Mouy (60) : « Georges Stinney, un coupable idéal », un escape game pour lutter contre le racisme

Proposer un escape game sur le racisme va mobiliser des jeunes autour d’un jeu qui cible les préjugés et discriminations raciales. A partir de cette expérience immersive, un débat suit le jeu, utilisant des techniques d’éducation populaire, et permet l’implication et des prises de conscience sur les comportements racistes, les moyens pour lutter contre, et les droits des personnes discriminées.

Il faut se souvenir de l’histoire de ce jeune garçon noir de 14 ans, jugé en quelques heures et exécuté par électrocution quelques semaines plus tard pour le meurtre de deux fillettes blanches, le 16 juin 1944 à Columbia, en Caroline du Sud. Il faut se souvenir de George Junius Stinney Jr. parce qu’il est mort trop jeune, parce qu’il est mort victime de l’injustice, parce que sa mort témoigne d’une époque et d’une société sans égards ni pitié pour les Noirs, fussent-ils âgés de seulement 14 ans.

Se souvenir de George Stinney Jr, exécuté en 1944 à 14 ans

Pinewood, en Caroline du Sud, où ce dernier est né le 21 octobre 1929. De sa courte vie, on ne sait évidemment pas grand-chose, tant d’années après les faits. Son père travaillait dans une scierie, sa mère était employée de cantine. Bon élève à l’école, il aimait s’occuper du jardin et des bêtes.

En 2014, alors que la famille de l’enfant entamait une procédure pour que son procès soit révisé, deux de ses sœurs, alors âgées de plus de 70 ans, ont témoigné sur leur frère. Pour l’une d’elles, Aime Stinney Ruffner, George s’imaginait artiste : « Chaque fois qu’il voyait un avion dans le ciel, il essayait de le dessiner. Il était calme, mais intelligent. » Le destin – ou plutôt la cruauté d’une société profondément raciste – n’ont pas permis à l’adolescent calme de devenir un homme. À

Escape Game pour lutter contre le racisme . "Georges Stinney

Le 23 mars 1944, deux jeunes filles partent à bicyclette cueillir des fleurs sauvages. Elles s’appellent Betty June Binnicker et Mary Emma Thames. La première a onze ans, la seconde, sept. Elles sont toutes les deux blanches. Elles seront retrouvées mortes le lendemain dans un fossé, non loin de la maison des Stinney, rouées de coups, le crâne éclaté. George Stinney Jr., qui les a vues avant le drame, a eu le malheur de le raconter. Oui, il a rencontré les deux fillettes non loin de la voie de chemin de fer séparant les quartiers noirs des quartiers blancs de la ville d’Alcolu, comté de Clarendon. Sa sœur aussi s’en souvient : « Elles nous ont demandé où elles pourraient trouver des fleurs pour faire un bouquet. On leur a dit qu’on ne savait pas. Elles sont reparties de leur côté. »

Coupable idéal

Pour les enquêteurs blancs, pas besoin de chercher plus loin, l’adolescent noir de 14 ans est le coupable idéal. Ils le cueillent chez lui, extorquent des aveux, interdisent à sa famille de lui rendre visite. Le procès – si tant est que l’on puisse utiliser ce mot – a lieu le 24 avril dans le palais de Justice du comté de Clarendon. Il commence à 12 h 30 et se termine à 17 h 30. Le jury, entièrement composé de Blancs, délibère pendant moins de dix minutes avant de déclarer George Stinney Jr. coupable du double meurtre.

Dans cette copie du 8 juin 1944 d'une photo de The Columbia Record, George Stinney, Jr., 14 ans, centre droit, et Bruce Hamilton, 21 ans, centre gauche, alors qu'ils entrent dans le couloir de la mort dans la prison de Columbia, S.C. Ils ont tous les deux été exécutés sur la chaise électrique de l'État le 16 juin 1944. © Jimmy Price/AP/SIPA

Dans cette copie du 8 juin 1944 d’une photo de The Columbia Record, George Stinney, Jr., 14 ans, centre droit, et Bruce Hamilton, 21 ans, centre gauche, alors qu’ils entrent dans le couloir de la mort dans la prison de Columbia, S.C. Ils ont tous les deux été exécutés sur la chaise électrique de l’État le 16 juin 1944.

Malgré la mobilisation suscitée par l’affaire, le gouverneur Olin D. Johnston refuse de gracier l’enfant. « Il serait peut-être intéressant pour vous de savoir que Stinney a tué la petite fille et violé la grande. Puis, il a tué la grande et violé son cadavre. Vingt minutes plus tard, il est revenu pour la violer à nouveau, mais son corps était trop froid. Tout cela, il l’a reconnu », écrit alors le gouverneur.

Huit interminables minutes

Moins de trois mois plus tard, le 16 juin 1944, George Stinney Jr. est conduit à la chaise électrique. Le matériel de mort n’est pas adapté à la corpulence d’un enfant : il doit être rehaussé et le masque ne tient pas sur son visage. Son agonie va durer huit interminables minutes avant qu’il ne soit déclaré mort.

Postérité 

En 2014, 70 ans après la mort de Stinney, le jugement qui l’a conduit dans le couloir de la mort a été annulé en raison des nombreuses irrégularités ayant entaché son déroulement. La rareté des archives et la disparition de la plupart des pièces à conviction rendent quasiment impossible la tenue d’un procès en révision qui permettrait de faire toute la lumière sur l’affaire. Mais se souvenir de George Stinney Jr, l’un des plus jeunes condamnés à mort de l’histoire des États-Unis, comme se souvenir de George Floyd, c’est déjà regarder en face les injustices d’une époque – et s’armer pour les combattre.

Escape Game pour lutter contre le racisme . « Georges Stinney, un coupable idéal » Mercredi 30 novembre, 14h00 MJC Mouy – Entrée libre sur inscription auprès de la structure qui accueille l’action

1 heure d’escape game + 1 heure de débat pour sensibiliser sur le racisme et les discriminations

MJC Mouy 7 Rue Jules Ferry, 60250 Mouy Oise Hauts-de-France

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