Michel Onfray dénonce la disparition d’une civilisation française

le philosophe essayiste explique pourquoi les violences montent dans la société française, dont il regrette la mauvaise éducation et la sous-information. D’autres régimes comme celui d’Erdogan en Turquie ou Poutine en Russie offrent à leur peuple, selon lui, un projet de civilisation plus clair.

« L’Art d’être français. » Le titre du dernier essai de Michel Onfray résume l’idéal et l’inquiétude du philosophe exprimée ce dimanche durant « Le Grand Rendez » Europe 1- « Les Echos »-Cnews. A l’écouter, il y a une façon allemande, portugaise, française d’être européen et lui défend, fidèle à son souverainisme, l’existence d’une civilisation française. Elle doit tout à Montaigne, à Descartes et sa raison moderne, à Voltaire, inventeur de l’ironie, Rabelais, Hugo et bien d’autres.

Sauf qu’aujourd’hui cette civilisation se perd car elle n’est plus transmise, selon lui. L’éducation nationale enseigne une idéologie qu’il réprouve, la pensée woke, la contre-culture qui revient en boomerang des Etats-Unis où la pensée obscure des structuralistes français des années soixante a trouvé refuge. Michel Onfray défendrait presque Poutine en Russie ou Erdogan en Turquie, « qui eux ont un projet de civilisation » avec lequel il n’est pas d’accord mais qui ont la vertu de redonner, dit-il, de la dignité à leur peuple. De Gaulle n’est jamais très loin ; il le cite plusieurs fois.

Qui se soucie aujourd’hui des agriculteurs, des marins pêcheurs ? »

C’est toujours au peuple que ce penseur revendiqué de gauche revient dans son discours. La gauche moderne lui aurait tourné le dos, plus occupée à défendre « le droit des femmes à louer leur uterus ». « Ma gauche à moi, c’est celle de Proudhon, le peuple au centre », plaide-t-il, convoquant le souvenir de la Commune de Paris dont on fête cette année le 150e anniversaire, quand la gauche de gouvernement se ferait l’héritière de Thiers et de la « gauche versaillaise ». 

Raté social

Le manque d’éducation du peuple et la désinformation qu’il trouve dans les réseaux sociaux, mais aussi le manque de représentativité politique, expliqueraient donc l’épuisement de notre civilisation. « Il y a de la violence car il n’y a plus d’éducation, plus de référence, il n’y a plus de socle commun », regrette-t-il. Cela alimenterait aussi la violence qui monte. Celle qui finit sur la joue du président, une gifle qu’il réprouve et attribue à un « raté social », « un abruti ». Pas à une contradiction près, le philosophe explique aussi cette violence par un trait culturel français dont l’Histoire est parsemée : de la Saint Barthélémy jusqu’à la Commune justement.

Chez Michel Onfray semblent cohabiter un peuple paré des vertus de la souffrance, mais prêt à se mobiliser, et un autre tellement perdu qu’il dérape dans la bêtise. Il décrit longuement dans le mouvement des « gilets jaunes » la lutte pacifique et bon enfant des Ronds-Points, et les manifestants violents montés à Paris dégrader l’Arc de Triomphe ou se ridiculiser sur les plateaux de télévisions, récupérés par les politiques.

L’essayiste croit déjà savoir quelle sera la prochaine civilisation:  transhumaniste, dans la droite ligne des utopies d’un Elon Musk, à savoir planétaire, rivée vers la conquête de l’espace et la transformation des corps, gavée d’intelligence

Les Echos