Mozambique : Face aux djihadistes, le pays préfère les sociétés de sécurité privées et les mercenaires plutôt qu’une intervention internationale

Le pays vient de subir une nouvelle offensive, près d’un projet gazier de Total dans le Cabo Delgado, une région en proie à des attaques djihadistes depuis 2017. Malgré le chaos, Maputo préfère recourir à des sociétés de défense privées plutôt qu’à une intervention internationale.

Les terroristes sèment à nouveau la panique et le désespoir à Palma”. Palma ou le village assiégé et symbole de cette région, située tout au nord du pays (à la frontière de la Tanzanie), en proie depuis 2017 à des attaques djihadistes que peine à endiguer l’armée mozambicaine.

Le conflit, qui s’enferre, a déjà entraîné la mort d’au moins 2.600 personnes – dont plus d’une moitié de civils, selon l’ONG Acled – et poussé 670.000 autres à l’exode. Un drame humanitaire qui vient donc encore de s’aggraver : environ 180 personnes, dont des expatriés, se trouvent piégées dans un hôtel depuis trois jours à Palma par une nouvelle attaque djihadiste.

Tout près d’un méga projet gazier de Total

Une attaque survenue le jour de l’annonce de la reprise des travaux de construction, sur la zone, d’un méga projet gazier dont le groupe français Total est le principal investisseur et qui devrait être opérationnel en 2024.

Ce vendredi après-midi, une camionnette a tenté une incursion à l’hôtel où se trouvent les otages, avant d’être prise d’assaut. Bilan : sept morts. Tandis que les forces de sécurité ont lancé une offensive pour chasser les rebelles, qui seraient une centaine, “600 employés de l’État demandent à être secourus”.

Cette nouvelle offensive relance le débat autour de la stratégie antiterroriste du Mozambique, qui laisse perplexe d’autres pays prêts à intervenir, notamment ceux de l’Union européenne (le Portugal et la France en tête). Après des mois d’atermoiements, le gouvernement vient finalement d’accepter une main tendue par les États-Unis. Depuis le15 mars et pour deux mois, 15 bérets verts forment des fusiliers marins mozambicains pour combattre les Shebabs mozambicains (liés à Daesh), identifiés comme l’ennemi par Washington et ajoutés à sa liste d’organisations terroristes.

Mercenaires et paramilitaires appelés en renfort

Mais l’aide américaine s’arrête là. Le Mozambique, qui s’oppose à toute intervention internationale, privilégie toujours le recours à des sociétés de défense privées, notamment russes, mais pas uniquement. Les sociétés paramilitaires sud-africaines tirent profit de l’insurrection au Mozambique, en lui fournissant des véhicules blindés, des hélicoptères de combat, des armes, des munitions, des formations et des agents de sécurité privés.

Un recours aux mercenaires dont résulte d’importantes exactions, dénoncées par Amnesty International, et surtout désapprouvé par l’Afrique du Sud, la plus grande puissance militaire et économique de la région, qui a pourtant maintes fois proposé son aide à son voisin, avant de faire part de sa “stupéfaction” face à la posture “fermée” de Maputo.

Le mauvais exemple de l’Irak ou de l’Afghanistan

Une posture dont l’universitaire mozambicain Calton Cadeado explique les ressorts. Ce spécialiste des questions de sécurité souligne que l’aide d’une puissance étrangère pourrait engendrer “de nombreux problèmes” sur place :

Le gouvernement sait que la présence militaire d’un État est beaucoup plus difficile à contrôler sur le terrain que celles de sociétés de sécurité privées. Il privilégie donc l’option commerciale de la guerre plutôt que l’envoi de forces militaires étrangères, surtout lorsqu’il s’agit de grandes puissances. Nous avons des exemples de ce qui s’est passé en Irak, en Afghanistan, et ainsi de suite.”

L’urgence, pourtant, reste maximale dans le Cabo Delgado. Un récent reportage d’une équipe de la BBC – les premiers journalistes étrangers à entrer dans la ville de Palma assiégée (alors que la région est interdite aux journalistes depuis l’an passé) – rapportait la colère et le désespoir des habitants en fuite et en proie à la famine. Seules l’Église catholique et les ONG sillonnent encore le terrain où, selon l’une d’elles, Save the Children,des enfants de moins de 11 ans ont été décapités par les djihadistes, selon des témoignages recueillis auprès de familles endeuillées

SOREP