Pantin (93) : Les fidèles contestent la fermeture de la mosquée pour 6 mois (Màj : Qui est M’hammed Henniche ?)

Addendum du 22 octobre 2020

Le responsable de la mosquée de Pantin, visée par un arrêté de fermeture (pour 6 mois) contre laquelle il a déposé un recours mercredi, est aussi depuis des années un familier des pouvoirs publics et de nombreux élus. M’hammed Henniche a été pendant des années l’interlocuteur privilégié de nombreux responsables politiques.

[…] Président de l’Union des associations musulmanes (UAM) du 93, qu’il a contribué à fonder en 2001, l’homme est «un notable musulman», note un vieil observateur de la vie locale.

[…]

Le Parisien

Le 21 octobre 2020

Cinq jours après l’attentat survenu à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines, la sanction tombe sur ce lieu de culte qui aurait «facilité» l’assassinat du professeur Samuel Paty

L’arrêté est placardé à l’entrée de la grande mosquée de Pantin, vaste hangar bleu installé au milieu d’une des cités de cette ville de Seine-Saint-Denis, à deux pas de celles de Bobigny. Son contenu, qui justifie la fermeture de ce lieu de culte annoncée dès lundi soir par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, est accablant. Sur trois pages, il constitue un véritable réquisitoire contre le président de l’association qui gère le site, M’Hammed Henniche, mais aussi contre son imam ainsi qu’une partie des 1300 fidèles fréquentant l’endroit […].

[…] En ordonnant sa fermeture pour six mois dès mercredi soir, l’arrêté s’en prend par la même occasion à ses deux piliers. Deux acteurs coupables, selon les autorités, de dérives. M’Hammed Henniche, qui est par ailleurs secrétaire général de l’Union des associations musulmanes de la Seine-Saint-Denis, est ainsi désigné comme celui qui a relayé sur sa page Facebook une vidéo dénonçant le cours sur les caricatures montrées par l’enseignant. Il y a aussi laissé la réaction d’un internaute qui a livré l’identité du professeur et donné le nom du collège. Autant d’éléments qui, selon le préfet du département, auteur de l’arrêté, sont «susceptibles d’avoir facilité l’acte de terrorisme».

Éléments à charge

Mais cette note liste aussi les éléments à charge accumulés ces dernières années par ce responsable local. Critiquant les manuels scolaires parlant d’éducation sexuelle et s’interrogeant sur l’organisation de sorties scolaires à la Gay Pride, ce dernier avait, est-il écrit, «incité les internautes à retirer leurs enfants de l’école publique». En 2018, il avait aussi considéré que retirer du Coran des versets violents ou antijuifs était une aberration.

Quant à l’imam de la mosquée, Ibrahim Doucoure, alias Ibrahim Abou Talha, il est, selon l’arrêté, «impliqué dans la mouvance islamiste radicale d’Île-de-France». Il a, rappelle le document, «étudié deux ans dans le Markaz de Damaj au Yémen, institut fondamentaliste au sein duquel a également étudié Youssef Bounouader, alias Youssef Abou Anas, ancien imam de la mosquée d’Ecquevilly (Yvelines)». Or, dès 2016, celle-ci a été fermée en «raison d’une pratique rigoriste de l’islam appelant à la discrimination et à la haine, voire à la violence, à l’encontre des femmes, des Juifs et des chrétiens» […].

Signaux inquiétants

À la lecture de cet arrêté, qui peut être attaqué devant la justice et qui récapitule tous ces signaux inquiétants, il est impossible d’éluder une question. Pourquoi les autorités ne sont-elles pas intervenues plus tôt?

Mais, sur place, dans le quartier, on balaie d’un revers de main l’interrogation. Car le contenu de ces trois pages affichées au grillage de la mosquée ne correspond pas, selon ses habitants et les fidèles, à la réalité. «L’imam intervient en arabe et en français et je n’ai jamais entendu de prêches virulents», certifie Zhor, une femme qui se dit bouleversée par cette décision. Une autre, à sa fenêtre, est également anéantie et évoque par-dessus tout le rôle indispensable des responsables religieux. «Ils sont les premiers à épauler les gens de la cité en leur distribuant des paniers de nourriture.»

[…] «Henniche s’est excusé pour ses publications sur Facebook mais, s’il est responsable, c’est lui qu’il faut condamner», renchérit [un homme] en estimant que ce lieu de culte devait rester ouvert et même s’agrandir. D’ailleurs, un permis a été déposé pour en pousser prochainement les murs. Sur une porte, le montant de la collecte réalisée pour financer ce projet en dit long sur le poids de la mosquée dans le quartier. Selon des comptes arrêtés au 31 mai dernier, 629.131 euros ont été récupérés.

Le Figaro