Mort du “Loup de guerre” français Gaston Besson, engagé volontaire en Birmanie, Croatie et Ukraine (Màj)

21/11/2022

Les cendres du volontaire français Gaston Besson ont été escortées vers le repos éternel en cette journée du lundi 21 novembre, à 13h00 au cimetière de la ville de Pula en Croatie. Tous ceux qui l’ont connu à titre personnel ou qui ont entendu parler de lui à travers ses livres, les reportages ou les articles qui lui ont été consacrés ont été invités à trinquer avec du brandy ou du scotch, à la mémoire de ce grand homme qui a combattu et a été blessé pour défendre la liberté du peuple croate. Après la guerre, il a dirigé l’association des anciens combattants volontaires étrangers pendant de longues années. Il a accompli de grandes choses afin que la mémoire de ce millier de volontaires ne soit pas oubliée.

Počivao u miru Božjem – Repose dans la paix de Dieu “

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16/11/2022

Le dernier adieu au colonel Gaston Besson aura lieu le lundi 21 novembre à Pula (Croatie) avec les honneurs militaires.

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14/11/2022

La presse nationale croate rend hommage à Gaston Besson

Un Français venu en Croatie comme photojournaliste dans les années 90 et qui a rejoint la défense de notre pays est décédé, après une longue maladie et une vie extraordinaire.

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A la veille de la commémoration de l’anniversaire de la chute de Vukovar, de tristes nouvelles arrivent de France. Gaston Besson, un Français venu en Croatie en tant que photojournaliste dans la guerre des années 90, avec l’intention de faire des reportages depuis la Slavonie, puis de rejoindre la défense de notre pays, est décédé.

L’Adieu à Besson est diffusé depuis la page Facebook Merci aux volontaires étrangers de la Guerre Patriotique.

Très triste nouvelle pour nous tous qui l’avons connu. Le Français Gaston Besson, arrivé aventureux en Croatie, en tant que photojournaliste, pour faire un reportage depuis les lignes de front de la Slavonie orientale, est décédé aujourd’hui (12 novembre 2022).

Il a été témoin des horreurs de la guerre et de la manière injuste de faire la guerre des agresseurs et a décidé d’aider. En tant qu’ancien membre de l’unité de parachutistes de l’armée française, en tant que participant à plusieurs guerres dans lesquelles il a tenté de résoudre des problèmes privés avec idéalisme, Besson a rejoint le HOS à Vinkovac, puis les unités spéciales du GSHV, et enfin la 108e brigade du HVO.

Besson, qui a été blessé à plusieurs reprises, a décrit ainsi ses motivations pour entrer en guerre du côté croate : “Eh bien, ce n’était pas n’importe quelle guerre, c’était un massacre sanglant ! Il n’y avait pas deux armées qui s’affrontaient !

Il y avait une armée puissante – la JNA, qui a attaqué et massacré des civils, et certains civils ont pris des fusils et ont essayé de se défendre contre cette force.

Des volontaires étrangers sont venus suscités par cette injustice, bien sûr, avec de nombreux motifs personnels, mais ils sont tous restés pour une seule raison.

La motivation n’était ni la politique, ni la foi, ni la modeste solde (100 marks allemands de l’époque), mais seulement parce que cette guerre était tellement injuste!

L’un des fondateurs de l’Ukrainien Azov

Besson est né au Mexique, et à l’âge précoce de 17 ans, il a rejoint l’armée. Il a combattu en Birmanie, au Laos, en Colombie, au Nigeria, au Suriname, en Bosnie, en Croatie. Il est arrivé en Croatie pour la première fois à l’âge de 24 ans et a rejoint la guerre patriotique. Il a vécu à Vinkovci, puis a déménagé à Pula avec sa femme croate, avec qui il a eu deux enfants. Il était capitaine à la retraite de l’armée croate et invalide de guerre.

Besson était également l’un des principaux coordinateurs et fondateurs du bataillon ukrainien AZOV où, comme il l’a dit un jour, il « contrôlait et organisait les choses ».

« La question n’était pas qui était Croate et qui était Serbe, mais ce qui comptait était le fait que le plus fort avait attaqué le plus faible. »

Gaston, repose en paix !

Slobodna Dalmacija

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12/11/2022

Le combattant Français Gaston Besson est mort en Croatie à l’âge de 56 ans, il se définissait comme “ultra-nationaliste, socialiste et libertaire”. Très tôt il se met à chercher ce que pourrait être l’aventure de sa vie, l’aventure…Sa cause.

Fils d’un ingénieur français travaillant à l’étranger, Besson est né à Mexico le 7 avril 1967. Il a visité avec ses parents de nombreux pays et s’installe en France pour la première fois à l’âge de dix ans. Il quitte l’école à 16 ans, pour s’essayer au métier de chercheur d’or en Colombie. Après un an, il rentre… sans le pactole. « À ce moment-là, je n’avais plus le choix qu’entre l’usine et l’armée. » C’est cette dernière que Besson choisit. Il s’engage à 17 ans dans un régiment de parachutiste de l’armée française (1er RPIMa) où il apprend son métier de soldat.

Chez les parachutistes coloniaux , devient membre d’un commando d’élite formé aux tactiques de guérilla et de répression des guérillas. Il combat auprès des rebelles Karen en Birmanie, avec les Hmong au Laos, ou avec d’autres rebelles au Cambodge ou au Suriname, en Amérique du Sud.

Pour tout le monde, Gaston était «le mercenaire» ou «l’aventurier». Sa vie témoignait d’une recherche qui allait au-delà des définitions toutes faites et dont le conflit yougoslave n’était qu’un épisode, le dernier en date. A vingt-sept ans il semblait avoir fait le tour de la condition humaine. Sa quête d’absolu se transformerait-elle un jour en ce «dur désir de durer» dont parle Eluard?

A 24 ans, il s’y connaît en matière de guerre. Il a quitté l’armée mais veut rester fidèle à la guerre — comme photo-journaliste. À l’automne 1991, il arrive en Slavonie, où les combats les plus rudes opposent Serbes et Croates. « Les jeunes croates tombaient comme des mouches », se remémore-t-il. A l’automne 1991, il arrive en Croatie, d’abord en tant que photographe puis, il reprend les armes en tant que volontaire  au sein des forces croates de défense (HOS).

Besson laisse de côté son appareil photo et rejoint comme volontaire la Force de Défense Croate, une milice croate liée au mouvement d’extrême droite le Parti croate du Droit. Petit à petit, il rassemble un bataillon de volontaires étrangers qui va évoluer dans le cadre de la 108e brigade de défense croate (HVO).

Il combat pendant deux ans les imposantes forces de la JNA (armée yougoslave) et des milices serbes. S’il ne put participer au célèbre siège de Vukovar, il fut engagé dans d’autres combats médiatisés : Vinkovci, Mostar, Brcko… Il est ainsi un témoin privilégié de l’évolution de la dernière grande guerre européenne et ses horreurs. S’il garde de bons souvenirs de ses engagements en Asie qu’il qualifie d’ « aventure militaire exceptionnelle », il n’en est pas nécessairement de même concernant l’ex-Yougoslavie, un « enfer », gris, laid, froid. Ce théâtre est d’ailleurs celui de celle qui pense être sa dernière guerre. Sa dernière aventure, il l’a vit « à deux heures d’avion de Paris ».

Bataillon Frankopan – Mostar mai 1992 . De gauche à droite : Thomas Linder (Allemagne), Ante Luketic et Gaston Besson. Thomas a été tué au combat le lendemain et Ante 6 mois plus tard, au début de 1993.

Blessé trois fois au combat, il faut un banal accident de la circulation lors d’une permission à Paris pour le contraindre à déposer les armes. Mais ses souvenirs de guerre, il ne les a pas perdus, d’autant qu’aujourd’hui il est président de l’association des volontaires étrangers de la guerre d’indépendance croate. Il a accepté de revenir sur certaines étapes de cette incroyable aventure.

QA 17 ans, vous abandonnez vos études pour partir en Colombie, pourquoi ?

Mon frère, J-F, était parti 2 mois dans le pays, il avait adoré l’expérience et à son retour il voulait m’embarquer avec lui. Finalement il est parti sans moi et c’est ma mère qui a payé le billet. Officiellement je partais chercher de l’or mais en réalité je voulais une aventure, je voulais vivre, la Colombie c’est un pays en plein bordel : 2000 meurtres par jour, les enlèvements, les FARC, la drogue…

Finalement on n’a presque rien gagné et après l’accident de mon frère, un accident de voiture, on est rentré en France, pas vraiment satisfait…

Ensuite c’est l’armée française, pourquoi y être entré, pourquoi l’avoir quittée ?

A mon retour je me sentais mal, je ne m’étais rien prouvé, la Colombie c’était magnifique mais je n’avais pas vécu « mon » aventure. Ma mère, elle a été très importante dans mes aventures, a voulu me remotiver et elle m’a poussé à faire mon service, en avance, pourquoi pas ? Mon frère avait été para, mon monde était composé de beaucoup d’anciens paras, alors logiquement je me suis engagé chez eux…

En lisant certains bouquins je m’étais fait une image…fausse de ce qu’était l’armée. Mais à tout prendre j’avais besoin d’une formation militaire, de me faire un CV et il fallait en passer par là. J’en suis sorti pour les mêmes raisons que j’y suis entré : faire quelque chose, vivre l’aventure sans idéologie préfabriquée. On ne se met pas à l’épreuve dans l’armée française.

En 2014, Gaston Besson reprend du service en devenant coordinateur du recrutement international du bataillon Azov en Ukraine.

Etudes Géostrategiques

Article du 9 avril 2015

“J’en ai marre de tuer des gens. J’ai passé l’âge!”

Il n’aime pas être qualifié de mercenaire, car il ne combat pas en Ukraine pour l’argent. Dans un témoignage à la RTS, le Français Gaston Besson a expliqué son métier: “la révolution, pas la guerre”.

Quand il ne coordonne pas les volontaires du bataillon Azov, qui se bat au côté de la garde nationale ukrainienne, Gaston Besson se repose chez lui à Pula en Croatie. C’est là, dans un restaurant, que la RTS l’a rencontré.

