Montpellier (34) : Arrivés il y a 3 ans, les Guinéens Oumar, Abdoulaye et Parfait sont menacés d’expulsion alors qu’ils combattent l’excision de leurs femmes et de leurs filles… restées au pays

Arrivé en France en 2018, Oumar demande à être régularisé pour débuter une nouvelle vie avec sa famille, dont il espère protéger sa fille, résidant toujours en Guinée, de l’excision.

Comme beaucoup d’autres sans-papiers, Oumar est venu en France trouver un refuge. Pour lui, mais surtout pour sa femme et ses deux enfants restés en Guinée. Depuis trois ans maintenant, ce bénévole dans trois associations humanitaires nourrit l’espoir de les faire venir en toute sécurité à Montpellier et que sa fille échappe ainsi à l’excision. Une pratique qu’il souhaite combattre par la suite. La préfecture de l’Hérault doit examiner prochainement son dossier.

« Je suis venu chercher en France une protection pour continuer à vivre avec mes propres opinions et pas avec des traditions et des coutumes qui vont à l’encontre du respect des Droits de l’Homme. En Guinée, nos femmes et nos filles sont victimes de ce crime qu’est l’excision » explique Oumar d’une voix douce et posée. Une voix et un regard qui ne masquent cependant pas le poids de son histoire et la raison de sa présence à Montpellier, devenue « sa deuxième ville de naissance ».

Le départ de Guinée

D’un père polygame, Oumar est l’aîné d’une famille de douze enfants. Quand sa soeur doit subir l’excision, le jeune homme décide d’arrêter ses études et de la cacher de sa famille. Ils vont quitter la capitale, Conakry, pour une région plus reculée. Mais, les deux fugitifs sont finalement retrouvés au bout de trois mois. Oumar est alors envoyé un mois en prison. Pour sortir, le commissaire de police lui réclame un pot de vin, l’équivalent de 50€. Un ami verse la somme pour qu’il puisse retrouver la liberté. Ses parents ont eux décidé de le renier. « Ils m’ont dit que je n’étais plus leur fils. Ils n’ont pas bougé pour moi, car ils pensent que je les ai déshonorés. J’ai été stigmatisé. Ce n’est pas facile de rester sans contact avec sa famille. Cela me fait de la peine » raconte-t-il.

Malgré tout, il décide de retourner auprès d’eux, notamment pour ses jeunes frères et sœurs, et demander pardon. Mais, Oumar va vite déchanter : « Ils m’ont fait subir quelque chose que je ne pourrai jamais oublier. Pour me pardonner, ils m’ont obligé à assister à l’excision d’une de mes sœurs ». Il décrit alors une scène d’un autre temps : « Dans une petite pièce, il y avait six femmes qui l’immobilisaient pour que l’exciseuse fasse son travail avec des couteaux, des ciseaux, différents produits… ce n’est pas du tout pratiqué par un médecin. Ma sœur a perdu beaucoup de sang et s’est évanouie. Je l’ai envoyé à l’hôpital juste après, car elle a failli perdre la vie ». Depuis, Oumar traîne ses images et regrette d’avoir demandé pardon à sa famille.

Quelque temps après, le jeune homme se marie et de cette union née deux enfants dont une fille. Sa femme ayant elle même subit une excision, le couple décide de protéger leur petite de cette pratique. Pour cela, il faudra quitter la Guinée. Ne parvenant pas à obtenir un visa, Oumar est bien décidé à rejoindre la France. « Je savais la route de l’immigration très dangereuse donc je ne voulais pas prendre le risque pour ma fille qui avait à peine un an. Je préférais mourir pour une cause bien déterminée plutôt que de ne rien faire » explique-t-il avec émotion. Alors, laissant le soin de sa famille à l’ONG -Organisation non gouvernementale- dans laquelle il travaillait en Guinée, il part seul avec l’espoir d’obtenir une protection et rapatrier sa femme et ses enfants.

Engagé auprès des plus précaires

Un espoir qui pourrait se concrétiser prochainement. Car depuis son arrivée en 2018 à Montpellier, Oumar, s’il a été pris en charge par des associations, n’a pas manqué de donner aux autres. Une évidence et un épanouissement pour lui dans ce nouveau pays. C’est ainsi qu’il devient rapidement bénévole à Issue Gammes et ATD Quart Monde, dont il est le représentant de Dynamique jeunesse à Montpellier.

Avec la crise sanitaire, il ajoute un engagement supplémentaire. « J’ai entendu l’intervention du président Emmanuel Macron quand au tout début de l’épidémie, il a appelé toute personne qui vit sur le territoire français à aider, car c’était la guerre. Si c’est la guerre, on a besoin de tout le monde que l’on soit régularisé ou pas. Dès le lendemain je me suis inscrit et j’ai été appelé par la Croix-Rouge » raconte-t-il avec conviction et fierté.

Ainsi durant le premier confinement, Oumar a participé activement à l’aide apportée aux plus précaires notamment dans les gymnases ouverts pour accueillir les sans-abri. Aujourd’hui encore, tout en étant bénéficiaire, il fait parti des bénévoles actifs des trois associations, car comme il le reconnait facilement : « J’aime beaucoup être au service des gens ».

