« Ni fille, ni garçon : enquête sur un nouveau genre », uniques en leur genre

22% des français entre 18 et 30 ans ne se sentent ni homme ni femme. Ils se disent neutres, genderfluid, a-genres, ou non-binaires. Alors tendance éphémère ou mutation profonde de notre société ?

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Chloé, qui se bat pour endosser le prénom de Cami, l’explique très bien : « Le genre, je le vois comme un spectre avec le féminin d’un côté et le masculin de l’autre, chacun a son curseur, le mien a bougé vers le neutre. »

Après avoir fréquenté des garçons, Cami aime désormais une jeune fille de son âge, elle aussi non binaire. « Elle n’est ni ma meuf ni mon mec, mais ma vie, mon sang », explique-t-elle avec la fougue et le vocabulaire de ses 21 ans.

« Le genre, c’est une chose, la sexualité, c’est autre chose »

Dans son unité ouverte aux jeunes souffrant d’un désaccord entre leur identité et leur sexe biologique à la Salpêtrière, le psychiatre Serge Hefez a vu ses consultations exploser : « Le genre, c’est une chose, explique-til pour mieux balayer les idées reçues, la sexualité, c’est autre chose. » Ces petits soldats du genre, pas forcément gay, ont parfois des modèles beaux comme Bowie ou Bilal Hassani, et affirment se ficher des regards. A l’image de Théo, qui a dû quitter son quartier à l’âge de 14 ans sous l’impulsion de sa mère, inquiète pour lui. Il décide d’y revenir maquillé et en perruque, donc en accord avec son vrai « moi », sous les insultes et les jets d’œufs.

En France, les porte-parole de la dysphorie de genre restent rares, hormis quelques influenceurs comme Fabian (4 millions de fans sur les réseaux sociaux). Car le business en expansion d’une mode unisexe a très vite perçu l’intérêt de se mettre ces égéries dans la poche. Combien Fabian gagne-t-il avec ses sponsors comme Sephora ? Secret-défense.

Aux États-Unis, Kayvon, père de famille non binaire, a lancé une agence de mannequins gender fluid. En Suède, la loi oblige l’école à ne plus genrer les enfants depuis 1998 : « Du lavage de cerveau », selon un psy dont les arguments, dans le film, ne font guère mouche. Soucieux de bousculer les mentalités, Théo vit avec l’hostilité de son frère, Kayvon a dépassé celle de sa belle-famille conservatrice. Et si Cami tient tant à effacer son marqueur de genre de l’état civil (une démarche encore impossible en France), c’est d’abord « pour les autres ».