L’homme, âgé de 47 ans, explique qu’il s’occupe désormais surtout d’organisation, d’utiliser les contacts accumulés au cours des années de conflits qu’il a couverts depuis ses 18 ans. “Et puis j’en ai marre de tuer des gens. J’ai passé l’âge. Et en plus ça ne me fait pas plaisir. La guerre me fatigue, moi ce que j’aime c’est la révolution”, explique Gaston Besson.

“Un idéaliste, pas un idéologue”

L’échiquier politique importe peu à ce soldat: “Nous ce qu’on voulait c’est finir la révolution. C’était pas du tout aller se battre contre les Russes, car on a rien contre les Russes. Mais on était obligé parce qu’ils ont envahi. Politiquement j’étais avec les anarchistes, les communistes, les gens d’extrême droite. Je m’en fous à partir du moment où le combat est digne et qu’ils sont à un contre dix, je me joins à eux. Parce que je pense que ça vaut la peine. Donc je suis un idéaliste, pas un idéologue”.

Cette philosophie, Gaston Besson l’a baladée dans de nombreux conflits armés: Birmanie, Laos, Cambodge, Colombie, Croatie, Bosnie, Ukraine. Autant de destinations où il n’a pas été payé, explique-t-il, en précisant: “Je suis un idéaliste…je suis un volontaire”:

“Entouré par des fantômes”

Celui qui ne souhaite pas qu’on l’appelle mercenaire confesse que s’il est doué pour la révolution, vivre normalement lui coûte par contre une énergie terrible et qu’il ne se voit pas changer de voie. “Qu’est-ce que tu veux, que je devienne à 47 ans un papa gâteau à la maison? J’ai besoin de lutter, de me battre.”

Un destin à travers des guerres qui laisse des traces indélébiles, explique enfin Gaston Barben: “A la fin, t’as pas envie de trop survivre, parce qu’on finit par être entouré par des fantômes…”

Je me souviens d’un des rares villages serbes que nous avons pris. Huit cents civils encerclés, prisonniers. Rien ne s’est passé. Nous n’avons même pas brûlé le village. On a trouvé des gars, cachés dans les bois. Ils mouraient de faim et de peur. Nous les avons nourris.

Ils avaient un livre avec eux : “Comment tuer les Oustachi”. Leur propagande est extraordinaire. Nous avons séjourné dans ce village. C’était étrange. Ces hommes, ces femmes, ces enfants qui vivaient avec nous. Nous leur avons donné des cigarettes; ils nous ont donné du café, de la nourriture…

Et peut-être que j’avais tué le cousin, le fils, le père de l’un d’eux. Et ils le savaient. Mais en vivant avec eux dans ce village, en partageant tout, la nourriture et les bombardements des canons serbes… quand nous allions nous battre, ils s’inquiétaient pour nous ; quand nous sommes revenus blessés, ils nous ont soignés. C’est le côté irréel de la guerre.

RTS

Article de 2015:

Ukraine : La « Légion croate » se bat dans les rangs du bataillon Azov

Plusieurs dizaines de Croates se battent en Ukraine, dans les rangs du bataillon Azov, qui attire des volontaires d’extrême droite venus de toute l’Europe. Pour certains, la guerre en Ukraine serait l’occasion de se battre « contre la Russie, l’UE et les États-Unis ». Et tous les volontaires croates rêvent d’être envoyés au front contre les volontaires serbes, qui se battent avec les pro-russes…

Le sniper suédois Mikael Skilt est en Ukraine depuis un an. Il est désormais chargé de la formation de nouvelles recrues du bataillon Azov, une unité volontaire proche de Pravy Sektor, l’extrême-droite ukrainienne, qui attire des volontaires étrangers de nombreux pays.

Les responsables du bataillon, très engagé dans le combat contre les séparatistes du Donbass, notamment aux abords de la ville de Marioupol, grand port de la mer d’Azov, démentent pourtant tout lien avec l’extrême-droite internationale.”

« Nous recrutons sans cesse de nouveaux volontaires et nous les formons pendant quatre semaines – c’est une condition pour rejoindre le bataillon. Ces dernier temps, les Croates sont de plus en plus nombreux à venir combattre en Ukraine », détaille Mikael Skilt.

Il explique qu’il est en train de former sept Croates : le plus jeune est à peine majeur, le plus âgé a participé à la guerre des années 1990 et porte une longue cicatrice. Actuellement, 25 Croates participeraient aux combats. La grande majorité ne se connaissaient pas avant d’arriver en Ukraine. Ils viennent de régions différentes. Mikael Skilt assure qu’ils ont très envie de faire la guerre et ne posent souvent qu’une seule condition : ils voudraient se rendre là où les Serbes se battent de l’autre côté, avec les séparatistes pro-russes.

« Nous voulons nous battre contre les Serbes », disent les volontaires croates, qui préfèrent garder l’anonymat et ne veulent pas expliciter les raisons qui les ont poussé à venir en Ukraine.

« La défense de l’Europe chrétienne » et les néo-nazis

L’un d’eux est néanmoins connu. Denis Šeler était l’ancien chef des Bad Blue Boys, les ultras du Dinamo de Zagreb. Pour lui, l’Ukraine serait « le dernier front de la droite chrétienne en Europe ». il assure que cette guerre présente l’opportunité de se battre « contre trois ennemis – la Russie, l’Union européenne et les États-Unis ».

Chaque volontaire raconte une histoire différente. Mikael explique qu’il a laissé à Stockholm sa maison, sa petite amie et un boulot qui lui rapportait 60.000 euros annuels. Dès le début du conflit en Ukraine, il a compris que des choses importantes allaient se passer.

Il regrette de ne plus participer directement aux combats, regrettant d’avoir repris une dizaine de kilos à cause de cette relative inactivité. Mikael se dit convaincu que les combats vont durer « au moins jusqu’à l’été », et il est certain de la victoire de l’Ukraine, devenue sa « deuxième patrie ».

Une autre organisation apparaît également dans le recrutement des volontaires, la branche croate du réseau Misanthropic Division, qui fédère des groupuscules néo-nazis d’Europe de l’Est, notamment en Ukraine, Biélorussie et Russie, et qui annonce l’éclatement prochain d’une « guerre de races ». Les militants de ce réseau, qui utilise une symbolique néo-païenne et néo-viking, se retrouvent également dans la « légion croate », intégré au bataillon Azov.

Gaston Besson est le coordinateur du recrutement international du bataillon Azov. Ce Français, qui a combattu dans les guerres de Croatie et de Bosnie-Herzégovine, partage son temps, depuis plusieurs mois, entre l’Ukraine et la Croatie. Ce mercenaire professionnel touche une retraite militaire croate et vit à Pula, en Istrie. C’est par son intermédiaire que les combattants croates sont arrivés au bataillon Azov.

Les volontaires doivent se débrouiller par leurs propres moyens pour arriver en Ukraine, mais, une fois qu’ils sont officiellement incorporés, ils sont nourris et logés par le bataillon. Deux femmes, dont la veuve d’un soldat tué au combat ont également rejoint les rangs d’Azov.

En nous rejoignant, vous ne trouverez rien d’autre que des problèmes, la guerre, des aventures et peut-être la mort ou des blessures graves, mais vous aurez certainement aussi de bons souvenirs et vous vous ferez des amis pour la vie.” – Gaston Besson

Gaston Besson sélectionne les combattants pour les opérations de terrain. Selon lui, beaucoup de personnes inadaptées au combat souhaiteraient participer à la guerre, mais le bataillon Azov n’accepte ni les alcooliques, ni les toxicomanes, ni les personnes qui n’ont pas les capacités psychologiques et physiques requises pour affronter le stress de la guerre.

Gaston Besson précise qu’il se méfie de ceux qui ont la gâchette trop facile, « mais cela ne veut pas dire que c’est une unité des petits écoliers, bien au contraire ». « Ce sont des gars armés et dangereux », explique le mercenaire. Quelque 600 volontaires étrangers se battraient du côté ukrainien.

Les nouvelles recrues arrivent toutes les semaines et le bataillon ne cache pas qu’il se bat contre deux fronts : contre la Russie et les séparatistes, mais en restant très méfiant à l’égard des autorités ukrainiennes, parce que les hommes d’Azov ne veulent pas d’un nouveau gouvernement « pro-américain » ni d’« une nouvelle mafia à Kiev ».

Moscou dénonce la présence de « fascistes croates »

Alors que le ministère des Affaires étrangères russes a officiellement dénoncé la présence en Ukraine de « fascistes croates », qui pourraient mettre en danger le cessez-le-feu péniblement négocié à Minsk, Vesna Pusić, la ministre croate des Affaires étrangères et européennes, a officiellement confirmé que les ressortissants croates participaient aux combats en Ukraine, mais elle affirme qu’ils feraient tous partie des unités régulières de l’armée ukrainienne.

« Leurs activités sont suivies par l’agence de sécurité et de renseignement militaire et, pour le moment, il n’y a pas de participation croate dans les unités paramilitaires », a assuré Vesna Pusić, précisant que tous les Croates étaient engagés côté ukrainien, mais sans préciser leur nombre.

Courrier des Balkans

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Article du 18 avril 2007

Au début, Gaston Besson a le profil classique du gosse en mal d’aventures qui a trop lu « Les tambours de bronze » de Lartéguy: chercheur d’or en Guyane française à 16 ans, militaire à 18 ans, entrée en rebellion chez les Karens de Birmanie, sur fond de jungle et de malaria. Gaston suit son frère ainé. Mi-reporter, mi-mercenaire, il traine dans les guerillas du Surinam, du Laos et du Cambodge, revient, essaie de vivre en France, échoue, s’ennuie et dérive en regardant les images de guerre de l’ex-Yougoslavie. Un copain journaliste part en Croatie, il le suit. Là-bas, il va se battre, côté croate, de novembre 1991 à février 93. Aujourd’hui, le soldat-perdu a les yeux des adultes qui ont trop tué. De Vinkovci, Karlovac, Slavonski-Brod en Croatie à Mostar, Kuprès et Brcko en Bosnie-Herzégovine..Il raconte son action dans les commandos d’extrême-droite du HOS ou chez les bérets verts croates, les rencontres avec les autres mercenaires étrangers mais aussi les chasses à l’homme, les exécutions sommaires, les batailles où on ne fait pas de prisonniers, celles où on achève les blessés.

Comment êtes-vous entré dans la guerre en Yougoslavie?

