Menace terroriste : Selon Europol, « la France est en première ligne avec 45% des arrestations concernant l’extrême droite »

Selon le rapport annuel d’Europol sur le terrorisme dans le Vieux Continent, l’Hexagone totalise 37% des interpellations en Europe en lien avec des affaires de terrorisme jihadiste et 45% de celles concernant le terrorisme d’extrême droite.

Près de la moitié des arrestations menées dans le cadre de dossiers terroristes d’extrême droite en Europe, en 2021, l’ont été en France. Ce constat est tiré du dernier rapport d’Europol sur la situation et les tendances du terrorisme au sein de l’Union européenne (TE-SAT), publié mi-juillet. Un document qui confirme notamment que si le terrorisme jihadiste reste la principale menace, quoique moins virulente qu’au cours de la dernière décennie, les services de sécurité du Vieux Continent doivent désormais aussi faire face à celle que représentent les guerriers autoproclamés de la «race blanche».

«Les acteurs isolés associés à l’extrémisme violent jihadiste et d’extrême droite restent la plus grande menace associée aux attentats terroristes», analyse la directrice exécutive d’Europol, Catherine De Bolle, en introduction du rapport. La France compte plus du tiers des interpellations recensées l’an passé (140 sur 388). Dans le détail, 96 concernent des dossiers jihadistes (69 % du total français), 29 d’extrême droite (21 %), 12 indépendantistes ou assimilés (9 %) et trois d’extrême gauche (2 %). Autres chiffres : en 2021, l’Hexagone totalisait 37 % des interpellations en Europe en lien avec des affaires de terrorisme jihadiste (contre 46 % en 2019 et 39 % en 2020) et 45 % de celles concernant le terrorisme d’extrême droite (33 % il y a trois ans).

La pandémie de Covid, synonyme de forte hausse de la «présence en ligne et d’isolement social»

L’année 2021 a vu émerger un nouveau phénomène, à savoir l’extrémisme violent exercé à l’encontre des gouvernements et des mesures prises dans le cadre de la lutte contre la pandémie de coronavirus. Ce phénomène, souvent le fait de groupes en ligne informels sans liens réels avec les groupes terroristes traditionnels, se caractérise par des menaces proférées ouvertement, des discours de haine diffusés en ligne et, dans certains cas, le recours à la violence avec comme cibles les hommes politiques, les forces de l’ordre et les autorités sanitaires.

Le temps passé en ligne en raison des restrictions sanitaires a également été plus important, note Europol. Ce qui constitue “un facteur de risque pour les personnes vulnérables de plonger dans l’extrémisme.” Les jeunes constituent ainsi des cibles de choix pour la propagande diffusée par l’intermédiaire des plateformes de jeux par exemple. La pandémie semble également avoir offert une visibilité à ceux qui adhèrent aux idéologies extrémistes.

L’impact de la pandémie sur la société continuera à se faire sentir pendant encore un moment et nous devons rester vigilants quant à certains des défis à long terme posés par cette crise sans précédent“, souligne la directrice d’Europol, la Belge Catherine De Bolle.

L’environnement en ligne joue également un rôle important pour les formes traditionnelles de terrorisme. “ll facilite (l’auto)radicalisation et la diffusion de la propagande terroriste“, poursuit Catherine De Bolle. Les djihadistes ou les auteurs de violences d’extrême-droite agissent souvent seuls mais cela ne signifie pas qu’ils évoluent de manière complètement isolée pour autant, les communautés en ligne les mettent en relation avec les personnes qui partagent leurs idées. “Europol a donc développé sa capacité à identifier les contenus terroristes et extrémistes violents“, explique Catherine De Bolle.

Sur les quinze attentats ou tentatives recensés l’an dernier, cinq ont été commis en France, trois en Allemagne et deux en Suède. À l’instar d’autres pays, une attaque a également été recensée en Belgique à savoir celle que Jürgen Conings, le militaire aux sympathies extrémistes, voulait commettre.

Onze des quinze attentats étaient liés au djihadisme, dont trois ont été “couronnés de succès” en France. La quatrième attaque réussie a été perpétrée par des terroristes d’extrême gauche en Allemagne.

Les forces de l’ordre européennes ont également arrêté 388 suspects en 2021, dont 260 après avoir enquêté sur le djihadisme en France, en Autriche et en Espagne. Dans notre pays, 32 arrestations ont été opérées. À cela s’ajoutent 423 décisions de justice concernant des actes de terreur dont 107 ont été rendues en Belgique soit autant qu’en France.

Pour la première fois, Europol anticipe également les développements futurs dans son rapport. L’agence pointe ainsi l’instabilité politique au sein de l’Union européenne qui peut exacerber la menace terroriste interne. À côté de cela, “des groupes extrémistes peuvent exploiter les inégalités (supposées) pour promouvoir des messages qui divisent“. Europol songe ainsi à l’inflation galopante, combinée à “de nouveaux défis pour l’économie de l’UE en raison de la guerre en ‘Ukraine.

Cette guerre aura un impact sur la sécurité au sein de l’Union européenne dans les années à venir, selon Catherine De Bolle. “Des personnes radicalisées issues de différents États membres ont rejoint les deux camps“, poursuit la directrice. “De plus, la guerre provoquera des réactions extrémistes violentes, notamment en ligne“, note-t-elle encore.

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