Melun (77) : Toute la famille Waali derrière Ahmed pour sauver l’épicerie des Frères-Lumière

Installé à Melun depuis 1985 et dans la rue des Frères-Lumière, à Montaigu, depuis 1991, Ahmed Waali redoute de devoir en partir, contraint et forcé. Le gérant de l’épicerie des Frères-Lumière est visé par une procédure judiciaire, engagé par la SA Coopérative Montaigu II, qui regroupe les propriétaires des logements de cette impasse, située en face du lycée Léonard-de-Vinci. 

Jusqu’en 2060…

Une manifestation symbolique s’est tenue, samedi 27 février, devant le commerce, en soutien de la famille Waali. Signataire d’un bail emphytéotique, Ahmed Waali doit exploiter le site jusqu’en mars 2060. Pourtant, l’assemblée des propriétaires a sollicité la résiliation du bail et son expulsion. Une décision qui a été validée par le tribunal judiciaire de Melun dans un jugement du 13 octobre, mais dont la famille Waali a fait appel. 

« J’ai toujours payé ce que je devais : loyers, charges, impôts locaux, insiste Ahmed Waali. Je devais exploiter et entretenir les lieux et, à la fin, en 2060, remettre les clés aux copropriétaires. » Selon lui, le problème réside dans le fait que l’affaire a été jugée comme un bail classique, alors qu’il s’agit d’un bail emphytéotique.

« Il a tout investi dans l’épicerie »

Pour Me Morian Mahmoudi, l’avocat de la famille Waali, cette affaire doit, outre « le prisme judiciaire, être vue d’un côté moral. » Et de préciser : « Monsieur Waali a 71 ans, il a investi une grande partie de sa vie, de son temps et de son argent dans cette épicerie.

Mais à son âge, il ne peut pas continuer à travailler et il n’a jamais précisé que c’est lui qui doit tenir le commerce. » Si Ahmed Waali reste le gérant c’est désormais son fils, Lahoucine, qui a repris le flambeau. 

« C’est l’épicerie de mon père, souligne ce dernier. Il s’est toujours démené pour aider les gens, alors je ne peux pas concevoir qu’il se retrouve à la rue : c’est pire que si on changeait les règles en cours de route, là on essaye carrément de le virer du jeu. J’en appelle au préfet pour qu’il se penche sur cette affaire incompréhensible. »

Il faut dire qu’à l’époque où Ahmed s’est porté acquéreur du bail, il bénéficiait – après un investissement conséquent – de condition de jouissance du bien relativement privilégiée. « Oui, c’est une pépite, admet Naïma, sa fille. Mais une pépite dans laquelle il a investi tout son argent. Et maintenant on lui demande de partir sans rien ? C’est inconcevable. »

Règlement amiable ?

Pourtant, l’épicerie a rencontré des difficultés, notamment depuis 2015, et la mise en place de la rue en impasse. Le souhait des riverains – qui voudraient résidentialiser la rue et fermer l’accès, selon la famille Waali – mettrait un terme à l’activité.

 « La problématique principale c’est le stationnement, estime Lahoucine, qui souhaiterait développer une rôtisserie et une boucherie sur place. Mais ce n’est pas nous qui sommes responsables des problématiques du quartier. »

Ahmed Waali était même prêt à une conciliation à l’amiable, mais celle-ci aurait, selon lui, été refusée par les autres copropriétaires. « Je suis prêt à rediscuter les conditions du bail, où alors qu’ils me dédommagent, mais on ne peut pas jeter quelqu’un comme ça à la rue », se désespère-t-il.

Une procédure pour empêcher l’expulsion

Pour des membres de la copropriété, « tout est parti d’une incompréhension » et certains demandent même « une mise au point et un règlement de cette affaire à l’amiable. » Contacté, le bureau de la copropriété n’a pour le moment pas répondu à nos sollicitations. Vendredi, le syndic gestionnaire n’était pas en mesure de répondre à nos questions.

En attendant, l’avocat de la famille Waali a déclenché une procédure pour suspendre la mesure exécutoire d’expulsion. « On ne peut pas laisser une famille dans cette situation en pleine crise sanitaire », insiste Me Morian Mahmoudi. Un juge doit examiner la demande, mardi 23 mars. En attendant, l’épicerie reste ouverte 7 jours sur 7, de 8 heures à 10 heures.

Actu.fr