J’étais parti là-bas avec la vague idée de faire des photos. Quand je suis arrivé à Vinkovci, la ville allait tomber. Il y avait une atmosphère de fin du monde. Et en même temps un immense élan nationaliste, une sorte de combat fou pour la liberté, des gens qui ne savaient pas se battre partaient se faire étriper au front. J’ai passé une semaine avec eux dans les tranchées. Et puis, une nuit, il y a une attaque, je ne pouvais pas faire de photos…je me suis retrouvé avec une kalachnikov dans les mains.

Et vous saviez vous en servir?

Oui. Je m’étais déjà battu. J’avais même entrainé des recrues en Asie du Sud-Est. La plupart des Croates n’avaient pas de compétences militaires. C’était pas une armée. Leur stratégie, c’était « Bordel, couvrez! » Un bordel monstre. J’avais envie de m’engager à fond. Je me suis retrouvé dans les commandos du 6éme bataillon du HOS à Vinkovci. On était installé dans des caves, on sortait la nuit, dans le no man’s land, entre les lignes serbes, pour aller « taper » un char ou un mortier. Au début, j’étais avec un type surnommé « Chicago », un fou furieux qui avait passé deux ans aux Etats-Unis. Il nous faisait faire n’importe quoi, sortir droit devant, dans les lignes, et accrocher l’ennemi au hasard. Une folie. J’ai décroché. Et j’ai essayé de former des hommes. Les combats ont été très durs en novembre et décembre 91. Puis avec l’accalmie, la milice du HOS [ suspectée par Zagreb de préparer un putch NDLR ] a commencé à recevoir moins d’armes.

A la fin du mois de mars, le QG du HOS à Zagreb a sauté: cinq morts, douze blessés. On n’a jamais su comment. C’était la fin du HOS. Sur le front, je commandais un groupe de douze hommes. Ca s’est très mal terminé. Tout le groupe a été fauché dans une opération. On est parti à travers les mines. De mon côté, j’ai fait sauter un char; mais les autres sont tombés nez à nez avec la relève de la garde. A la lumière des fusées éclairantes, tout le monde a été pris sous le feu des mitrailleuses, au milieu des mines bondissantes: un carnage. Il y a eu deux survivants. C’était la fin de la guerre en Croatie. Déjà, beaucoup de croates-bosniaques retournaient en Bosnie. Deux ou trois mois à l’avance, tout le monde savait ce qui allait se passer là-bas. Alors, ils y allaient. Moi, je suis reparti à Zagreb, on m’a mis dans une unité spéciale croate, les bérets verts. Direction: l’Herzégovine.

D’où venaient les étrangers de votre unité?

Je commandais une section de trente hommes. Les trois-quarts étaient des croates venus des USA, d’Australie et deux croates-français. Il n’y avait que trois vrais étrangers: un hollandais, un anglais et un ancien légionnaire français, sergent-chef devenu depuis général. Tout le monde parlait français à la radio. Il y avait beaucoup de légionnaires, d’anciens militaires qui avaient fait huit ou dix ans d’active. C’était un mélange d’anciens soldats et d’aventuriers-idéalistes. Beaucoup d’anglais ultra-conservateurs ou travaillistes qui n’arrêtaient pas de s’engueuler, quelques français, des Allemands. J’ai croisé quelques rares néo-nazis.

Combien d’étrangers?

Cinq cents au total dont une soixantaine en permanence. Peu de jeunes come moi. Ceux qui vont se battre ont souvent la trentaine. Il y a eu une cassure dans leur vie, un pépin, un coup de blues, alors ils décident d’aller jouer avec la mort. Mais ils ont souvent une vie et un travail ailleurs. S’ils ne sont pas blessés ou tués, ils repartent au bout de deux ou trois mois. Je me rappelle d’un britannique, mi-Espagnol, mi-Anglais, avec les cheveux très longs, un ancien militaire qui tenait un bar aux Philippines. Un jour, un copain lui a parlé de Vukovar. Et ils sont partis tous les deux, vers Hong-Kong, ont pris le train pour Moscou et traversé toute l’Europe jusqu’en Yougoslavie. Lui a été grièvement blessé. Il avait des éclats tout autour du cœur et les toubibs lui ont interdit de bouger. Il nous a immédiatement rejoint sur le front en Bosnie, s’est battu un temps, puis a disparu en direction de l’Espagne. Jamais revu.

Quelle était votre solde?

Quatorze mille cinq cent dinars. Soit mille deux cent francs au début de la guerre et, plus tard, avec la dévaluation de la monnaie croate, l’équivalent de trois cent francs. On ne se battait pas pour de l’argent. En Bosnie, la paye était inexistante; il y avait des « clubs » chargés de répartir l’argent qui venaient des croates de l’étranger.

Quand on revenait trois mois à Zagreb après trois mois de front, on nous donnait mille cinq cent francs, de quoi se payer un hôtel correct et dix jours à se saouler. Pour tout oublier. j’ai perdu neuf amis là-bas. Pierre, un aventurier dans l’âme, ni intelligent, ni bête, fasciné par l’histoire des guerres; je ne sais pas pourquoi il est venu, il devait chercher l’aventure de sa vie, il l’a trouvé. On s’est fait encercler par les chars, deux heures pour regagner nos lignes avec deux morts et douze blessés. François a pris deux balles dans la cuisse, il s’est vidé en cinq minutes. A vingt sept ans. Je l’adorais. Ca m’a fichu un coup. Il y a eu Pierre, un ancien légionnaire, une balle dans la tête à Livno. Et Jean-Louis, ancien de l’armée française, tué en Décembre 91. Et John, tué en quinze jours. Lui ne savait pas pourquoi il était là.

Pourquoi autant de pertes? On envoyait les étrangers dans les coins les plus durs?

Non. On y allait tout seul. On était là pour « faire quelque chose ». Pas pour monter la garde.
Partir ou rester..c’était nous qui décidions. Après l’extermination de mon groupe à Vinkovci, j’ai eu envie de retrouver en Bosnie les croates-bosniaques qui s’étaient battus avec nous. C’est tout. Une rencontre avec un copain sur le quai d’une gare, une cuite, un train…et on changeait tous nos plans. Ne cherchez pas le rationnel…

Est-ce que vous saviez, au moins, pourquoi vous vous battiez?

Au début, oui. Par idéalisme, la défense d’un pays attaqué, à un contre dix, tenir, il fallait tenir les villages…même si on n’a pas cessé de reculer dans guerre. Et puis, au fur et à mesure, on a changé. Il n’y avait plus que les copains. Et la guerre pour la guerre. Au combat, il n’y avait même pas de marijuana, pas d’amphétamines. Moi, j’aime pas les cachets; je suis assez nerveux comme ça. Mais dès qu’on sortait du front, on devenait des alcooliques finis. A Zagreb, j’étais saoul 24h sur 24.

Pour oubliez que vous deveniez un sauvage?

La sauvagerie?…Oui. Chez les autres et chez soi-même. Après chaque passage au front, on réalise qu’on n’est plus le même. Alors, on boit. Pour oublier la peur de se voir mourir. Pour oublier les civils. On les évitait à tout prix. Quand les croates voulaient nous traduire leurs histoires de massacres et de viols, on fuyait. on ne voulait pas entendre, pas savoir. Moi, je n’ai pas vu de massacres de civils, je n’ai vu que des tombes devant les maisons. J’ai vu des cadavres sans yeux et sans oreilles. C’était banal. Surtout après les combats, il y avait toujours des gens de l’arrière pour venir s’acharner sur les cadavres. Nous, on s’en foutait.

Vous avez été témoin de tortures?

Tabassages, oui. Pas de tortures. Nous, on tenait nos hommes. Vous savez, les serbes sont pas plus méchants que les croates. La différence, c’est le laisser-aller, l’impunité totale dont les soldats bénéficient. Bien sûr, il y a eu des viols et des exécutions sommaires chez les croates, mais pendant les combats et jamais au vu et au su des officiers. A Zéric, au nord de Tuzla, au début de la guerre, le village serbe était entouré par les croates. Il y avait une belle route en asphalte qui évitait des heures de marche dans la montagne. Pour l’utiliser, on s’était mis d’accord avec la population serbe. Pas de problèmes. Jusqu’au jour où l’armée serbe arrive. Les villageois se réveillent et massacrent trois ou quatre familles croates qui vivaient là. Ils prennent une jeep qui passe par là et son conducteur, « Millo », un copain allemand-croate. On l’a retrouvé les mains clouées sur une porte de grange. Ce sont les autres prisonniers qui nous ont raconté les détails: coups de bâtons, brûlures de cigarettes, méthode du « cheval d’arçon » il avait été torturé sur la place du village, devant les officiers. Les types n’avaient pas peur de torturer à visage découvert. Un sentiment d’impunité totale! Quand on a retrouvé « Millo », ses mains avaient saigné. On l’avait cloué vivant.

Vous parlez des Serbes. Pourtant, vous, officier discipliné, vous avez exécuté des prisonniers.

…Oui..Une seule fois.. A Zéric….Pendant les combats.

Comment?

C’est difficile d’en parler. Il fallait reprendre Zéric, sa route en asphalte. Pour une fois, on avait reçu un char et quelques mortiers. Fallait en profiter. On a attaqué le village: progression maison par maison, buisson par buisson, les serbes qui portent les mêmes uniformes que nous, le village qui tombe, est repris, tombe, la fatigue et la tension…Classique. A la radio, j’ai entendu qu’on avait pris deux miliciens armés. J’y suis allé. C’était mon rôle d’officier. Sur place, j’ai vite compris à l’ambiance que les deux gars n’en sortitraient pas vivants. Si je les envoyait vers l’arrière, ils se seraient fait buter derrière le premier buisson. Et il aurait fallu que je punisse mes types. Faut tenir ses hommes. Les erreurs et les faiblesses se paient toujours au combat. J’ai pris moi-même la décision. C’était à moi de le faire. Sur place, c’est à vous de décider de la vie ou de la mort des gens. Sur le moment, c’était très logique.

Vous les avez fait allonger sur le sol et vous leur avez mis une balle dans la tête. C’est cela?

Oui. De toute façon, ils seraient morts. Alors, les envoyer vers l’arrière aurait été une lâcheté de ma part. On dira peut-être un jour que je suis un salaud…

…Ou, plus simplement, que vous êtes un assassin. Si, un jour, il y a un tribunal pour crimes de guerre, en ex-yougoslavie, vous pourriez être assis au banc des accusés.

