Nantes, Cholet, Paris, Lyon, Toulouse, Lille, Annecy… : Avec “les Bureaux du cœur”, des patrons hébergent des migrants SDF dans leurs sociétés

Buba Bas, migrant SDF, a été hébergé dans les bureaux de la société Nobilito de Pierre-Yves Loaec, à l’origine de la création des Bureaux du cœur.

« Ça ne coûte rien et ça offre du bonheur » : ces patrons hébergent des SDF dans leur bureau. L’initiative, née il y a un an dans la tête de Pierre-Yves Loaëc, le président du Centre des jeunes dirigeants de Nantes, convainc. Des patrons de toute la France appellent pour faire pareil.

Il y a eu cette femme fuyant des violences qui devait trouver en toute urgence un refuge. Il y a eu Buba Bas, à la rue, qui a trouvé un lit et beaucoup plus dans un bureau sur l’île de Nantes, au printemps, dans une ville confinée.

Buba Bas fait partie des premiers hébergés, ici dans les bureaux de Pierre-Yves Loaëc sur l’Île de Nantes et aujourd’hui pris en charge par l’association Saint Benoit Labre

Il y a Simeon (il ne souhaite pas donner son nom), qui a échoué à Nantes, après un long et dangereux périple. En quittant le Cameroun, il raconte avoir été kidnappé, sa famille rançonnée. Ont suivi deux années à dormir sur des bouts de trottoir ou dans des squats. Jamais il n’aurait imaginé se poser dans les bureaux modernes et confortables d’ACM Ingénierie, une entreprise de conseil en travaux énergétiques, à La Montagne, au sud de Nantes.

Sa chambre a été aménagée dans l’ancien local des archives, le lit préparé par les enfants du patron, la salle de bains et l’immense cuisine des salariés mises à disposition sept jours sur sept. « Je n’ai pas les mots pour dire ce que je ressens », glisse l’homme qui dormait avant dans les parcs, malgré un travail en contrat d’insertion dans les espaces verts.

Claude Chiron, patron d’ACM Ingénierie à la Montagne, près de Nantes, héberge des sans-abri pour quelques mois.

Le patron Claude Chiron lui a donné les clefs, il y a trois semaines. « J’ai vu arriver un homme éteint qui ne parlait pas, ne souriait pas. Maintenant, il va beaucoup mieux. » C’est la deuxième personne que le chef d’entreprise accueille depuis un an.

Des bureaux chauffés mais vides

Pourtant, il n’aurait pas parié un centime sur cette idée qui a émergé dans la tête d’un autre patron, Pierre-Yves Loaëc, président du Centre des jeunes dirigeants de Nantes. « J’étais sans doute le premier détracteur, je ne voyais pas comment c’était possible, je trouvais ça idiot. Et puis, quand j’ai eu les réponses à toutes mes questions, je me suis rendu compte que je ne prenais aucun risque. »

Les Bureaux du cœur, nés il y a plus d’un an, embarquent désormais une vingtaine d’entreprises de la métropole nantaise, des sociétés de services, un plombier, un garagiste. Toutes prêtes à héberger dans leurs locaux, un homme ou une femme à la rue… envoyés par des associations humanitaires. Une idée simple qui ne coûte quasiment rien, car tous ces m² sont déjà chauffés et bien souvent équipés d’un coin cuisine et de douches. Mais désespérément vides la nuit, les week-ends, alors que les centres d’hébergement débordent de misère.

« On ne deviendra jamais des travailleurs sociaux, prévient Claude Chiron, mais on les motive et on essaie de trouver des solutions pour qu’ils s’en sortent. C’est dans notre ADN de chefs d’entreprise. »

Ces patrons découvrent un univers du social qui leur est souvent inconnu et se heurtent parfois aux rouages de la législation. Le jeune Buba Bas,hébergé dans la boîte de communication de Pierre Yves Loaëc, aurait pu être embauché deux fois, « mais en tant qu’étranger, il n’avait pas d’autorisation de travail » , fulmine Claude Chiron.

Cholet, Paris, Lyon…

« On a des carnets d’adresses remplis, alors on fait jouer le réseau. » Avec la satisfaction d’apporter sa pierre à l’édifice et de voir leur enthousiasme partagé par leurs salariés. « Ça ne coûte rien et ça offre tellement de bonheur. À une époque où on vit dans la peur de l’autre, on resserre les liens. »

L’idée essaime. Chaque jour, l’association reçoit des appels de toute la France. Des bénévoles ont été recrutés pour accompagner les entreprises candidates, trouver les bons partenaires associatifs, gérer les dons… Cholet, Lyon, Paris, Toulouse, Lille, Annecy se lancent désormais dans l’aventure et ouvrent leur Bureau du cœur.

Ouest France