Montreuil : 250 clandestins maliens squattant un hangar se préparent à l’expulsion

Lassane Camara, Malien de 36 ans, se prépare à une nouvelle épreuve avec ses compagnons d’infortune, 250 autres clandestins, essentiellement Maliens, deux ans après avoir quitté l’emblématique foyer Bara, dans la même ville de Montreuil (Seine-Saint-Denis)

Un enchevêtrement de lits superposés, l’odeur du repas préparé à même le sol. Sa voix s’enroue: «On vit comme des chiens!» Vendredi, le tribunal de proximité a ordonné l’expulsion, dans un délai de neuf mois, des occupants de ce hangar, investi fin 2019 par une partie des anciens «Baras» qui n’ont pas été relogés, car en situation irrégulière, après le démantèlement du premier foyer de travailleurs maliens, né en 1968.

Après plus d’un an dans ce lieu transpercé par la pluie et le froid, rafistolé çà et là avec des bouts de cartons, où 250 à 300 personnes se partagent six toilettes et douches installées à l’extérieur, sans eau chaude et souvent sans électricité, Lassana Camara craint de retrouver la rue […].

En Seine-Saint-Denis, «la préfecture a un problème avec l’hébergement des personnes sans titre de séjour, une doctrine qui conduit à transférer la responsabilité aux collectivités locales», estime Florent Guéguen, directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), qui est par ailleurs élu à Montreuil. Selon lui, la commune investit «400.000 euros par an» pour ce squat […].

Cette prise en charge est «la responsabilité de l’Etat, qui s’est complètement désengagé», regrette Halima Menhoudj, adjointe au maire de Montreuil, en charge du dossier. «On est prêts à prendre notre part» et cofinancer des solutions pour sortir ces personnes des «conditions indignes», poursuit-elle. «Mais pour l’instant, on n’a aucune réponse.»

Dans le squat, Kandé Touré s’insurge: «C’est la mairie qui nous a indiqué ce lieu». «Maintenant, on espère avoir le même traitement que les autres» et avoir un toit, explique cet ancien membre du foyer Bara depuis 2001, qui a perdu son emploi avec la crise sanitaire après «17 ans de travail dans la restauration». Il lui semble lointain, le temps où les présidents maliens venaient visiter le foyer Bara, symbole de l’implantation de la diaspora, détruit en 2018 pour être reconverti en résidences sociales…

AFP via la Croix