Audincourt (25) : Abakar Gassama, jeune apprenti cuisinier guinéen au lycée Mandela a été rapatrié vers son pays sans même avoir subi de test PCR (Màj)

02/04/2021

Le jeune cuisiner de 20 ans, Abakar Gassama a été expulsé ce jeudi matin vers son pays d’origine, la Guinée. Une décision inacceptable pour son comité de soutien qui se réunira vendredi, devant la sous-préfecture de Montbéliard pour demander le retour en France du jeune homme.

Le jeune cuisiner de 20 ans, Abakar Gassama a été expulsé ce jeudi matin vers son pays d’origine, la Guinée. Une décision inacceptable pour son comité de soutien qui se réunira vendredi, devant la sous-préfecture de Montbéliard pour demander le retour en France du jeune homme.

Le jeune cuisiner de 20 ans, Abakar Gassama, a été expulsé ce matin, vers son pays d’origine, la Guinée, a annoncé son comité de soutien. Selon les membres de l’association, il n’a pas pu récupérer ses affaires et son téléphone lui a été retiré. Ce n’est qu’une fois dans l’avion qu’il a pu les récupérer et prévenir son comité de soutien : “Il a débarqué à Conakry sans un sou, sans un endroit pour dormir, dans un pays où il n’a aucun soutien et qu’il a quitté quand il n’était qu’un enfant, mais l’Etat Français n’a pas ce genre d’état d’âme” expliquent ses soutiens du Pays de Montbéliard dans un communiqué qui évoquent “une situation scandaleuse et inhumaine” . L’association compte faire revenir le jeune homme en France “en conformité avec la loi” insiste Pascal Tozzi, l’un des porte-paroles du comité de soutien.

Embarqué sans test PCR

D’autant que l’expulsion d’Abakar Gassama n’aurait été faite dans les règles toujours selon Pascal Tozzi. Malgré un refus de se soumettre à un test PCR , il a été expulsé. Or, la loi précise qu’un individu ne peut pas quitter le territoire français sans avoir effectué un test, que celui-ci soit positif ou négatif.

Arrivé en France à l’âge de 14 ans, Abakar Gassama était scolarisé au collège puis au lycée Nelson Mandela d’Audincourt où il a appris le français et décroché un CAP cuisine. Une promesse d’embauche en restauration à Audincourt attendait le jeune guinéen, à condition que le préfet retire son ordre d’expulsion.  Il continuait aussi une formation de vente au CFA de Bethoncourt. Sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français, prononcée par la préfecture du Doubs et validée en appel, il devait pointer trois fois par semaine entre 16h30 et 18h à la gendarmerie de Bethoncourt. 

Le comité de soutien ne baisse pas les bras

Le comité de soutien pour Abakar ne désespère pas de faire revenir le guinéen en France : “Nous examinerons les voies permettant à Abakar de revenir exercer ici l’emploi qui l’attend”. Pour obtenir gain de cause, ils se réuniront devant la sous-préfecture de Montbéliard, ce vendredi, à 17 heures. 

France Bleu.

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08/03/2021

Le Comité de soutien pour Abakar, jeune guinéen du Pays de Montbéliard sous obligation de quitter le territoire, organise un rassemblement de soutien à Montbéliard, devant la Sous-Préfecture, ce mardi 9 mars 2021 de 16h15 à 17h15 : “Ce 5 mars 2021, sur demande du Préfet du Doubs, la Cour d’Appel a confirmé la prolongation de 30 jours de la détention d’Abakar au Centre de Rétention Administrative de Metz. Son expulsion peut intervenir à tout moment. Cet acharnement administratif et judiciaire ne peut que choquer et révolter, celles et ceux qui, épris d’humanité, savent que l’on n’a rien à reprocher à Abakar, qui est en France depuis 5 ans, qui y a réussi sa scolarité et bénéficie d’une promesse d’embauche ferme avec son CAP de cuisinier.

Le prétexte invoqué jusque là, que ses papiers guinéens seraient douteux, est contredit par le témoignage écrit d’une responsable de l’Ambassade de Guinée à Paris. Que faut-il de plus pour que le préfet du Doubs cesse de s’acharner sur ce gosse ? Veut-il seulement démontrer son intransigeance aveugle après que la Préfète de Haute-Saône a fait preuve d’un peu de bon sens et d’humanité en régularisant Laye Fode Traoré, apprenti boulanger de Besançon ? Abakar est-il maintenant détenu pour l’exemple ? Le Comité de soutien appelle les citoyens épris de justice et de liberté à refuser cet acharnement, digne d’un autre temps et à participer au rassemblement de mardi devant la Sous-Préfecture“.

Abakar est né le 15 mars 2001 à Conakry, il est de nationalité guinéenne. Suite au décès de son père Seybou Gassama, sa mère Oumou Toure a été remariée. Le comportement de son beau père a obligé sa maman à fuir le domicile et la Guinée avec la petite sœur de Abakar. Sa maman qui n’avait pas pu emmener Abakar a organisé son départ pour l’Europe afin de la mettre à l’abri des agissements du beau-père. Abakar est arrivé en France le 1er janvier 2016 à l’âge de 14 ans. Le 22 novembre 2016, il est confié au service de l’aide sociale à l’enfance du Conseil départemental du Doubs par ordonnance de placement provisoire du Procureur de la République du Tribunal de Lons-le-Saunier.