Il faudrait y faire asseoir tous les serbes, tous les croates, et les allemands de la seconde guerre mondiale, et tous les autres!

Vous avez assisté à d’autres exécutions sommaires?

Oui. Pendant les combats. Plusieurs fois. Qu’est-ce que vous croyez? Qu’on laisse les gens sortir, tranquillement, en jetant leurs fusils, bras en l’air. Ca, c’est bon pour les séries tv.

Et les blessés?

Ils sont exécutés. Des deux côtés. Il n’y a pas beaucoup de prisonniers pendant les combats. Après…C’est différent. Quand l’adrénaline est tombée, une ou deux heures plus tard, si un homme sort d’une grange ou d’une cave, on peut lui offrir une cigarette ou un café. Je me rappelle d’un des rares villages serbe qu’on a pris. Huit cent civils encerclés, prisonniers. Il ne s’est rien passé. On a même pas brulé le village. On a retrouvé des types, planqués dans les bois. Ils crevaient de faim et de peur. On les a nourris. Ils avaient un livre sur eux: » Comment tuent les Oustachis. » Leur propagande est extraordinaire. On est resté dans ce village. C’était bizarre. ces hommes, ces femmes, ces gosses qui vivaient avec nous. On leur donnait des cigarettes; ils nous faisaient le café, la bouffe…Et j’avais peut-être buté le cousin, le fils, le père de l’un d’entre eux. Et eux le savaient. Mais à force de vivre avec eux dans ce village, de tout partager, la bouffe et les bombardements des canons serbes…quand on partait au combat, ils s’inquiétaient pour nous; quand on revenait blessés, ils nous soignaient. C’est le côté irréel de la guerre.

Aussi irréel que ce milicien qui marche, seul, sur une route déserte en pleine bagarre?

C’était toujours près de Zéric. le village brulait, les maisons brulaient, l’herbe des fossés brulait… Et ce type marchait, fusil en bandoulière, l’air hagard, en regardant par terre, comme s’il cherchait quelque chose entre les cadavres. J’oublierais jamais cette vision. On n’osait pas prendre le risque d’aller à découvert sur la route pour le faire prisonnier. On a hésité pendant quarante secondes. Puis on l’a abattu d’une balle dans la tête.

Vous l’avez abattu. Pourquoi? Parce que, encore une fois, vous étiez le chef?

Non. Parce que j’étais là. Quand l’un épaule, l’autre laisse faire le travail. Il y a une telle fatigue…Tuer, c’est la routine.

Et quand vous partez à la « chasse à l’homme »… Routine?

Non. Vous ne pouvez pas parler de « chasse à l’homme »! Ce que vous évoquez s’est passé vers Mostar, après la mort de Thomas Linder, un ami allemand. On avait eu tellement de pertes pour rien! On est rentré à notre base. J’étais terriblement mal dans ma peau. Il fallait que je fasse « quelque chose », que j’y retourne, casser un char, tuer des serbes, tuer quelqu’un. Me défouler, seul, pas comme un officier responsable de ses hommes. On est parti à trois officiers, faire du sniping dans la montagne autour de Mostar. D’autres peuvent tirer à 600 mètres; moi, je suis myope, je dois m’approcher à 250 mètres. A Mostar, l’armement serbe était impressionnant, chaque pouce de terrain était couvert par une mitrailleuse. Faut faire vite, tirer et filer, avant de se faire allumer. On progressait, la nuit, entre les maison jusqu’au bord de la Neretva; on se planquait derrière un arbre jusqu’au petit matin. J’étais seul, face à la mort, à ma mort. On est pas restés longtemps…Huit jours tout au plus.

Combien avez abattu d’hommes?

Six ou sept. Trois, sur. Les autres sont tombés. Morts? Je ne sais pas. C’étaient tous des militaires: une sentinelle, un soldat sur sa tourelle de char, un autre en train de réparer un moteur…

Pour l’un d’eux, vous avez attendu, l’oeil sur votre viseur, qu’il vous regarde avant de tirer. Pourquoi?

Je ne sais pas. Sur le moment, peut-être, j’aurais pu vous répondre. Aujourd’hui, je ne sais plus…

Est-ce que vous avez tiré sur des civils?

Non. Jamais. A Mostar, quand on a gardé la ville, il y avait un groupe de réfugiés qui se faisait tirer dessus par des snipers serbes, des « dormeurs », c’est-à dire des tireurs qui s’étaient laissé enfermer. Planqués entre les immeubles, ils tuaient des hommes, des femmes et des enfants. Pour rien. Aucun intérêt militaire. Et une contre-propagande désastreuse. On en a eu assez, on a demandé des volontaires et, pendant quinze jours, on a visité les immeubles et les bureaux, en enfonçant des centaines de portes à coup de pied. C’est très dangereux. Parce que l’autre peut vous tirer dessus et vous voit passer sur les toits, dans les couloirs, les lucarnes. On a attrapé une quinzaine de snipers en tout, hommes et femmes. Mon groupe en a eu trois. Un a été tué parce qu’il avait tiré. Les deux autres ont été remis aux croates.

Leur sort?

Ils sont arrivés très, très vite en bas de l’immeuble. En Bosnie, la guerre est encore plus sauvage qu’en Croatie.

Vous avez écrit: » Aujourd’hui, je suis heureux d’avoir donné la mort ».

Oui, j’ai dit ca. Dire qu’au début de la guerre, j’étais venu pour aider des gens, pour défendre, pas pour attaquer, éventuellement pour donner ma vie, pas pour tuer. Puis on perd un ami, on veut se venger, on tue, et on est heureux.

Vous avez fini par tirer même sur les Casques Bleus de l’ONU…

Ils sont arrivés au mauvais moment de la guerre. Pour entériner une frontière, pas pour repousser les Serbes. Et ils se prenaient pour des libérateurs! Tout le monde les a mal accueillis. A la tv, on reprenait CNN, qui parlait du moindre blessé ONU comme d’un scandale absolu…alors qu’on massacrait des villes encerclées. les gens disaient qu’il y avait certainement plus de bébé de trois ans avec une balle dans la tête que de victimes casques bleus! A Mostar, les observateurs se sont mis entre nous et les Serbes. Ca ne gêne pas les Serbes et leur artillerie. Mais nous, notre seule chance, est d’infiltrer leurs lignes. On s’est mis à tirer sur les jeeps des casques bleus. Pas les hommes. Mais le matériel. C’était le grand jeu à Mostar. Ils ont vite compris, ils ont déguerpi de nuit avec les derniers véhicules qui leur restaient. En oubliant des caisses de tee-shirts et des casques de l’ONU.

Vous-mêmes étiez mal accueillis à l’arrière. Non?

Zagreb essayait de gommer la guerre, d’effacer ces traces, pour reprendre le business. Moi, officier, je ne sortais plus en uniforme, sous peine de me faire arrêter tous les deux cent mètres par la police militaire. Nous, les étrangers, on gênait… les dirigeants de Zagreb veulent oublier la Bosnie. Ils ne pensent qu’à la reconstruction. Et à la deuxième guerre en Croatie. La guerre de reconquête…qui ne va pas tarder à commencer.

Pourquoi avez-vous décroché?

J’ai été blessé quatre fois là-bas: roquette, obus de mortier, maison qui s’effondre, coma, éclats d’obus dans le corps…J’étais épuisé, François venait d’être tué, j’avais besoin d’oxygène, je suis rentré en permission à Paris. Un soir, en voiture avec un copain, on était saoul, on a grillé un feu rouge. Genou écrasé, le plâtre que vous voyez, un an à boiter. Finies les acrobaties. C’est un accident de voiture qui m’arrête. Bizarre.

Sinon?

Je serais peut-être déjà reparti en Croatie. Qui sait?

Grands Reporters

– J’avais tout lu, tout écouté.
– Chez moi il y avait Aragon et Brasillach, Marx et Lénine, Mein Kampf, des disques nazis et le Chant des Partisans. Mon père ne s’intéressait qu’aux extrêmes, avec une préférence nette pour les causes perdues. Tout ce qu’il appelait ” noble”. Était noble ce qui était perdu. « La seule morale dans une guerre c’est de la perdre ! » Disait- il ! Pour lui tout était vérité et tout était mensonge. La vérité était quelque chose d’individuel. Il disait qu’on pouvait manipuler tout le monde, qu’on pouvait convaincre une foule d’aller se battre pour une idée et, cinq minutes plus tard, la retourner au nom d’une autre cause. A partir du moment où le groupe existe, on ne peut plus parler de vérité. En fait il n’était pas plus nazi que communiste ou je ne sais quoi en « iste », il était désespéré. Il y avait, pour lui, une malédiction qui s’attachait à l’homme. C’est pourquoi il respectait le mythe du guerrier, du surhomme, n’aimait que les individualistes forcenés et la provocation par-dessus tout. Au bout de cela il y a la mort, gratuite. Parce que rien ne sert a rien. Choisir ses souffrances et sa mort : un privilège de demi-dieu. Je dresse le portrait du personnage. Un fou … On ne nait pas guerrier. On le devient non par nihilisme mais par révolte face au néant, par orgueil aussi. Peux être .

Putain de guerre: Gaston Besson, volontaire français contre les Serbes

La vie en ligne de mire

Récit de guerre : Croatie – 1991

” … Alors, je suis partis.
Paris m’avait toujours démoralisé.
Les rues vides, les parcs sans enfants, les beaux monuments tristes comme des caveaux, ça n’avait jamais été mon truc. J’avais toujours voulu fuir le Français moyen et ses petits problèmes. J’étais fatigué de me laisser polluer par sa morale. Il faut bien faire quelque chose de sa vie. Il y a des gens qui disent que dans la vie tout est gris.

Je ne suis pas d’accord! Dans la vie tout est noir ou tout est blanc.

Nous sommes guettés par le sentiment de la vanité de l’effort, de l’inutilité de l’engagement: rien ne sert à rien, rien n’est vrai, on vit dans un rêve, tout ce qu’on construit repose sur du vide. A partir de là, ou bien on ne fait strictement rien ou bien on décide de tenter quelque chose malgré tout. Il faut choisir. Alors j’ai choisi la voie ultime, la voie extrême … A Paris, les gens étaient froids comme la mort. Les filles donnaient du plaisir et voulaient en prendre, rien de plus. On gérait des égoïsmes qu’on additionnait comme des comptables aveugles et bornés.

