Montpellier (34) : Une équipe de jeunes footballeurs agressée, “Ils me sont tombés dessus à plus de soixante, j’ai cru que j’allais y passer”

Mounir Belhadri, éducateur au club de l’AS Paillade Mercure et ses poussins en 2008

Prise à partie par une vague humaine, l’équipe U11 du club de football Lunaret-Beaux-Arts a dû être escortée, ce samedi 19 juin, pour quitter les terrains annexes de La Mosson où elle disputait un plateau. “Tous mes petits sont ultra-choqués de la tournure des événements. Quant à moi, ça fait cinq ans que j’entraîne mais je n’avais jamais vécu pareille épreuve. Je peux vous dire que ça m’a marqué, je n’en ai pas dormi pendant trois nuits.”

Difficile, en effet, de chasser de telles images de violence gratuite lorsqu’on est un jeune éducateur âgé de 20 ans et qu’on se bat pour des valeurs sportives et de tolérance au quotidien.

Et force est de reconnaître que ce qu’a vécu, ce samedi 19 juin sur les terrains annexes de La Mosson, l’équipe des U11 du club de football Lunaret-Beaux-Arts, accompagnée de ses deux entraîneurs et de certains parents, dépasse l’entendement. Et n’a incontestablement pas sa place sur un terrain de football.

“Une vague humaine a envahi le terrain”

La seconde période de la finale d’un plateau, organisé par le club Paillade-Mercure, vient tout juste de débuter que des échauffourées éclatent.

“On perdait déjà 3-0 quand je me suis aperçu qu’ils faisaient entrer des U13. J’ai pris ça comme de l’antijeu et j’ai exprimé mon mécontentement auprès des deux entraîneurs adverses.

Quelques secondes seulement après, j’ai vu le président de Paillade-Mercure s’en prendre verbalement au papa d’un de mes joueurs qui s’étonnait lui aussi de voir des U13 sur le terrain. Il a commencé à l’insulter et à se mettre nez à nez”, raconte avec une certaine émotion dans la voix le coach principal de l’équipe U11.

Il va alors demander à l’arbitre d’arrêter la rencontre pour aller les séparer. “Sauf que pour m’interposer, j’ai repoussé le président en mettant mes deux mains sur sa poitrine et là j’ai reçu deux coups de poing au visage qui m’ont été assénés par l’un des deux entraîneurs adverses.” Il n’en fallait pas plus pour qu’un déchaînement de violences éclate dans l’enceinte.

“Au vu de la tournure des événements, mon coach adjoint a voulu venir à ma rescousse mais, en un éclair, il a été pris à partie par une trentaine de jeunes venus des quatre coins du terrain qui l’ont mis à terre et ont commencé à le piétiner et à lui sauter dessus.”

Voyant qu’il était en train de se faire lyncher, le papa insulté a voulu à son tour s’interposer. “Mais là ce ne sont pas trente mais de soixante à quatre-vingts individus qui s’en sont pris à lui. C’était une véritable vague humaine, comme un envahissement de stade.”

“Ça venait de partout. J’ai même vu des petits U10-U11 le frapper alors qu’il était tombé au sol. Dans la bousculade, deux mamans de chez nous se sont même fait gifler.”

Heureusement, dans ce déferlement de haine, Farid Bendali, le secrétaire général du club Paillade-Mercure va prendre son courage à deux mains et sortir tant bien que mal le père de famille qui était en très mauvaise posture pour le mettre à l’abri dans les vestiaires.

Ce qui a eu le mérite d’apaiser la situation et permis aux entraîneurs de Lunaret-Beaux-Arts d’appeler la police. Accompagnateurs et joueurs en pleurs ont finalement pu quitter l’enceinte, escortés par la Bac et cinq fourgons de CRS. Les auteurs de violences ayant bien évidemment pris la tangente avant l’arrivée des forces de l’ordre.

“Ils m’ont fait tomber au sol et là j’ai dérouillé”

Le coach adjoint et le père de famille roués de coups ont eu respectivement un et quatre jours d’ITT. “J’ai mal de partout. J’ai des dermabrasions sur tout le corps. Je ne pensais qu’à une chose me protéger la tête coûte que coûte.”

“Au début, j’ai pris une pêche au visage, puis ils m’ont fait tomber au sol et là, j’ai dérouillé. Ils me sont tombés dessus à plus de soixante, j’ai cru que j’allais y passer. Je n’avais jamais vu une telle violence.”

“Je ne pense qu’à ça depuis samedi, ça me hante. Heureusement, ils n’ont touché ni à mon fils ni à ma fille de 7 ans et demi qui étaient avec moi sur le bord de la touche.”

Une scène ultraviolente que condamne fermement Farid Bendali. “On ne peut pas cadrer les jeunes qui sont autour du stade. Ils ne font pas partie du club. Il faudrait que les terrains soient fermés pour que personne ne puisse entrer librement. Le problème, c’est qu’on n’a pas la clef.”

“C’est parti en pugilat avec des jeunes de 16-17-18 ans qui sont entrés sur le terrain et s’en sont pris à eux. La situation nous a échappé. J’ai montré les licences aux enquêteurs, personne de chez nous n’est impliqué. On condamne ces comportements. D’ailleurs, j’ai appelé le président de Lunaret pour présenter nos excuses. Dans l’absolu, il ne faut pas que ça arrive. Jamais.”

Les victimes ont toutes les trois déposées une pré-plainte. Une enquête est en cours.

Pour moi, il n’y a rien eu“, déclare le président du club Lunaret-Beaux-Arts

Comportement sibyllin que celui adopté par le président du club Lunaret-Beaux-Arts, Jacques Pawawi, vis-à-vis de ses dirigeants qui se plaignent de son désintéressement total de l’affaire. 

“En tant que président, on attendait qu’il nous protège et nous soutienne alors qu’il était présent. Ça n’a pas été le cas, c’est un président fantôme, qui ne nous a même pas appelés pour prendre de nos nouvelles. On est tous vraiment déçus”, a confié à Midi Libre le coach principal de la catégorie U11.

Joint par téléphone, Jacques Pawawi nous a simplement déclaré que, pour lui, “il ne s’est rien passé”. Précisant : “Il n’y a pas eu d’agression contre le club. Seulement contre les parents. D’ailleurs aucun joueur n’a été blessé. On va parler avec les dirigeants de Paillade Mercure. Mais, pour moi, il n’y a rien eu.”

Midi Libre