En septembre 2017, Abakar intègre le Lycée Nelson Mandela d’Audincourt. Il bénéficie du dispositif UPE2A (Unités Pédagogiques pour Élèves Allophones Arrivant). L’intégration dans ce dispositif qui assure l’enseignement du français oral et écrit pour tout élève allophone, peu ou pas scolarisé antérieurement dans son pays d’origine lui permet de bénéficier de la prise en charge de ses déplacements en bus et de la demi-pension. En septembre 2018, Abakar démarre un apprentissage en vue de préparer un CAP de cuisinier, il intègre le CFA de Bethoncourt, son contrat est conclu avec un restaurant de Montbéliard.

Le 21 janvier 2019, soit 2 mois avant sa majorité, Abakar a demandé son “admission au séjour”. En juin 2019, le préfet a rejeté sa demande, décision assortie d’une OQTF (obligation de quitter le territoire) dans les 30 jours. L’apprentissage d’Abakar a donc été interrompu. Les différents recours qui ont été engagés, par son avocat Gabin Migliore, contre cette décision et contre l’OQTF (Tribunal administratif de Besançon, Cour administrative d’appel de Nancy…) ont tous été rejetés au motif principal que “il n’est pas sûr que les papiers d’identité présentés par Abakar soient les siens ou soient authentiques”, l’Etat français considérant par principe que les papiers guinéens sont peu fiables. Un argument déjà entendu dans le cas de Laye Traore, apprenti boulanger à Besançon.

Abakar termine l’année scolaire 2019 au Lycée Mandela, il obtient le CAP de cuisinier en juin 2020. Abakar bénéficie toujours du dispositif UPE2A et poursuit sa scolarité, toujours au Lycée Mandela, pour l’année 2020-2021, mais comme il ne lui est plus possible de poursuivre son apprentissage pour un BEP en restauration, il a été réorienté en CAP Vente. Il est sous le coup d’une obligation de quitter le territoire (OQTF), qui a été repoussée au 15 janvier 2021 puis au 28 février 2021. Il a l’obligation de pointer 3 fois par semaine à la Gendarmerie de Bethoncourt.

La situation de Abakar a semblé tout à la fois absurde et inhumaine, selon le Comité pour Abakar, constitué sous l’égide des EGM (Etats Généraux des Migrations) Belfort-Montbéliard, avec comme objectif la régularisation de sa situation : “situation absurde de ces jeunes qui apprennent le français et un métier et sont menacés d’expulsion sitôt arrivés à leur majorité ; situation inhumaine parce qu’Abakar ne peut plus avoir l’esprit tranquille pour se consacrer à ses études et à son métier, avec au-dessus de la tête la menace d’un retour forcé à tout moment dans un pays où il n’a ni liens ni famille. La situation d’Abakar est à plus d’un titre semblable à celle de Laye, apprenti-boulanger de Besançon qui a dû sa régularisation à la grève de la faim de son patron et à l’énorme mobilisation citoyenne qui l’a entourée. Notre comité pour Abakar a déjà reçu, outre les soutiens individuels de citoyens révoltés par l’injustice, le soutien de nombreuses organisations associatives, syndicales, politiques. Par ailleurs, Martial Bourquin, maire d’Audincourt s’est adressé au préfet pour demander la régularisation d’Abakar“.

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18/02/2021

Le recours en appel d’Abakar Gassama a été rejeté lundi par le juge des libertés et de la détention de Metz. La justice a ainsi confirmé le maintien de son placement en centre de rétention rendu vendredi dernier. Ceci posé, la mobilisation ne faiblit pas pour Abakar Gassama, citoyen guinéen de 19 ans, lycéen au Mandela à Audincourt, détenu dans un centre de rétention à Metz depuis une semaine car sous le coup d’une OQTF, obligation de quitter le territoire.

« C’est mal barré mais on continue à se battre. » Ce mercredi après-midi, Pascal Tozzi, membre du comité de soutien d’Abakar, jeune migrant guinéen scolarisé à Audincourt (25) avant d’être conduit dans un centre de rétention de Metz (57), est dépité.

Nathalie Arthaud de Lutte Ouvrière soutient Abakar

« Nous ne comprenons pas, le dossier est solide »

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En charge du suivi juridique du dossier et toujours en lien avec le cuisinier de 19 ans, titulaire d’un CAP, le militant vient d’être informé du rejet de la demande d’asile.

« J’attends de connaître les motivations de l’Ofpra [Office français de protection des réfugiés et apatrides]. Nous ne comprenons pas. Le dossier est solide, Abakar était parfaitement intégré. » Le comité de soutien devrait interjeter appel de la décision.

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« Quant aux courriers que nous avons envoyés au ministre de l’Intérieur et au préfet du Doubs, nous ne nous faisons pas d’illusion. Je pense que le représentant de l’État ne donnera pas suite à notre demande d’audience ». 

Une lettre évoquant la situation du Guinéen sera également transmise à la sénatrice EELV de Paris Ester Benbassa qui, mardi, a effectué une visite surprise dans un centre de rétention où elle a dénoncé les conditions d’incarcération.

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« Abakar n’a rien, il tourne en rond »

À Metz où Abakar est détenu, les journées sont longues : « Il n’a rien, il tourne en rond », précise Pascal Tozzi. Toute expulsion semble, pendant dix jours, interrompue. Un cluster de cas de coronavirus aurait été décelé.

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L’Est Républicain