Je suis allé voir parce que même la merde en Croatie, ça devait sentir meilleur qu’ici. Tout était très flou. J’étais curieux, honteux de ce que je voyais et entendais autour de moi. Je devrais dire: «Je ne sais pas pourquoi je suis parti; en revanche, je sais pourquoi je suis resté …»

Quand j’avais vu cette «harka», les hommes avec leurs yeux rouges et leur barbe, leurs treillis comme des cartes de la guerre, des cartes d’identité de toutes les souffrances qu’ils avaient vécues, les armes cassées des morts, les sacs en plastique remplis de leurs effets, et les listes de noms interminables que les soldats se repassaient de main en main, qu’ils contrôlaient à tour de rôle, en essuyant, rapidement, au passage une larme d’un revers de manche, j’avais eu honte d’être là, planté au milieu d’eux, mal à l’aise dans mes fringues de civil. Je venais de rater Vukovar et j’étais malheureux. Il y avait des morts en pagaille dans les ruines de Vukovar, et ceux qui avaient survécu étaient enfermés dans une logique de destruction et d’oubli.

Cette poignée de types, c‘était les rescapés de «Fort Alamo». Des miraculés, et j’avais mal de n’avoir pas vécu l’enfer à leurs côtés. Je ne cessais de me répéter que c’était dommage et que si la guerre s’arrêtait-là, d’un coup, j’aurais l’air d’un sacré con. Je ne savais pas quoi leur dire, j’étais arrivé trop tard, je n’avais rien à leur dire. Ils n’attendaient rien.

Je n’osais même pas les regarder, je pensais à la chape de gloire tombée de Vukovar sur les épaules de ces gars-là et je ne me rendais même pas compte que la guerre était, cette nuit-là, partout autour de nous, dans l’obscurité qui avait noyé la ville, dans les explosions qui la secouaient, dans les regards fixes et les mains tremblantes des soldats, dans l’odeur sucrée et écœurante qui s’était soudain échappée de leur groupe lorsque les premiers avaient déboutonné leurs capotes.
Tous ces corps avaient gardé l’odeur de la boucherie de Vukovar, j’avais reculé et attrapé le premier verre de rakija qu’une main me tendait …

[…]

” … Je suis mort en Yougoslavie. On meurt toujours à la guerre. Vukovar, Vinkovci, Mostar, Brcko … C’était pareil, des merdiers où l’on perdait à jamais quelque chose de précieux. J’aurais pu continuer à vivre si je n’étais pas allé dans les plaines de Slavonie ou dans les montagnes de Bosnie. Pendant deux ans, il y avait eu plus de morts que de vivants. .. “

” … Un soir, après mon retour à Paris, j’ai regardé les gens qui sirotaient leur verre dans un bar de Saint Michel; c’était, autrefois, un endroit tranquille où j’avais mes habitudes, mes copains; des gens que j’avais toujours vus, pas des proches, mais des gens que je connaissais bien, je me suis demandé : «Est-ce que je pourrais tuer ce type, ou cette fille?» J’ai su que je pouvais, ce n’était plus difficile, juste presser la détente, assurer le coup avec une deuxième balle dans la tête et tourner les talons. Alors j’ai compris que j’étais mort. .. “

Et les morts ne parlent pas avec les vivants.

– Gaston Besson / Une vie en ligne de mire . 

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– Souvenirs de guerre – Pendant l’offensive sur X, – Bosnie 1993.


– On avait trouvé un type raide mort à côté de sa bicyclette…….

– Il y avait eu beaucoup de bagarre la veille, et le matin même, ça fumait encore ; on entendait au loin des bruits de fusillade sans qu’on sache qui tirait sur qui, mais toute cette merde se déroulait loin en dehors du village dans le secteur musulman. Là, où nous nous trouvions, le calme était revenu. A tel point que les morts qui jonchaient la route avaient l’air d’être tombés du ciel. –

– L’herbe des talus cramait à certains endroits comme si le feu avait pris tout seul. Les Serbes s’étaient éclipsés depuis le milieu de la nuit et nous n’avions qu’une seule mission : évaluer les pertes ennemies et retrouver certains de nos morts.-

– Tout à coup, nous avons aperçu un type d’une quarantaine d’années, en uniforme, fusil à la bretelle, qui avançait seul, sur cette putain de route. Je me suis demandé : “ Qu’est ce qu’il fout là, bordel ?

Il marchait, l’air complètement absent, comme s’il venait de bouffer une bonne omelette aux champignons hallucinogènes. Arrivé à la hauteur du mort à la bicyclette, le milicien s’était penché sur le corps, sans même jeter un regard autour de lui. On avait vu son écusson des milices d’extrême-droite serbe cousu sur l’une de ses épaules. Je croyais rêver. Je cherchais ce que je pouvais faire pour me réveiller : on était tellement fatigué pendant ces semaines d’opérations qu’il était facile de se croire endormi. Le milicien n’avait pas même attrapé son arme, elle était toujours en bandoulière. Je ne savais plus s’il fallait le tirer comme un lapin, le laisser partir ou l’intercepter. Derrière moi, un Croate d’un rapide aller et retour, avait demandé si quelqu’un le connaissait. Le milicien Serbe s’était mis à tourner en rond autour de l’homme couché sur la route, comme s’il cherchait quelque chose par terre… –

– Le Croate m’avait redemandé paniqué : “ Qu’est ce qu’on fait ? “ Alors, j’avais épaulé, lentement, en faisant aller mon viseur du cœur à la tête et de la tête au cœur pour assurer mon coup, pour être sûr, le moment venu, qu’il ne nous échapperait pas. ” Il a tué ; il tuera encore ” me disais-je. Des larmes de sueur salées brûlaient mes yeux. J’avais largement le temps, l’homme était à moins de cinquante mètres, je le fixais dans mon viseur, sans réelle envie d’appuyer sur la détente. –

– Mais le Croate m’avait dit d’une voix pressante : “ Shoot ! Shoot him ! . La balle était passée dans la tête comme au travers d’une motte de beurre, en épargnant les yeux. Je m’approchais, il était tombé sur la bicyclette et on aurait dit qu’il dormait. il avait l’air reposé, tranquille, pas inquiet du tout. Nous n’avons jamais su pourquoi il était venu roder sur cette route autour des cadavres, et lui n’avait jamais su comment il était mort. Surtout il n’a jamais su qu’il était mort ! Et moi, je ne savais plus qui avait tiré.-

” Ainsi va l’homme ” , Gaston Besson

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Une nuit d’octobre 1993. nous rentrions au Marais, sortant d’une soirée littéraire, quand une voiture lancée à vive allure nous coupa la route à hauteur de l’Hôtel de Ville, rue de Rivoli. Je crus ma dernière heure venue. Après le choc, il y eut un instant de silence. L’agresseur ne bougeait plus. Son moteur semblait rentré dans l’habitacle.

De mon côté, par chance, plus de peur que de mal. De la tôle enfoncée certes, aile, phare, portière droite, mais les organes vitaux étaient intacts.

*
Patrick, sonné, se palpa et, ne se trouvant rien de cassé, sortit respirer. Le conducteur de l’auto-tamponneuse s’était extirpé avec difficulté de son véhicule. Il était indemne mais chancelant. Son passager, un jeune homme, était évanoui, en sang, l’arcade sourcilière ouverte, la lèvre fendue. Une ambulance fut bientôt sur les lieux. On était à quelques centaines de mètres de l’Hôtel-dieu.

Tandis que le blessé était conduit à l’hôpital, je fus prise en remorque. Le lendemain Patrick passa me voir, parut rassuré et alla prendre des nouvelles de l’accidenté. Il était conscient, très pâle. «C’est trop bête», répétait-il. Au-delà des plaies superficielles, il avait un genou brisé et souffrait beaucoup.

«C’est peut-être ma chance», dit-il à Patrick interdit. «Je m’appelle Gaston», ajouta-t-il comme si cette précision éclairait le propos.
«J’habite à côté, je reviendrai vous voir.»

Croisant sa mère dans le couloir, Patrick se renseigna: Gaston, engagé volontaire dans l’armée croate, arrivait de Bosnie-Herzégovine où il s’était battu à la tête d’unité militaire internationale, contre les Serbes. En permission pour dix jours à Paris, il avait fallu un banal accident de voiture pour l’arrêter dans sa course.

Patrick retourna à l’Hôtel-dieu. Dès que le jeune homme fut un peu mieux, il entreprit de l’interroger sur sa vie. Il n’en reçut que des réponses évasives. Elles lui permirent néanmoins de se convaincre que Gaston ne s’était embarqué dans cette histoire ni pour des raisons idéologiques ni par intérêt. Était-ce, bêtement, par goût de la mort? Ou encore cherchait-il à fuir quelqu’un? A se fuir lui-même? Était-il à la recherche d’un destin?

-Quel âge avez-vous?

-Vingt-sept ans.

-Vous pourriez être mon fils…

Ce garçon taciturne, aux cheveux presque gris, à l’œil noir, qui avait déjà une vie d’homme de guerre et plusieurs révolutions derrière lui, plut à Patrick. Les rapprochaient une commune ascendance bourguignonne, une enfance marquée par des pères destructeurs, une marginalité revendiquée. Mais Patrick, qui avait beaucoup joué à se perdre, était tombé dans le piège de l’amour en rencontrant Florence, tandis que Gaston était allé au-delà de ses propres limites, à l’extrême. Il avait “franchi le mur”, comme Arthur Rimbaud.

Heureusement pour lui, l’Hôtel-dieu de Paris n’était pas l’hôpital de la Conception à Marseille et une fracture du genou, si invalidante fût-elle, n’était pas la gangrène cancéreuse. «Je ne vais pas m’attacher à lui», songeait Patrick, «un jour il repartira pour je ne sais quelle guerre ou révolution et se fera tuer pour de bon».

Dès ce moment, Gaston devint un familier de la maison et s’y installa même dans un petit studio.

Que faire ? Se demandait-il. Je ne vais pas devenir un ancien combattant?

Patrick était troublé par le personnage, sa lucidité, son intelligence, son sentiment désespéré d’être sur un chemin sans retour. Il entreprit de lui redonner confiance, de lui ouvrir d’autres perspectives que celles d’une catastrophe finale à laquelle le jeune homme aspirait peut-être.

