Naser, volontaire, persévérant, brillant, surdoué, réfugié afghan à Limoges et apprenti coiffeur de talent

C’est à plus de 7.000 kilomètres de chez lui, loin de l’Afghanistan, que Naser va réaliser son rêve : devenir coiffeur

Son histoire comme celle de nombreux réfugiés est glaçante. « En 2015, j’avais 15 ans, j’ai quitté mon pays, l’Afghanistan, avec ma mère pour rejoindre mon frère en Iran après le meurtre de mon père. Un homme d’une autre tribu l’a tué et a essayé de me tuer moi-aussi », explique Naser. Un premier exil.

Direction la France !

La mort de sa mère, « d’une crise cardiaque » et « les discriminations » infligées aux Afghans en Iran l’ont poussé encore plus loin. À pied ou en bus, Naser a traversé la Turquie, la Grèce, la Macédoine, la Croatie, l’Autriche et puis la Suède […]. Cette fois direction la France, Montpellier d’abord puis Limoges où, enfin, de « bonnes fées » se sont penchées sur son destin, sans baguette magique, mais avec beaucoup de bienveillance, d’amitié et presque d’amour…

À l’arrivée, il y a d’abord Cécile Drevon, travailleuse sociale et vice-présidente de l’Association des familles protestantes de Haute-Vienne. Elle l’aide dans ses démarches administratives auprès du CCAS, de la mission locale, etc, et pour celles qui concernent la santé, le logement, la formation… Elle met aussi Naser en contact avec ceux qui deviendront ses « parents de cœur », Monika et Jacob Spa.

Ce couple a accueilli chez lui ce jeune Afghan en août et « immédiatement, des liens se sont créés. C’est un peu comme notre garçon », confient-ils. Il faut dire qu’en matière de famille XXL, ils s’y connaissent. « Nous avons un fils naturel et nous avons adopté sept autres enfants dont quatre trisomiques. »

Une carte de séjour d’une durée de quatre ans renouvelable et le droit de travailler en poche, Naser va désormais pouvoir penser à l’avenir. Quand le couple lui a demandé ce qu’il voulait faire, « il a répondu la coiffure, rien que la coiffure », se souviennent-ils. « En Afghanistan, je coiffais déjà les enfants, je n’avais pas besoin de diplôme », se rappelle-t-il.

Alors Monika, une habituée du salon limougeaud Connivence, a demandé à Stéphane Beyrand et Romain Pellier s’ils pouvaient prendre Naser en contrat d’apprentissage. Banco ! Le cœur et l’esprit ouverts aux autres et toujours partants pour relever de nouveaux défis, Stéphane et Romain ont rapidement accepté. Romain devient un maître de stage ébahi : « Je fais ce métier depuis 33 ans et je n’ai jamais vu ça de ma carrière. Il a une force de caractère incroyable. Il “imprime” tout. Il a une mémoire photographique étonnante, une faculté à aller à l’essentiel et une concentration hors normes. »

« Ils forment tous les deux un “duo de dingue”, appuie Stéphane Beyrand. Naser est un surdoué, une graine de star. »

Parfaitement intégré dans l’équipe (depuis décembre 2020) « qui s’est prise d’affection pour lui », Naser progresse de semaine en semaine. Le garçon n’a pas besoin d’attirer la commisération, juste quelques mots de son histoire parfois glissés à l’oreille des clientes, sa façon d’être fait le reste : « Il touche nos clientes sur qui il pose un regard d’amour naturel, et dans sa façon de travailler, il est rassurant, il est doux », assure Stéphane Beyrand.

Rendre les autres plus beaux.

Lui qui a côtoyé l’horreur, l’exil, la mort met un soin particulier à rendre les autres plus beaux. Joli pied de nez à une vie qui ne lui a pas fait de cadeaux.

Dans cette nouvelle aventure, la pratique de la langue aurait pu être un obstacle. Mais là encore, une bonne fée – cliente du salon – l’aide à apprendre le français bénévolement, une fois par semaine. Il s’agit de Micheline Prouilhac, ancienne professeure à l’IUFM qui a formé des générations d’enseignants, sa spécialité était le français langue maternelle, « pas le français langue étrangère », précise-t-elle humblement.

« Il faut prendre la mesure de sa gymnastique intellectuelle. Lorsqu’il est en cours (au pôle coiffure du CFA) et qu’il bute sur un mot, il le traduit en anglais et l’écrit en dari. Difficile de ne pas perdre le fil du cours.

De semaine en semaine, je constate ses progrès, il avance, il apprend. » En plus de cette aide précieuse, il va bientôt pouvoir bénéficier d’un enseignement supplémentaire grâce à l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration).

Le jeune Afghan ne se livre pas facilement

Pour l’instant, l’anglais est la langue pont qui permet à Micheline et Naser de se rejoindre. Toutefois, le jeune Afghan ne se livre pas facilement, la barrière de la langue, sûrement, mais pas seulement. « Comme les prisonniers autrefois, les réfugiés ne racontent pas leurs histoires, car ils savent que nous ne pourrions pas la comprendre », analyse Micheline Prouilhac.

Ils avaient pour projet d’accueillir des immigrés : “Nous serions rémunérés par l’Etat”

Pour Stéphane et Romain, la formation de Naser est une première étape. Avant même son arrivée, ils avaient pour projet d’accueillir dans leur salon des immigrés pour les préparer à l’apprentissage de la coiffure. Une « promotion » d’une dizaine de jeunes qui seraient formés 14 heures par semaine et qui bénéficieraient de cours de français, d’art… « Nous avons une dizaine de clientes à la retraite prêtes bénévolement à les encadrer », s’enthousiasme Stéphane Beyrand.

« C’est une idée gagnante pour tout le monde, nous serions rémunérés par l’État pour les formations, nous développerions la notoriété de notre marque Connivence et nous résoudrions des problèmes de recrutement dans les salons. Formés, les jeunes repartiraient avec une sorte de carte d’identité professionnelle numérique. »

S’il est entouré d’une formidable chaîne humaine, il n’empêche que le mérite en revient à Naser. Volontaire, persévérant. « C’est lui seul qui saisi les mains tendues », apprécie Stéphane Beyrand. Pour cramponner fermement l’avenir qui s’offre à lui.

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