Nancy (54) : Le tribunal administratif rejette le recours de Sanoussi Diallo, l’apprenti carrossier guinéen menacé d’expulsion (Màj)

01/04/2021

Sanoussi Diallo, jeune migrant guinéen, scolarisé au Lycée des métiers à Dombasle-sur-Meurthe s’opposait à son obligation de quitter le territoire français (OQTF). Ce mardi, le tribunal a déclaré ses documents d’état civil irrecevables. Son avocate, Me Annie Lévi-Cyferman, déçue, ne comprend pas la décision.

Quelques soutiens de Sanoussi Diallo étaient présents, lors de l’audience au tribunal administratif, le 9 mars dernier.

Son parcours scolaire exemplaire, ses liens d’amitié noués en France et ses documents fournis par son pays d’origine n’ont pas convaincu le tribunal administratif. À sa majorité, Sanoussi Diallo, jeune migrant guinéen de 19 ans, avait reçu une obligation de quitter le territoire français de la préfecture. Elle est maintenue par la justice.

Il avait déposé un recours devant le tribunal administratif, pour la contester. Ce mardi, la justice a rejeté son recours, le tribunal suit les arguments avancés par le préfet. « Je suis déçue, démoralisée. Le tribunal explique que les documents d’état civil délivrés par la Guinée Conakry sont irrecevables, alors même que le juge pour enfant avait reconnu sa minorité. Le préfet avait fait état de vices dans la documentation », réagit Me Annie Lévi-Cyferman, l’avocate de Sanoussi Diallo.

« Son parcours brillant n’a pas été pris en compte »

Arrivé en France en octobre 2018, il est actuellement scolarisé en deuxième année de CAP carrosserie au lycée des métiers de Dombasle-sur-Meurthe et s’était lié d’amitié avec Anaëlle Dillmann. Interne en médecine, elle l’a accompagné dans ses démarches et avait lancé une pétition en ligne afin de soutenir le lycéen, rassemblant plus de 30 000 signatures.

Sanoussi Diallo a perdu son oncle durant sa traversée de la Méditerranée et n’a plus de famille dans son pays d’origine. Mais, pour l’heure, il est contraint d’y retourner. «  Son parcours brillant n’a pas été pris en compte , je me suis vraiment battue dans cette affaire », relate Me Annie Lévi-Cyferman. Sanoussi Diallo a un mois pour faire appel de cette décision devant la Cour administrative d’appel.

L’Est Républicain

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08/03/2021

Sanoussi avait 15 ans quand il a quitté la Guinée Conakry, a été enlevé et vendu au Mali, a réchappé de la noyade en Méditerranée où son oncle, lui, a perdu la vie. Il avait 16 ans à son arrivée à Nancy. Aujourd’hui, 1er  de sa classe, il est menacé d’expulsion. 25.000 signatures réclament qu’il puisse rester ici.

Lorsqu’en fin d’année 2020 Sanoussi Diallo se voit refuser son titre de séjour et reçoit une obligation de quitter le territoire sous trente jours, Anaëlle Dillmann, une interne en médecine générale qui l’a pris sous son aile, décide de ne pas en rester là.

Très vite un contact est établi avec une avocate, qui dépose un recours au tribunal administratif de Nancy. Le but ? Permettre à Sanoussi, dont la vie est loin d’être simple, de rester en France aux côtés des gens qui l’aiment.

Lorsque Sanoussi était en Guinée Conakry, son père lui imposait d’aller dans une école coranique. Comme il souhaitait avoir une scolarité “normale”, Sanoussi a décidé de suivre son oncle qui lui proposait de partir. – Anaëlle Dillmann, amie et soutien de Sanoussi Diallo

Sanoussi et son oncle pris en otage 

Alors qu’il est seulement âgé de 15 ans, l’un de ses oncles lui propose de quitter la Guinée Conakry, d’où il est originaire. Dès lors, le duo prend la route et arrive au Mali puis en Algérie. Mais, la traversée de la frontière ne sera pas de tout repos. Sanoussi et son oncle sont en effet pris en otage par des inconnus.