Peu à peu, Gaston réapprenait à vivre et même à rire. Il faisait visiter son Paris à Patrick. C’était un parcours jalonné de bars. Je faisais partie de ces virées. Gaston m’appelait «la vieille». Un soir qu’ils avaient bu de concert, mélangeant hardiment vin français, bière allemande et whisky irlandais, refaisant le monde comme Gabin et Belmondo dans «Un singe en hiver», Patrick se déclara incapable de conduire. Gaston s’installa au volant.

– Comment ça marche?
-Tu ne sais pas?
-Si, mais j’ai une jambe raide.
-Ca ira: il n’y a que deux pédales, frein et accélérateur.
-C’est à dire… Je n’ai conduit que des chars d’assaut…

Je soupirai, prête à toutes les violences, mais Gaston se révéla assez doué pour nous ramener sans incident dans le Marais où la fête, une fête triste où chacun courait après son double, se prolongeait jusqu’au passage des premières bennes à ordures municipales.

De jour en jour, au fil de notre cohabitation, il m’était devenu plus précieux. De nous deux, en fait, c’était lui l’aîné. Il mettait mon idéalisme mal soigné en charpie. De mes songeries, il faisait de la poudre de perlimpinpin. Il y a des choses qu’il sent, peut être parce que comme le mien, son père a radicalement nié son existence en se suicidant, quand il n’avait pas encore douze ans. Il y a une partie de nous qui ferait sauter l’humanité en signe de protestation contre cet abandon et une autre qui supprimerait toutes les portes pour ne laisser personne à l’extérieur. Je ne lui donnais que ce que j’avais à prodiguer: de la tendresse.

Pour tout le monde, Gaston était «le mercenaire» ou «l’aventurier». Sa vie témoignait d’une recherche qui allait au-delà des définitions toutes faites et dont le conflit yougoslave n’était qu’un épisode, le dernier en date. A vingt-sept ans il semblait avoir fait le tour de la condition humaine. Sa quête d’absolu se transformerait-elle un jour en ce «dur désir de durer» dont parle Eluard?

Patrick le souhaitait parce qu’il aimait Gaston. Il aurait voulu le savoir heureux, réconcilié avec lui-même ; il n’était pas certain que Gaston y parvienne un jour. – Extraits de “C. X.“ Roman par Patrick Renaudot Edition du Rocher 1998.

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-Les nationalistes de toute l’Europe sont venus se répartir dans les deux camps s’opposant dans les confits de l’est de l’Ukraine ; des volontaires viennent aussi des Balkans. Là-bas se retrouvent aussi les vétérans des guerres des années quatre-vingt-dix.

– Cinq mille morts en six mois. « Allons, ce n’est rien », considère Gaston Besson. Il sait que c’est un brin cynique, reconnait cet homme de quarante-sept ans. Mais en comparaison avec d’autres confits, en particulier des guerres civiles, le nombre de morts dans l’Ukraine de l’est serait jusqu’à présent limité. « Les gens ne se haïssent pas vraiment, ici », explique-t-il avant de reprendre une gorgée de brandy.

C’est une après-midi d’octobre ensoleillée à Pula, petite ville portuaire de Croatie où s’est installé Besson. 2500 kilomètres le séparent des morts de l’est de l’Ukraine.

– À Marioupol, sur la mer Noire, les habitants espèrent que le fragile cessez-le-feu entre le gouvernement de Kiev et les séparatistes pro-russes tiendra bon. À Pula, pendant ce temps, les derniers touristes de la saison fânent dans la zone piétonne, et Gaston Besson, dans la cour ombragée du café où il a ses habitudes, savoure son brandy.

– Cependant, si cela ne dépendait que de lui, il quitterait au plus vite Pula pour retrouver Marioupol. Besson veut retrouver ses « gars », qui tiennent les positions à l’est de la ville.

Retrouver le bataillon Asov.

L’unité que Besson voudrait rejoindre s’est forgé ces derniers mois une réputation de choc. L’emblème du bataillon porte une Wolfsangel sur fond de Soleil noir, un vieux symbole indo-aryen, que les cercles d’extrême-droite européens apprécient. –

– Les déclarations des volontaires de l’Asov, largement relayées par les médias internationaux, ont consolidé une image de « bataillon nazi » se battant aux côtés du gouvernement de Kiev. Et le bataillon est devenu un régiment, qui compte désormais 1,200 combattants, dont au moins 85 étrangers.

Français vivant en Croatie, Gaston Besson a été parmi les premiers. Il a contribué à structurer le bataillon, et a entrainé les premiers volontaires.

« C’est ce qu’il y a de beau dans la révolution », dit-il, « on crée à partir de rien tout ce que l’on entreprend. »

À 500 kilomètres au sud-est de Pula, dans la capitale de la Serbie, Belgrade, Zoran Andrejic pense aussi à ses « gars ». Cependant ne doit-il plus s’inquiéter pour eux. « Nos membres sont retournés au pays. Notre unité a été dissoute. Dieu merci, nous n’avons aucun mort à déplorer. »

– Belgrade est prise ce jour-là dans un brouillard étouffant interdisant au soleil de se montrer. Les gens espère que du ciel gris n’éclatera pas encore un gros orage.

Belgrade attend un invité de marque : une visite du président russe Vladimir Poutine est prévue. Au Šindra, un bistrot sombre sis à proximité de la principale station d’autobus, tout indique la visite d’État. Sur l’écran de télévision, on peut suivre le direct de l’aéroport de Belgrade, où Poutine doit arriver d’un instant à l’autre. « L’amour de la Russie est assurément quelque chose que chaque Serbe porte en son cœur », dit Andrejic.

Chez les Tchetniks serbes, « l’amour de la Russie » va si loin qu’ils ont décidé de se battre aux côtés des séparatistes pro-russes du Donbass. En mars 2013, alors que la Crimée allait être officiellement rattachée à la Russie, une poignée de militants de cette organisation nationaliste firent montre de leur détermination face aux caméras de la chaîne d’information Al Jazeera Balkans. De concert avec les cosaques du Don, qui les avaient invités en Crimée, ils ont supervisé le trafic routier sur la presqu’île, inspecté des cars, contrôlé des papiers. Des barbus en uniforme militaire qui ont pris en charge l’application des lois. Au-dessus de leurs têtes flottait le drapeau des Tchetniks : un drapeau noir frappé d’une tête de mort.

« Nous nous voyons avant tout comme une organisation humanitaire », explique Zoran Andrejic. Ce trentenaire aux cheveux courts et au visage légèrement émacié est plombier dans le civil. Parallèlement à cela, il est numéro deux des Tchetniks en Serbie.

– Le numéro un, le commandant Bratislav Zivkovic, se trouve encore à Moscou. Et les autres volontaires, qui se sont battus dans le Donbass, ne se montrent plus trop depuis que le gouvernement serbe a annoncé que le fait de combattre à l’étranger était passible de condamnations. « Nous ne saisissons pas vraiment ce que notre gouvernement recherche », dit Andrejic. Lui-même ne s’est pas rendu en Ukraine.

Le confit au Donbass est devenu un point de ralliement pour des volontaires de tous les bords politiques. Une partie des gauches européennes voit dans l’insurrection en Ukraine un combat de défense antifasciste. L’encadrement est assuré entre autres par deux communistes espagnols, qui ont rejoint les brigades de la république populaire auto-proclamée de Donetsk, en guise de remerciement pour le soutien apporté par l’Union soviétique durant la guerre civile espagnole.

– L’extrême-droite, en Europe, est partagée. Une partie admire la tendance autoritaire et anti-occidentale de Poutine tandis qu’une autre loue les succès des groupuscules d’extrême-droite comme le Secteur droit. Ainsi, on trouve des ultranationalistes des deux côtés du front, et parfois d’anciens adversaires d’autres guerres se retrouvent.

– Lorsque, fin 2013, Gaston Besson vit pour la première fois les images de Maïdan, il sut que, d’une façon ou d’une autre, il lui fallait se rendre à Kiev. Il emprunta de l’argent et se retrouva au Maïdan précisément au moment où les affrontements entre les manifestants et la police se durcirent. Il y eut une centaine de morts. « La révolution était dans l’air », affirme Besson, comme s’il n’existait toujours que la « révolution ».

– Il décida de mettre son savoir au service de cette révolution. « Après tout, je suis moi-même un révolutionnaire. Dans toutes mes guerres, je me suis battu contre l’État et la police. »Les témoignages sur le bataillon Asov se sont greffés sur la notoriété de Besson.

– Sur Internet circulent des rumeurs grotesques selon lesquelles il organiserait depuis la France des chasses à l’homme en Ukraine. Les médias croates, en revanche, l’ont déjà surnommé « le guerrier du XXIe siècle ». Mais même sans cela, la vie de Gaston Besson mériterait d’être adaptée au cinéma.

– Fils d’un ingénieur français travaillant à l’étranger, Besson est né à Mexico, a visité avec ses parents de nombreux pays et s’installe en France pour la première fois à l’âge de dix ans. Il quitte l’école à 17 ans, pour s’essayer au métier de chercheur d’or en Colombie. Après un an, il rentre… sans le pactole. « À ce moment-là, je n’avais plus le choix qu’entre l’usine et l’armée. » C’est cette dernière que Besson choisit.

– Il rejoint les parachutistes coloniaux , devient membre d’un commando d’élite formé aux tactiques de guérilla et de répression des guérillas. Il combat auprès des rebelles Karen en Birmanie, avec les Hmong au Laos, ou avec d’autres rebelles aux Cambodge ou au Suriname, en Amérique du Sud.

– En 1991, quand commence en Croatie la guerre d’indépendance, Gaston Besson a 24 ans et s’y connaît en matière de guerre. Il a quitté l’armée mais veut rester fidèle à la guerre — comme photo-journaliste. À l’automne, il arrive en Slavonie, où les combats les plus rudes opposent Serbes et Croates. « Les jeunes croates tombaient comme des mouches », se remémore-t-il. Besson laisse de côté son appareil photo et rejoint comme volontaire la Force de Défense Croate, une milice croate liée au mouvement d’extrême droite

Le Parti croate du Droit. Un peu comme avec le bataillon Asov, qui est la branche armée du micro-parti Assemblée Sociale-Nationale, ouvertement d’extrême-droite.