C’est naturellement qu’il est également membre du collectif des sans-papiers créé au début de l’année après la marche des solidarités. Car, comme ses compagnons d’infortune, ses actions restent limitées; or, sa volonté de participer est grande. « Ce que je déteste dans ma vie, c’est que je vis au dépend des autres. Pour cela, je demande à la préfecture de nous laisser la chance de travailler et de contribuer au développement de la ville et du pays » résume-t-il.

Déjà détenteur d’une licence en AES obtenue en Guinée, Oumar s’est inscrit à la fac en 2019 pour terminer ses études et obtenir un Master 2 en Droit. « Avec mes conditions de vie c’est très compliqué. C’est difficile de réfléchir et de se concentrer dans cette situation » est-il cependant obligé de constater. Malgré tout, il n’abandonne pas, d’autant plus déterminé à protéger sa femme et ses enfants, dans l’attente de pouvoir obtenir des papiers. Il pourra ainsi travailler et espère « faire venir le plus vite possible ma petite famille ».

Se projetant dans cette vie future, Oumar compte également poursuivre son combat en créant une ONG qui aura pour mission de lutter contre l’excision. « C’est un crime, dont les femmes sont victimes. Il faut que des gens arrivent à donner de la voix pour sensibiliser et expliquer » appuie-t-il une nouvelle fois.

L’espoir d’être régularisé

Avec en tête, les dossiers de ses deux autres camarades, également bénévoles dans des associations, Parfait et Abdoulaye – le premier est menacé de mort au Congo en raison de son opposition au régime et le deuxième, qui lutte aussi contre l’excision dont la fille est menacée, s’est opposé à l’exploitation intensive par la Chine des mines de bauxite dans sa région en Guinée – Oumar espère beaucoup de ce rendez-vous à la préfecture de l’Hérault : « J’attends du préfet qu’il revoit nos situations et de nous donner une chance de reprendre notre vie complètement ici. Nous ne pouvons pas retourner chez nous. Je demande au préfet de penser à nos petites familles et à nos filles qui attendent d’être excisées si rien n’est fait ».

S’il ne le sait peut-être pas, Jacques Witkowski a déjà croisé Oumar. Bénévole à la Croix-Rouge, il aide au centre d’accueil d’urgence ouvert pour les familles au début de l’année à Montpellier. Présent lors de sa visite récemment pour saluer des femmes engagées auprès des plus précaires, Oumar lance un dernier message qu’il ne veut pas être une bouteille jetée à la mer : « J’espère que le préfet, au nom du combat qu’il soutient lui même comme il l’a prouvé le 8 mars en soutenant les femmes, verra nos combats dans le même sens et nous donnera une chance de sauver nos filles ».

Ce serait un premier pas pour permettre à Oumar, qui souhaite ensuite demander la naturalisation française, de retrouver sa famille et vivre enfin épanouis ensemble, ici. Car comme il le confesse : « Aujourd’hui, je peux dire que Montpellier est ma deuxième ville de naissance ». Au préfet désormais d’accorder cette renaissance espérée.

  • Abdoulaye : Opposé à l’exploitation intensive par la Chine des mines de bauxite dont les nuages de poussière polluent les sols agricoles et privent d’eau potable les habitants proches.

Je m’appelle Abdoulaye né le 01/07/1992 à Coyah en Guinée.  Je me suis marié le 1er janvier 2017 avec Oumou Sylla et nous avons une fille de 8 ans. J’étais chauffeur de taxis entrepreneurs et président de l’équipe de foot FC Minka.

 Je ne pouvais pas en conscience laisser détruire notre environnement et notre vie quotidienne

Dans les environs de Coyah il a des mines qui sont exploités par les chinois. Ils emploient des ouvriers guinéens mais font aussi venir beaucoup d’ouvriers chinois et d’autres pays comme le Sénégal ou le Mali. Ils paient des redevances à l’état Guinéen mais il n’y a pas beaucoup de retombées pour Coyah et ses habitants.

C’est dans ce contexte que j’ai organisé une très grande manifestation contre l’entreprise Henan Chine qui était soutenue par le gouvernement. C’était le 13 mars 2017 et beaucoup de mes amis et proches ont été arrêtés et emprisonnés sans aucun jugement équitable. Pendant mon absence, ma femme a été plusieurs fois interrogée par la police pour savoir où j’étais. Elle a fini par rejoindre sa maman au village avec notre fille.

 Je veux sauver notre fille de la torture de l’excision

Une fois au village ma belle-mère a essayé de récupérer ma fille pour la faire exciser sans mon accord. Ma femme a réussi à mettre momentanément ma fille à l’abri, mais les risques restent très forts donc je souhaite faire venir ma fille et ma femme pour la sauver de cette pratique cruelle mais culturellement prégnante en Guinée.

 Un citoyen inséré et bénévole associatif

En hiver 2018 Je me suis engagé dans les activités du groupe ATD quart monde de Montpellier de plusieurs manières en participant à plusieurs rencontres réunissant des jeunes majeurs demandeurs d’asile et des personnes en situation précaire.

 Un citoyen formé qui a trouvé une entreprise pour y travailler

J’ai aussi suivi la formation au CFAI Languedoc-Roussillon de Baillargues pour obtenir un CAP où un BAC Pro soudure-chaudronnerie avec une proposition d’apprentissage à l’entreprise MECABEL où j’ai fait mes deux stages, une fois mon titre de séjour obtenu. 

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