Lorsque Sanoussi et son oncle se sont retrouvés entre le Mali et l’Algérie, ils ont été capturés et pris en otage par des inconnus qui demandaient une rançon pour les libérer. Ils sont restés durant un bon moment, avec un tas d’autres gens, enfermés dans une espèce de cours. Ce n’est qu’un jour, lorsque le gardien ne faisait pas attention, qu’ils ont pu s’échapper et se réfugier dans un grand marché mais aussi, demander de l’aide.

Son oncle meurt noyé lors de la traversée 

Une fois arrivé au cœur de l’Algérie, l’oncle de Sanoussi tente de travailler un peu pour mettre de l’argent de côté mais, encore une fois, les choses ne se passent pas comme prévu…Quand l’oncle de Sanoussi a voulu travailler, on lui a répondu que c’était compliqué. Du coup, ils sont partis vers le Maroc, où ils sont restés pas mal de temps sans domicile fixe… Enfin, jusqu’à ce qu’ils trouvent des passeurs pour quitter le Maroc en direction de l’Espagne.

Désireux de connaître une vie meilleure, Sanoussi et son oncle ont grimpé dans un zodiac, avec d’autres personnes. Mais, la traversée a rapidement viré au drame. A un moment, le canot a commencé à prendre l’eau. Les personnes qui étaient à bord ont essayé d’enlever toute cette eau mais, beaucoup d’entre elles se sont noyées. Et c’est le cas notamment de l’oncle de Sanoussi.

A un moment, le canot a commencé à prendre l’eau. Les personnes qui étaient à bord ont essayé d’enlever toute cette eau mais, beaucoup d’entre elles se sont noyées. Et c’est le cas notamment de l’oncle de Sanoussi.

Sanoussi a choisi de s’arrêter à Nancy. Il avait alors 16 ans. La première chose qu’il a faite c’est de se rendre au commissariat. Les agents ont alors appelé le conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, et là, le parcours du combattant pour reconnaître sa minorité a débuté. Finalement, il a été placé en foyer pour mineurs isolés et a pu être scolarisé.

Actuellement en deuxième année de CAP carrosserie, Sanoussi est un élève brillant, et il est même premier de sa classe. Sanoussi est un élève brillant qui souhaite entreprendre un baccalauréat professionnel. Il a même trouvé un patron qui est prêt à l’embaucher dans le cadre d’un apprentissage.

« C’est devenu un membre de ma famille »

Mais, comme dans beaucoup d’autres cas, les problèmes ont commencé en 2020 lorsque Sanoussi est devenu majeur. Forcé de quitter son foyer, il a été logé dans un hôtel où il n’avait pas la possibilité de cuisiner. Un malheur qui s’est finalement révélé positif puisque, c’est grâce à cela qu’il a pu rencontrer Anaëlle.

En 2020, j’ai appris qu’un groupe de mineurs isolés se trouvait à l’hôtel et qu’il n’avait pas de cuisine. Comme c’était compliqué pour eux de se nourrir, avec mon mari, on a décidé de leur préparer des plats. Très vite, une relation s’est nouée avec Sanoussi. Il connaît mes parents, mes amis… on est même parti en vacances ensemble !

Aujourd’hui, celui qu’Anaëlle décrit comme « un jeune homme très sérieux, très sociable, serviable, intelligent et qui s’intéresse énormément à l’histoire, la géographie et l’économie française », n’a plus de contact avec son papa. Sa maman est elle, décédée en 2020. 

Une raison supplémentaire pour cette jeune interne en médecine générale de se mobiliser pour celui qu’elle considère comme un membre de sa propre famille.  Un rassemblement en soutien à Sanoussi aura d’ailleurs lieu demain à 15h devant le tribunal administratif.

Si vous souhaitez signer la pétition contre l’expulsion de Sanoussi, c’est par ici

L’Est Républicain