– De cette époque, il reste en Croatie une image très connue de Gaston Besson. Elle fut prise dans la ville de Vukovar, assiégée par les troupes serbes durant quatre-vingts jours, lourdement bombardée puis finalement conquise. La photographie montre le jeune Gaston Besson en tenue de combat, en train de porter une jeune fille qui pleure hors des ruines de la ville.

La petite fille d’alors est aujourd’hui sa femme.

Besson est devenu un homme aux cheveux gris. Mais un trait de juvénilité traverse encore son visage vieilli aux yeux couleur d’ambre et à la bouche légèrement marquée d’une moue moqueuse. Sa femme attend leur deuxième enfant, c’est la raison pour laquelle il est en vacances chez lui.

Et le genou qu’il s’était blessé dans la guerre de Croatie recommence à le faire souffrir. « Quand je regarde l’Ukraine d’aujourd’hui, ça me renvoie directement à l’année 1991 », dit-il.

Certains parallèles entre les deux confits ne peuvent pas être écartés d’un revers de main. De la même façon qu’en Croatie, la minorité serbe exigeait le rattachement à la mère patrie, les séparatistes de l’est de l’Ukraine veulent faire partie de la Russie. Dans les deux confits, les armées des grandes puissances se sont engagées aux côtés des séparatistes. Dans les deux cas, on vit renaître le nationalisme d’une façon inattendue.

– Mais Besson va encore plus loin. Pour lui, Vladimir Poutine n’est rien d’autre qu’un continuateur de Slobodan Milosevic — tout est comme naguère, seulement à de plus grandes dimensions. Conséquemment désigne-t-il de préférence son adversaire actuel comme des « Super-Tchetnik ».

– Des ruines de Vukovar il existe en Croatie une autre image très connue : un enregistrement vidéo réalisé peu de temps après la capitulation de la ville. Une poignée d’hommes barbus en tenue de combat traversent les rues dévastées. Au-dessus de leurs têtes flotte le drapeau à tête de mort des Tchetniks. Ils chantent en chœur et demandent au président Milosevic de leur envoyer de la salade. « Il va y avoir de la viande, il va y avoir de la viande », hurlent-ils, « nous allons charcuter du Croate ».

– Il ne faut pas surinterpréter ces parallèles, affirme Zoran Andrejic. En aucun cas les guerres des Balkans ne se continuent en Nouvelle Russie. « Ce genre de vision correspond plutôt à une certaine logique journalistique. » Le mouvement tchetnik n’aurait nullement eu l’intention de prendre part aux combats en Ukraine. On veut seulement aider.

– Si l’on suit la version d’Andrejic, les Tchetniks ont été forcés de prendre part au combat. En juillet, la Crimée a été formellement rattachée à la Fédération de Russie et le climat au sein des troupes ukrainiennes stationnées à Lougansk s’est visiblement empiré.

Le mouvement aurait à ce moment amassé des fonds en Serbie et en Russie À la fn, cela a donné trois camions de provisions. Les républiques populaires manifestèrent de la gratitude tout en étant dans l’incapacité d’assurer à ce petit convoi une escorte. Alors les Tchetniks s’en sont occupé eux-mêmes, et c’est armés qu’ils se sont retrouvés en réserve des séparatistes.

– À proximité de l’aéroport de Lougansk, ils se seraient retrouvés sous des tirs d’artillerie, puis auraient été attaqués par de l’infanterie. « Il y a eu des rumeurs selon lesquelles le bataillon Asov aurait été impliqué, mais nous n’en savons rien », déclare Andrejic. Les Tchetniks ont riposté. Bilan : trois blessés, dont un lourdement. C’est le mythe fondateur de la section « Jovan Sevic », comme se nomment désormais les volontaires tchetniks. « Et c’est un peu notre tragédie dans toute cette affaire. »

– Cela dit, les photographies que les Tchetniks ont diffusées via les réseaux sociaux les mois suivants donnent une impression plutôt guerrière que tragique. Le commandant Bratislav Zikovic et ses hommes y exhibent des armes en prenant des poses conquérantes. Des messages de victoire à propos de l’attaque de chars ukrainiens sont publiés. La section « Jovan Sevic » compte jusqu’à 45 hommes. Ce n’est que l’intervention du gouvernement serbe qui met un terme à l’engagement des Tchetniks en Ukraine.

– Lorsque l’on demande à Zoran Andrejic la raison pour laquelle les nationalistes serbes se trouvent en Ukraine, on obtient une explication historique serrée, à propos des foyers de peuplement primitifs des Serbes au Donbass, de l’émigration serbe autour de Lougansk, dans une région également qualifiée de slavo-serbe, sur les liens ancestraux entre la Russie et la Serbie. Des développements dont la conclusion logique est que la « Mère Serbie » a le devoir de porter assistance à ses enfants menacés au Donbass. Il y a aussi que les Tchetniks auraient toujours lutté contre le fascisme. On se voit là comme se situant dans la tradition de Draza Mihailovic, le chef du mouvement tchetnik durant la Seconde Guerre mondiale, qui organisa la résistance aux Allemands.

– Cependant, que Mihailovic ait été exécuté par la Yougoslavie socialiste après la guerre, au motif de trahison, parce que ses troupes préférèrent tout de même lutter aux côtés des nazis contre les partisans de Tito plutôt que contre les forces d’occupation, Andrejicne ne l’évoque pas. « Naturellement, les fascistes de Kiev ne sont qu’une tendance », fait-il remarquer, « il y a également un puissant lobby juif »
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– « N’écrivez pas néo-nazis ! » dit Gaston Besson. Évidemment, ses hommes se battent pour une Ukraine chrétienne et blanche. Et même pour une Europe blanche.

Simplement, ses « gars » ne veulent pas qu’un jour l’Ukraine ressemble à la France, à l’Allemagne ou à l’Italie, avec tous ces immigrés extra-européens. Mais ça ne fait pas d’eux des nazis. « Pour nous, il s’agit d’une révolution sociale », dit Besson. Pour une Ukraine sans oligarques. Une Ukraine qui n’appartienne ni à l’Otan, ni à l’Union européenne, ni à la Russie. « Le meilleur du nationalisme et du socialisme, voilà ce que nous voulons. » Pour l’obtenir, il faudrait enfin finir la révolution qui a commencé au Maïdan.-

– Sur place, au Maïdan, Besson est entré en contact avec le Secteur droit pour la première fois. C’est avec satisfaction qu’il a montré à ces combattants de rue d’extrême droite comment monter se défendre contre la police. Des astuces qu’il avait déjà enseignées aux anarchistes français en 2001, lorsqu’ils se préparaient aux manifestations contre le G8 de Gênes.

– Peu après la destitution du président Ianoukovytch, et le début des combats dans l’est, il aurait rencontré un autre professionnel des révolutions, un Suédois, relate Besson, ayant des contacts dans ce parti, l’Assemblée Sociale-Nationale, où l’on mettait sur pied une unité de volontaires. Le chef du parti ASN, Andrij Bilezki, est en même temps le commandant du bataillon Asov. Dans un essai d’il y a plusieurs mois, Bilezki détaillait ses vues sur la guerre au Donbass. La « mission historique » de la nation ukrainienne, explique-t-il, serait de guider les races blanches dans une « croisade pour leur propre survie », une croisade « contre les sous-hommes conduits par des sémites ».

« C’est la section politique », rétorque Gaston Besson, « moi, j’appartiens à la section militaire ». Il reprend une gorgée de brandy. « Écrivez extrémistes de droite. Ça, ça va. »

– Peut-il y avoir un avenir pour la Nouvelle-Russie au sein d’un État ukrainien ?

Zoran Andrejic détourne le visage. « Ce serait une construction baroque. Comme en Bosnie-Herzégovine, ça ne marchera pas. » Un seul État pour des ethnies ennemies contraintes à cohabiter et qui fniraient tout de même par se confronter les unes aux autres. Non, le mieux serait encore que les Russes et les Ukrainiens se séparent. Le pire, un confit persistant et explosif. En tant que Serbe, il sait de quoi il parle. « C’est quand même mieux quand ça pète. Si la guerre doit avoir lieu, eh bien elle a lieu. Celui qui l’emporte peut construire quelque chose de neuf. »

– « C’est le problème avec les separatistes », dit Gaston Besson, « ils font de tout ça un conflit ethnique, alors qu’il est avant tout politique. » Si les choses ne dépendaient que de lui et de ses hommes, ils quitteraient le Donbass dès demain matin pour retourner à Kiev. « Et mettre finir la révolution. »

– Mais les combats ont aussi leurs avantages pour le bataillon Azov ainsi que pour la ASN. Tant que les combats durent, le bataillon Asov peut non seulement conserver ses armes, mais, par le truchement de militaires corrompus, accéder aux réserves de l’armée régulière ukrainienne. « Nous avons certainement trois ou quatre fois plus d’armes et de munitions que le croit Kiev », reconnaît ouvertement Besson, « chaque jour, nous devenons plus forts ».

– Lorsqu’on parle de Gaston Besson à Zoran Andrejic, il hausse des épaules.

« Chacun a le droit de se battre pour ses intérêts. » Ils ne se feront certainement jamais face au front, mais ne s’assoiront pas non plus à la même table. Si jamais cela se produisait, les deux parties en présence, les Tchetniks et les révolutionnaires du Maidan pourraient échanger leurs vues sans hausser le ton. Il y a même un point sur lequel ils tomberaient d’accord. Tous les deux croient savoir qui perdra à coup sûr la guerre : Kiev. –

Par Danijel Majic
– Traduction de l’allemand de Jean-Michel Leroy

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Article du 03/03/2015 :

Un vétéran croate aide l’Ukraine à combattre la Russie

Gaston Besson a une riche biographie. Il est Français. Il est né au Mexique en 1967, où ses parents vivaient à l’époque. Lorsque la désintégration de la Yougoslavie a commencé en 1991 et que la guerre a éclaté entre la Serbie et la Croatie, il s’est rendu dans les Balkans et a rejoint l’armée croate. Il a été blessé trois fois, et après la guerre, il a décidé de rester dans le pays pour lequel il s’est battu.

