Maubeugeoise de naissance, Laïla se bat toujours pour obtenir la nationalité française

Laïla est née à Maubeuge en 1980, de parents marocains. Elle a vécu toute sa vie en Sambre-Avesnois. Ses frères et sœurs, ses enfants… Tous ont aujourd’hui la nationalité française. Tous, sauf Laïla. Celle qui se sent « Française depuis toujours », lance un appel.

Laïla, montre son acte de naissance devant l’endroit où il a été rédigé, la mairie de Maubeuge. PHOTO SAMI BELLOUMI LA VOIX DU NORD. – VDN

Les parents de Laïla ont quitté le Maroc pour s’installer en Sambre-Avesnois bien avant sa naissance. D’abord, c’est Ahmed qui est arrivé ; il a travaillé longtemps à l’usine Chausson (devenue MCA). Son épouse, Fatima, l’a rejoint quelques années plus tard. Laïla voit le jour à Maubeuge, en mai 1980.


La petite fille grandit en Sambre-Avesnois. Elle y fait toute sa scolarité, de l’école maternelle au lycée d’Hautmont. À l’âge de 18 ans, la Maubeugeoise obtient… une carte de résident. « On ne m’a rien proposé d’autre ; j’étais jeune ; je pensais que c’était normal », regrette-t-elle aujourd’hui.

Le temps passe…

« Puis, au fil des années, j’ai commencé à me poser des questions. Quand j’ai eu mes enfants, j’ai fait un premier dossier pour obtenir la nationalité française. » Le temps passe, rien ne change. Tous les 10 ans, Laïla doit refaire une demande de renouvellement de sa carte de résident. Et débourser 300 €. « À chaque fois, je me retrouve à la sous-préfecture avec tous ces gens qui viennent d’arriver en France ! » Ses frères, ses sœurs, ses enfants… Aujourd’hui, toutes celles et tous ceux qui l’entourent sont Français. Pas Laïla. Pas officiellement en tout cas. « Ce n’est pas logique ! »

En 2019, la Maubeugeoise décide de s’inscrire pour une formation dans le domaine de la sécurité. Sur la liste des documents requis figure un casier judiciaire. Celui que la jeune femme fournit ne leur convient pas. « Ils m’ont dit qu’ils voulaient un casier judiciaire du Maroc – pays où je n’ai mis les pieds qu’une fois dans ma vie, pour passer des vacances ! ».

« Est-ce qu’il y a un Maubeuge au Maroc ? »

« À un moment donné, j’ai commencé à douter de moi-même dit Laïla. “Montre-moi le carnet de famille” ai-je dit à ma mère. Je suis bien née à Maubeuge, non ? Est-ce qu’il y a un Maubeuge au Maroc ? Je suis où dans tout ça ? »

En 2019, la Maubeugeoise refait un dossier : « J’ai été convoquée à la préfecture de Lille. Une semaine plus tard, j’ai reçu une lettre pour me dire que je ne travaillais pas assez ». Les fonctionnaires rencontrés ont-ils compris que Laïla est née en France ? Qu’elle y a passé toute sa vie ? Qu’elle y a élevé ses enfants ? « Je pense qu’ils ne prennent pas assez de temps pour étudier mon dossier » regrette celle qui, aujourd’hui âgée de 41 ans, aimerait avancer dans la vie : faire des études, suivre des formations pour travailler ailleurs que dans un fast-food, avoir le droit de vote…

Laïla continue son combat. Avec l’aide d’un avocat, elle conteste le dernier arrêté du Préfet et la confirmation de celui-ci par le ministère de l’Intérieur. Une affaire à suivre.

À trois mois près…
Si Laïla était née trois mois plus tard, les choses auraient pu être beaucoup plus simples. Explications.

Selon la Loi nº 98-170 – article 2, les enfants nés en France de parents étrangers « acquièrent automatiquement la nationalité française à leur majorité ». À condition de résider en France à cette date et de pouvoir justifier d’une résidence habituelle en France pendant cinq années depuis l’âge de 11 ans – ce qui est le cas de Laïla. Mais… si cette Loi date du 16 mars 1998 – c’est-à-dire 6 semaines avant le 18e  anniversaire de Laïla (le 30 mai) – elle n’est entrée en vigueur qu’au 1er septembre 1998 ! Jusqu’à cette date, l’obtention de la nationalité française n’était pas « automatique » à la majorité et on était obligé d’en faire la demande.

La Voix Du Nord