Melle (79) : Avec ses migrants d’Afghanistan, de Guinée ou de Mauritanie, le bourg de 6.000 habitants prend des accents interculturels

L’accueil de migrants se fait à Melle depuis 2016, à la demande de la municipalité [socialiste] qui a mis pour cela à disposition les quatre anciens logements des sapeurs-pompiers.

Zakir, Sami, Ihsanullah, Ibrahima, Idrissa et les autres

Les familles confiées au début ont été remplacées par des jeunes adultes, des 20-30 ans majoritairement, arrivant de plusieurs parties du monde et après des périples qu’on devine souvent très douloureux. Si l’accueil au sein de l’Huda s’accompagne d’une aide aux lourdes démarches administratives, c’est aussi un lieu de vie où tous se côtoient.
20 h 50 ce jeudi-là, heure donnée par une application sur les smartphones, une bonne partie des jeunes adultes accueillis dans les logements de l’impasse du Feu sont réunis autour d’un tapis. L’installation est peu confortable, mais l’ambiance plus que bonne. Ce repas, l’unique de la journée en cette période de ramadan, est l’occasion de cuisiner des plats typiques, très parfumés. La variété des origines implique une variété de saveurs. Malgré la barrière de la langue, les discussions sont animées et joyeuses. Zakir, Sami, Ihsanullah, Ibrahima, Idrissa et les autres sont Afghans, Mauritaniens et Guinéens. Certains viennent de la même ville mais ne se connaissaient pas avant de cohabiter ici. Ils savent aussi qu’ils n’auraient pu se fréquenter dans leur pays d’origine. Ici, ça devient possible.

« On leur laisse la possibilité de se regrouper par affinités, en évitant de favoriser le communautarisme », explique Corinne Poirier, accompagnatrice sociale. « Nous leur donnons des cours de français mais également de culture française pour leur expliquer ce qu’est précisément la laïcité ou pourquoi l’école est chez nous gratuite et obligatoire. Certains ne sont même pas allés à l’école dans leur pays. Ils fuient aussi leur pays à la recherche de valeurs. » Une rencontre est également prévue à la mairie. Le sport, notamment le football, est vecteur d’intégration et de cohésion […].

Une santé psychologique fragile

Si les migrants sont accueillis à Melle dans l’attente de l’obtention, pas systématique, du statut de demandeur d’asile puis de réfugié, la lenteur des démarches allonge largement la durée de leur séjour. « Tout le temps qu’ils passent ici dans l’attente d’une réponse génère de l’espoir, commente Anne Giraud, conseillère municipale en charge de l’Huda, en relation avec le CCAS. On leur demande de s’intégrer en apprenant la langue mais, au final, ils ne sont sûrs de rien. C’est humainement difficile. Certains ont mis plusieurs années à venir en France, ont été emprisonnés, parfois battus et réduits à l’esclavage. Ils ont des expériences de vie humainement difficiles. » « Toutes ces démarches leur demandent beaucoup de courage et de force, conclut Corinne Poirier. Ils arrivent ici épuisés, avec une santé psychologique parfois fragile. Notre rôle est aussi d’amener des valeurs humanistes. Ils disent eux-mêmes que plus ils se connaissent, plus ils s’apprécient. » Afin d’améliorer leur quotidien, des travaux sont prévus dans les logements, auxquels ils participeront.

La Nouvelle République