Migrants : Selon une étude européenne, il faut « vacciner au plus tôt la jeunesse contre la désinformation » (Rediff.)

Aux termes d’une analyse de près de 1.500 articles d’actualité ayant suscité le plus grand intérêt en Allemagne, en Italie, en Espagne et en République tchèque entre le printemps 2019 et juillet 2020, les chercheurs du programme « European Migration and Diversity » et du « European Politics and Institutions programme » ont découvert qu’au lieu de démystifier les infox, « l’objectif devrait plutôt être de créer un “vaccin” contre la désinformation, en favorisant le développement d’“anticorps” ».

Pour ce faire, les auteurs de l’étude, intitulée « Fear and lying in the EU: Fighting disinformation on migration with alternative narratives », préconisent « d’éliminer les racines profondes de l’attrait de la désinformation, tout en promouvant un discours politique plus sain ».

Le document suggère que ces messages de substitution devraient viser les personnes ne se situant à aucun des deux extrêmes et qui, comme l’indiquent les recherches précédentes, forment la majorité de la population dans les pays à haut revenu.

Dans le même temps, des études antérieures portent à croire que les attitudes envers la migration tendent à rester stables. Il apparaît donc difficile de faire évoluer le discours qui rassemble la majorité de l’opinion publique.

Cependant, la position des jeunes à cet égard demeure malléable, si bien que nombreux sont ceux qui tentent de l’influencer.

« Il est probable que le type d’environnement médiatique auquel la jeune génération est exposée aujourd’hui se manifestera réellement dans 10 ans voire 15 ans. C’est pourquoi il est urgent de trouver des solutions maintenant, à la fois en matière de la communication et, surtout, en matière d’élaboration des politiques », a déclaré Alberto-Horst Neidhardt, l’un des auteurs de l’étude.

Les médias grand public ont également un rôle important à jouer, non seulement parce qu’ils peuvent servir de plateformes pour présenter un récit porteur de changements, mais aussi parce qu’ils sont l’un des vecteurs d’informations fallacieuses.

15-25 % des articles de désinformation les plus populaires analysés par les experts impliqués dans le dossier sont parus dans des publications grand public.

Les récits d’infox présentent souvent les attitudes possibles sur la migration comme un choix binaire : pour ou contre.

« En réalité, nous disposons d’un éventail d’options, et le fait qu’il y ait cette polarisation rend plus difficile la conclusion d’un compromis et la mise en place de stratégies politiques plus gérables et durables dans ce domaine notamment », a expliqué M. Neidhardt dans un entretien avec Euractiv.

« La leçon à en tirer pour les médias est la suivante : il existe une demande pour des reportages objectifs et précis, c’est-à-dire qui ne cherchent pas à convaincre les gens que la migration est une chose formidable, merveilleuse, et qu’elle ne pose aucun problème. Ce serait contre-productif », a fait valoir le co-auteur de l’étude Paul Butcher.

« Mais, nous pouvons essayer de recadrer le débat en évitant les récits trompeurs, qui visent délibérément à diviser et se fondent sur des chiffres faux et des informations déformées », a-t-il poursuivi.

Outre les éditeurs conservateurs, plus susceptibles de présenter les questions de migration sous une forme négative, les organes d’information utilisant un ton plus sensationnaliste sont souvent à la source de la désinformation des médias grand public.

« Le secteur devrait faire très attention à ne pas contribuer à donner encore plus de visibilité aux récits de désinformation qui circulent », a soutenu M. Neidhardt.

Parallèlement, les acteurs impliqués dans les infox mettent en avant la migration dans le discours public en la reliant aux préoccupations existantes, par exemple en présentant les migrants et les demandeurs d’asile comme porteurs du nouveau coronavirus.

Selon M. Neidhardt, « ceux-ci essaient souvent de détourner l’attention des questions concrètes et de rejeter sur les migrants la responsabilité de tout ce qui ne fonctionne pas dans la société ».

« Il faut élaborer une politique efficace pour résoudre les types de préoccupations qui rendent la désinformation attrayante », a ajouté M. Butcher.

L’étude laisse entendre que le message global ou « métarécit » devrait être suffisamment large pour soutenir les messages individuels localisés qui cherchent un « point d’entrée » où le messager et son public partagent un terrain commun.

Un exemple de campagne réussie utilisant de tels points d’entrée a été mené en Haute-Autriche. L’initiative « Wir sind Oberösterreich » (Nous sommes la Haute-Autriche) illustre ainsi les récits de migration heureuse.

Aux yeux des chercheurs, une telle approche s’adresse aux citoyens qui apprécient la sécurité et font preuve d’une plus grande déférence à l’égard de l’autorité, tout en présentant la précieuse contribution des migrants à la société.

Les nouvelles lignes directrices de la Commission européenne sur l’intégration des migrants, publiées mardi (24 novembre), mentionnent explicitement l’importance de lutter contre la représentation déformée de la vie des migrants.

« La coopération avec les représentants des médias, les établissements d’enseignement et les organisations de la société civile est essentielle pour mieux informer les citoyens européens sur les réalités de la migration et de l’intégration », indique le document.

Mercredi 2 décembre prochain, l’exécutif du bloc publiera également son plan d’action pour la démocratie, qui vise à promouvoir un écosystème numérique résistant à la désinformation et prévoit un soutien accru à la presse et à l’éducation aux médias.

Flexious via Euractiv

One thought on “Migrants : Selon une étude européenne, il faut « vacciner au plus tôt la jeunesse contre la désinformation » (Rediff.)

  • N’y aurait-il pas déjà une campagne en cours ?
    Ah, c’est la même, c’est pour ça que les jeunes sont appelés maintenant…

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