Plus tard, Gaston a fondé une famille et s’est progressivement engagé dans une vie paisible dans un nouvel endroit. Mais lorsqu’une révolution éclate à Kyiv, il se rend en Ukraine pour aider le Maïdan. Après le début de l’invasion de la Fédération de Russie et l’annexion de la Crimée, il est allé servir comme instructeur dans le bataillon Azov. Le conflit dans le Donbass rappelle à Besson la guerre serbo-croate et il considère qu’il est de son devoir d’aider les Ukrainiens à faire face à l’agresseur.

Le média “IV Vlada” (Quatrième Pouvoir) a interviewé un instructeur croate et lui a posé quelques questions sur le conflit ukraino-russe.

– Pourquoi avez-vous décidé d’aller en Croatie et de participer à la guerre contre les Serbes ? Vous êtes Français, pas Croate.

J’ai combattu en Croatie contre la Serbie. Il y avait une situation similaire comme maintenant en Ukraine. La Serbie a soutenu les Serbes de Croatie, leur a envoyé des armes et a affirmé qu’il s’agissait d’une guerre civile en Croatie. Pourquoi ai-je choisi le côté croate ? Parce que je suis un idéaliste. C’était une lutte entre un petit pays et un grand. Il était évident qui était l’agresseur et qui était la victime. Qui envahit, qui bombarde et qui défend leurs maisons contre l’occupation.

J’ai été blessé trois fois. Première fois près de Vukovar. La deuxième et la troisième fois – en Bosnie. Maintenant, en Ukraine, je me sens comme il y a 20 ans. Ce que j’essaie de faire ici, c’est d’apprendre aux Ukrainiens à éviter les erreurs que nous avons commises en Croatie. J’essaie de leur transmettre toute notre expérience positive. Ici, nous recréons en fait l’armée, telle qu’elle était autrefois à Khovatia.

Il n’y avait pas d’armée en Croatie, mais nous avons construit une armée. Et ils ont gagné. Après la guerre, je suis resté en Croatie. À la fin de la guerre, j’ai reçu la citoyenneté et le rang parce que j’ai combattu pour la Croatie et que j’ai été blessé plusieurs fois. Je suis maintenant capitaine à la retraite et retraité d’une pension d’officier, j’adore la Croatie, c’est un pays incroyable, très beau. Maintenant, je vis sur la côte. J’ai deux enfants. Tomislav et Marko.

– Pourquoi avez-vous décidé d’aller en Ukraine ?

J’ai vu Maidan à la télé. Je me suis souvenu de ce qui s’est passé en Croatie en 1991 et j’ai pensé : ces gens ont besoin d’aide. Maintenant que je suis à la retraite, aucun travail ne m’a permis de continuer. Alors j’ai décidé, “Je peux le faire!”

Et je l’ai fait. Je suis venu à Kyiv en février, quand il y avait des barricades et des tentes. Bien sûr, d’abord je suis venu, je suis venu en Ukraine pour la révolution, pas pour la guerre. Je n’avais pas prévu de me battre, je voulais juste aider les Ukrainiens. Mais parfois, il faut se battre pour protéger la révolution.

À la fin du Maïdan, je suis rentré chez moi dans ma famille. Mais quand j’ai vu que Poutine avait commencé dans le Donbass, j’ai décidé de revenir. Au début, je pensais que la révolution était finie, mais c’était une erreur. Elle ne faisait que commencer.

– Et comment êtes-vous entré dans le bataillon Azov ?

Au départ, je suis venu ici parce que j’étais convaincu que le Maïdan était une révolution sociale. Ce n’était pas un soulèvement contre la Russie, une sorte d’action anti-russe. Mais Poutine a transformé la révolution sociale en une guerre ethnique. Quand j’ai vu cela, j’ai réalisé à nouveau que vous aviez besoin d’aide. J’ai réalisé que vos gars avaient besoin d’entraînement, car quand vous venez de mettre un uniforme, vous ne devenez pas immédiatement un soldat, vous avez encore besoin de vous entraîner. Pendant le Maidan, j’ai rencontré beaucoup de gars à Kyiv. Alors quand je suis retourné en Ukraine, je connaissais déjà beaucoup de gars qui voulaient rejoindre des bataillons de volontaires. J’ai dit que je pouvais être utile et le bataillon Azov m’a immédiatement demandé de les rejoindre et d’aider aux préparatifs.

Nous avons décidé de créer quelque chose comme une légion internationale. Un bataillon mixte de volontaires européens pour montrer que nous ne sommes pas contre les Russes, nous sommes pour la révolution sociale. Il est important de comprendre que presque tout le monde dans le bataillon parle surtout russe. Personne ici ne parle ukrainien, car il y a 15 volontaires de Russie, 5 de Biélorussie, il y a aussi un Grec, un Français, un Italien. 45 étrangers au total. Nos langues officielles sont le russe et l’anglais.

Par conséquent, lorsque les Russes disent que nous sommes des gars de l’ouest de l’Ukraine qui ne parlent que l’ukrainien, ce n’est pas vrai. De nombreux Ukrainiens d'”Azov” viennent du Donbass et le russe est leur langue maternelle.

Mon objectif personnel était de créer des soldats parmi les révolutionnaires. Apprenez-leur à se battre correctement et à survivre au combat.

– Combien de volontaires dans “Azov” de Russie ?

– Une quinzaine de personnes. Ils viennent régulièrement. Des gens biens. Ils ne se battent pas contre la Russie, mais contre Poutine et sa politique. Il doit quitter l’Ukraine. Nous n’avons pas créé cette situation, mais lui l’a fait.

– Combien de Français se battent en Ukraine ?

Un peu. Quatre personnes, dont moi. Ils ne sont pas là tout le temps, ils viennent et repartent. Il y a des Croates, deux Irlandais et un Suédois. Chacun décide du temps qu’il peut y consacrer. Mais ils travaillent tous bénévolement, personne ne reçoit d’argent. Nous payons même nos propres frais de déplacement.

– Avez-vous participé à une opération militaire ?

– Non. Dans mes guerres précédentes, j’ai été grièvement blessé, j’ai eu les jambes brisées et je ne peux plus me battre. Je conseille et coordonne. Je donne des instructions aux soldats sur la façon d’entrer correctement dans un village ou une ville, comment utiliser diverses armes, comment détruire un char. Et, bien sûr, il arrive que j’aille avec mes gars au front pour les soutenir, mais je ne peux pas courir avec une Kalachnikov moi-même. J’ai 47 ans. Je suis un vétéran, invalide de guerre.

– Depuis combien de temps êtes-vous ici?

– Depuis la révolution de Maïdan. Parfois je retourne en Croatie parce que ma famille est là-bas, j’y passe 15 jours et puis je reviens pour deux mois.

– Pensez-vous que les gars de “Azov” sont de bons guerriers?

– Le commandant de “Azov” Andrei Biletsky a fait un excellent travail. Important et puissant. Lorsqu’ils ont commencé à créer le bataillon Azov, ils ont immédiatement réalisé qu’ils avaient besoin d’instructeurs. Ce sont des gars courageux, mais ce sont des révolutionnaires, pas des soldats. Ils ont dû apprendre.

En 4 mois, ils ont fait d’énormes progrès. Je vois en eux une soif de connaissances, ils sont tous idéalistes et croient profondément en ce qu’ils font. L’esprit du Maidan se fait sentir tout le temps dans le bataillon Azov.

– Certaines personnes pensent que les soldats d'”Azov” adhèrent aux croyances fascistes.

– Quand les gens disent que nous sommes des nazis, c’est ridicule. Personne à “Azov” ne salue ou ne crie “Sieg Heil”, nous nous battons pour la démocratie, pas pour le totalitarisme. Je dirais que les combattants d’Azov ressemblent davantage aux makhnovistes – ce sont des patriotes de leur terre, mais en même temps ce sont des libertaires. La même chose s’est produite en Croatie. Les Serbes ont toujours dit que nous étions des nazis, des oustachis, des tueurs d’enfants, etc. Toute leur propagande n’a écrit qu’à ce sujet. Si vous lisez leurs articles sur moi, vous saurez que je suis un islamiste, un sioniste, un nazi… La propagande russe fonctionne ici.

Je prévois de rester ici jusqu’à ce que nous gagnions. Jusqu’à ce que nous terminions la révolution. Nous n’avons pas fait Maidan pour changer une mafia par une autre. Nous ne sommes pas partisans de la violence et de la guerre. Nous voulons juste que les Russes nous laissent tranquilles. Vous savez ce qui est intéressant. Poutine ne veut pas que l’Ukraine fasse partie de l’OTAN, et nous, à Azov, ne voulons pas non plus que l’Ukraine rejoigne l’OTAN. Poutine ne veut pas que l’Ukraine fasse partie de l’Union européenne, et nous ne voulons pas non plus rejoindre l’Union européenne. Où est le conflit, pourquoi nous tirent-ils dessus ?

– Quand vous dites “nous”, vous voulez dire les gens du bataillon Azov ?

– Oui.

– Pourquoi êtes-vous contre l’UE ?

– Parce que nous ne pensons pas que ce soit bon pour l’Ukraine. Yarosh, le leader du secteur droit, veut que l’Ukraine soit un État neutre. Il y a beaucoup plus d’avantages à cela. Nous n’idéalisons pas le gouvernement ukrainien actuel à Kyiv et comprenons qu’il est corrompu. Les gens du bataillon le savent très bien.

– Pensez-vous que Poutine va s’arrêter ?

Il est au pouvoir depuis trop longtemps, il a trop de pouvoir. Il est entouré de gens que nous appelons « Yes men » – ceux qui disent toujours « oui ». Personne n’ose lui dire qu’il fait une erreur. Et c’est son problème. Il ne sait pas s’arrêter.

– Quelle est la différence entre les nationalistes ukrainiens et russes ?

– Nous pouvons être socialistes et nationalistes, mais en même temps nous voulons juste protéger notre terre et vivre dans notre pays. Nous sommes des patriotes, mais pas des impérialistes. Ils ont le contraire – l’essentiel est l’Empire. Ils ont besoin de la Grande Russie, et ils sont prêts à tuer des innocents pour cela. La même chose s’est produite en Serbie il y a 20 ans.

– Pensez-vous que les nationalistes en Europe soutiennent Poutine ?

– Pas en Croatie, vous pouvez en être sûr.

IV Vlada

Depuis quand ? Depuis toujours ..?
Non aux americains, non aux Russes .
Pour une Europe des Etats Nations –
Une confédération.
Ni droite, Ni gauche – Européen .
Social – National – Radical

Merci à Jean-Pierre 75