systématisés » qui ont « détruit » des vies, devenues « sans sourire » et « avec des douleurs intolérables ».

Ce jugement était attendu par quelque 350 plaignants, après une décennie de souffrances. À l’issue des audiences, à Marseille, du 28 février au 5 avril, une peine de dix ans de prison, le maximum prévu par le code pénal, avait été requise contre Lionel Guedj, 42 ans, jugé pour violences volontaires ayant entraîné une mutilation, des faits commis entre 2006 et 2012.

Radié depuis 2016

« Quelle circonstance atténuante la société est-elle prête à tolérer pour adoucir la peine légalement encourue ? Aucune ! », avait asséné à l’audience la procureure Marion Chabot. La magistrate avait également réclamé une amende de 375 000 €, le maximum encouru pour l’infraction d’escroquerie, l’autre chef de poursuites.

Placé sous contrôle judiciaire depuis sa mise en examen en novembre 2012, le dentiste n’avait jamais fait un seul jour de détention provisoire.

Finalement radié de l’Ordre des pharmaciens en 2016, Lionel Guedj s’était installé en 2005 dans les quartiers Nord, parmi les plus pauvres de Marseille, en installant son cabinet à Saint-Antoine. « Il est venu gratter la CMU » (couverture médicale universelle), avait asséné le parquet à l’audience, soulignant qu’en 2010 ce praticien était devenu le dentiste le mieux rémunéré de France avec 2,9 millions d’euros d’honoraires.

L’accusation dénonçait une « politique industrielle »

Selon un calcul du parquet de Marseille, ce jeune dentiste décrit comme avenant avait dévitalisé 3 900 dents saines, sans aucune justification thérapeutique, sur 327 patients, dans le seul but de leur poser des bridges très rémunérateurs. Selon la Sécurité sociale, il posait 28 fois plus de prothèses que la moyenne des dentistes français.

Dénonçant une « politique industrielle », l’accusation avait détaillé un plan monté par Lionel Guedj et son père Carnot – dit Jean-Claude – Guedj, 71 ans, ancien dentiste mutualiste venu épauler son fils. « L’argent, c’est le carburant de Lionel et Jean-Claude Guedj ne cherche que la réussite de son fils, quel qu’en soit le prix », avait lâché Marion Chabot.

« Jamais je n’ai voulu blesser », assurait l’ex-dentiste à l’audience

Une peine de cinq ans de prison, dont un an avec sursis probatoire pendant trois ans, assortie de l’obligation d’indemniser les parties civiles, ainsi qu’une amende de 150 000 euros, ont été réclamées contre le père.

Un mandat de dépôt et une interdiction définitive d’exercer ont été sollicités contre les deux prévenus. « Ils ne sont qu’un pour ce qui n’est ni plus ni plus ni moins qu’un projet criminel », avait asséné la procureure.

« Jamais au grand jamais, je n’ai voulu blesser, faire mal » , s’était défendu Lionel Guedj qui, au terme d’un mois d’audience, avait fini par reconnaître des fautes de jeunesse.

« Campé dans ses certitudes, se sentant invincible, il a pratiqué ce traitement car il pensait qu’il était dans le vrai, il y croyait », avait plaidé son défenseur, Me Frédéric Monneret, en demandant au tribunal de requalifier les faits en blessures involontaires

Ouest-France