Montreuil (93) : Le rêve brisé du Malien Mamoudou Gassama, sauveteur d’enfant érigé en héros national, qui ne sera jamais pompier

Trois ans après son extraordinaire sauvetage d’un enfant suspendu à un balcon parisien, le jeune homme de 25 ans, surnommé « Spiderman », est retourné à l’anonymat le plus complet. Il n’a pas pu intégrer la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris et peine à construire la vie dont il rêvait.

Le monde entier l’a laissé aux portes de la prestigieuse Brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP), prêt à devenir soldat du feu volontaire. Félicité par le président Emmanuel Macron et son homologue du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta.

Sans aigreur aucune, il raconte avoir été « bien reçu, bien accueilli » par les pompiers, avec qui il n’a pu poursuivre l’expérience. Ce que confirme la BSPP : « Il a fait preuve d’un très bon état d’esprit, il était volontaire et dynamique, retrace un porte-parole. Mais il ne remplissait pas toutes les conditions pour intégrer la brigade : il n’est pas détenteur du brevet des collèges et il souffre d’une pathologie incompatible avec l’exercice du métier. »

Adulé par des footballeurs, des artistes célèbres et par des anonymes. Son exploit a été vu des millions de fois : sur ces vidéos amateurs tournées le 26 mai 2018, les internautes admirent un jeune homme athlétique qui sauve d’une mort certaine un enfant de 4 ans, suspendu dans le vide, en escaladant à mains nues les quatre étages d’un immeuble du XVIIIe arrondissement de Paris.

En quelques heures, Mamoudou Gassama devient un superhéros, le Spider-Man malien, et ses dents du bonheur s’affichent partout. Dans un français balbutiant, il enchaîne des dizaines d’interviews. En quelques semaines, il obtient un titre de séjour puis la nationalité française, un logement à Montreuil (Seine-Saint-Denis) où il avait posé bagage quelques mois plus tôt et l’engagement d’un service civique à la BSPP. À 25 ans, un avenir radieux semble s’ouvrir devant lui. Gloire éphémère.

Trois ans plus tard, son parcours de vie a rejoint celui de millions d’hommes de son âge : Mamoudou Gassama, qui habite toujours Montreuil, vient d’avoir un bébé et alterne périodes de chômage et petits boulots précaires.

Écrire un livre, monter une association, il fourmille de projets, mais…

La page des pompiers tournée, Mamoudou Gassama, qui soigne une maladie du sang, fourmille toujours d’envies : il veut alors, raconte-t-il aujourd’hui, écrire un livre, tourner un film, monter une association pour les jeunes dans son pays d’origine. Une association d’éducation, « pour qu’ils ne prennent pas la route de l’eau », celle qui l’a mené, lui, de la région des Kayes au Mali jusqu’en Libye, en Italie, puis à Montreuil, où un de ses frères vivait déjà dans un foyer de travailleurs africains.

Mais rien ne se passe comme prévu. Le jeune homme raconte même avoir failli être expulsé de son appartement et n’avoir pas tous les jours mangé à sa faim. « J’avais beaucoup de projets mais j’étais mal entouré. Sinon, je ne me retrouverais pas à faire des ménages comme maintenant, estime le jeune homme. À un moment, je me suis retrouvé tout seul, j’ai eu des soucis. »

Rapidement après son geste héroïque, deux personnes, parmi d’autres, l’entourent : l’adjointe (PCF) au maire de Montreuil, Djeneba Keïta, qui s’autoproclame attachée de presse, et Mam’s Yaffa — en 2020, il a été élu conseiller municipal dans le XVIIIe arrondissement de Paris — qui remplit une informelle fonction d’agent. Les liens ont depuis été rompus.

«Quand vous avez une visibilité, beaucoup de gens vous font miroiter beaucoup de choses»

« Il ne voulait plus de vie publique, je n’avais pas vocation à le suivre à vie, justifie aujourd’hui la première. Quand je l’ai laissé, tout allait bien. » Mam’s Yaffa nuance cette affirmation : « A un moment, je lui ai dit de se ressaisir, d’aller à l’essentiel, de travailler comme tout le monde. » Et de détailler son propos : « Je lui ai dit qu’il fallait arrêter de rêver et de penser qu’il y allait avoir de l’argent facile, qu’il allait devenir une star. Quand vous avez une visibilité, beaucoup de gens vous font miroiter beaucoup de choses et c’est déplorable. »Newsletter L’essentiel du 93Un tour de l’actualité en Seine-Saint-Denis et en l’IDFToutes les newsletters

Aujourd’hui, Mamoudou Gassama peut toujours compter sur le soutien de certains habitants de Montreuil. « Il s’est fait manipuler par des gens, c’est très triste, commente l’un d’entre eux. Je le connais, je sais qu’il n’est pas mauvais. »

Le Parisien