Matthieu Belliard : «Monsieur le président, ne nous ôtez pas la liberté d’instruire nos enfants en famille!»

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Le journaliste, matinalier d’une radio, explique pourquoi son épouse et lui ont fait le choix d’instruire leurs enfants en famille, liberté reconnue, à ce jour, par le droit français.

Monsieur le président de la République, en 2016, avec nos enfants, nous avons fait un choix de liberté. Celui de l’instruction en famille. Aucun de nos enfants n’est atteint de pathologie lourde, aucun de nous n’est pratiquant d’une quelconque religion.

C’est un choix de parents éclairés, ambitieux et volontaires. Le choix de s’engager pleinement dans l’instruction de nos enfants. Leur ouvrir le monde, leur apporter un regard différent et développer chez eux un sens aigu de l’autonomie.

Nous avons le plus grand respect pour l’institution scolaire en elle-même, pour son histoire de luttes pour la protection des enfants, pour son personnel, enseignant ou non, que nous savons dévoué.

C’est vrai que c’est étonnant, de ne pas «mettre» ses enfants à l’école. C’est vrai que ce n’est pas courant. Nous avons dû et nous devons encore bien souvent expliquer ce choix.

L’école est un service public que nous devons protéger. Jalousement. Dont nous, Français, devons être les plus fiers.

Néanmoins, jamais l’école ne permettra ce que l’instruction en famille permet: développer le sens du travail autonome, aiguiser la curiosité des enfants et leur procurer soif, envie, appétit pour les apprentissages. Nos enfants aiment «travailler».

C’est le terme que nous utilisons avec eux. Ils aiment découvrir. Ils aiment s’exercer. Nos enfants passent beaucoup de temps à l’extérieur. Ils grandissent au contact de la nature, au contact des éléments, des saisons et au contact de nombre d’enfants instruits en famille. Nous leur demandons régulièrement quel est leur souhait. Nous leur proposons très souvent: «As-tu envie d’aller à l’école?». Nous ne sommes ni fermés, ni figés dans une idéologie.

Nos enfants ont soif d’apprendre. Soif de connaissance. Soif de contact humain. Et ils ont de nombreux amis, ils ne sont pas seuls – isolés à la maison – comme on pourrait le penser. Des amis d’extractions sociales différentes, d’origines différentes, de religions différentes. Il y a dans ce groupe d’instruits en famille une mixité «sociale, territoriale et ethnique» que l’on trouve assez peu dans la société française de nos jours. Il faut le reconnaître.

Nous organisons souvent des sorties, expositions, visites avec d’autres enfants instruits en famille. Qui sont ces enfants ni instruits par l’Éducation nationale, ni par le privé sous contrat et hors contrat? Qui sont les parents? L’instruction en famille est composite. Le choix est motivé par des raisons parfois très différentes. La première, évidente, est celle de la santé de l’enfant.

Vous y faites référence, monsieur le président de la République. Nous concernant, c’est un sentiment mêlé de liberté et de responsabilité. Nous sommes des parents investis: nous avons fait le choix de prendre en charge nous-même leur instruction et leur éducation. Nous avons choisi d’avoir des enfants pour nous en occuper à plein temps. Et c’est précieux, pour ces enfants. Tous.

Nous les ouvrons au monde, nous les accompagnons en fonction de leur rythme propre, de leurs besoins, de leurs centres d’intérêt et de curiosité. Une personne apprend ce dont elle a besoin, quand elle en a le besoin. Alors nous nous rendons disponibles pour eux. Nous-mêmes, nous prenons le temps d’apprendre à les connaître afin de leur permettre de se découvrir et de trouver par eux-mêmes leur place dans le monde.

Il faut aussi comprendre que dans l’instruction en famille, les enfants évoluent au contact d’autres enfants d’âges très variés – et non plus simplement par classe d’âge, par année de naissance. Ils grandissent et se développent au contact d’autres adultes aussi. Ne dit-on pas qu’il faut un village pour éduquer un enfant?

Nous avons foi en certaines valeurs. À commencer par la liberté. Elle est toujours à conquérir, à préserver. Elle doit être défendue et nous vous savons sensible à cette question. Monsieur le président de la République, votre discours du vendredi 2 octobre nous a heurtés. Nous ne nuisons pas à la société et avons la conviction d’aider la République en instruisant de futurs citoyens agiles, volontaires, n’ayant pas peur des apprentissages et connaissant les valeurs, le socle commun de notre société.

Nous n’acceptons pas que vous amalgamiez notre pratique à ces «écoles, entre guillemets car elles ne sont pas déclarées même comme telles, illégales, souvent administrées par des extrémistes religieux». Non, nos enfants ne sont pas «hors système», «exclus» comme vous le dites «de l’éducation à la citoyenneté, de l’accès à la culture, à notre histoire, à nos valeurs, à l’expérience de l’altérité».

Le cadre est pourtant très clair. Les contrôles de l’Éducation nationale et même des services sociaux de la mairie sont réguliers. Mais en réalité, nous ne vous croyons pas capable d’une telle confusion, d’une si grossière erreuren connaissance de cause. Nous sommes les citoyens d’un grand pays, mais voyons bien aussi que la société s’interroge.

Quels changements arrivez-vous à imaginer en canalisant tous les enfants de la République dans un seul et unique modèle? Les enfants construisent le monde de demain. Si nous, adultes, ne permettons pas, n’encourageons pas une certaine diversité de construction, comment changer la société? Cette décision qui est la vôtre vise à protéger les Français. C’est évidemment louable.

Mais peut-on protéger les Français au détriment des enfants? Sur ces questions-là, ne doivent-ils pas rester la seule et unique priorité? Nous ne voulons pas insulter votre intelligence en imaginant que vous soyez si confus. Vous avez reconnu vous-même que cette décision avait été très discutée au sein du gouvernement.

Vous en conviendrez, les choses ne sont pas si manichéennes. Nous ne pensons pas que vous soyez suffisamment informé. Nous ne pensons pas que vous sachiez qui nous sommes et quel est notre projet pédagogique.

C’est la raison pour laquelle nous vous demandons, en tant que simples parents «homeschooler» de revenir sur votre décision. Mais pour que votre choix soit éclairé, nous vous invitons, monsieur le président de la République, dans notre foyer. Sans caméra, ni journaliste, sans aréopage de conseillers.

Nous vous invitons à observer ce qu’est l’instruction en famille. Alors, nous sommes convaincus que vous reverrez votre position. Emmanuel Macron, ne faites pas le choix absurde de renoncer à la liberté au nom des Lumières. Ne faites pas de nos enfants des otages de la folie de certains adultes.

Le Figaro

1 Commentaire

  1. Face à des gens éclairés qui sont en mesure d’instruire leurs enfants, il y a les clans obscurantistes qui veulent que leurs enfants vivent dans un monde où la moindre réflexion est impure.
    Pour lutter contre une religion rétrograde, on supprime des droits à beaucoup de personnes, dans tous les domaines, alors qu’il fallait simplement la traiter en secte, ce qu’elle est de fait.

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