Nice (06) : Pourquoi des organes ont-ils été prélevés sur des victimes de l’attentat musulman du 14 juillet 2016 ?

Une association de victimes affirme que, lors de l’autopsie, de nombreux organes ont été retirés sur certaines personnes décédées lors de l’attaque au camion du 14 juillet 2016. Si la justice peut autoriser ce type d’acte pour rechercher les causes de la mort, les familles de Nice n’ont pas été informées de ces prélèvements, vécus très douloureusement.

Des familles de victimes affirment que des prélèvements d’organes ont été réalisés sur leur proche lors de l’autopsie ayant suivi l’attentat qui, le 14 juillet, a fait 86 morts sur la Promenade des Anglais. « On estime qu’une quinzaine de familles pourraient être concernées. À aucun moment, elles n’ont été informées de ces prélèvements, ni avant l’autopsie, ni lors de la restitution du corps », indique Stéphane Erbs, coprésident de l’association Promenade des Anges.

Que s’est-il passé lors des autopsies suivant l’attentat de Nice ?

C’est a posteriori, ajoute-t-il, en consultant le dossier judiciaire, que certains parents ont découvert que celui-ci contenait des scellés avec des organes prélevés sur leur enfant. « C’est ainsi que nous avons appris que 13 organes ont été prélevés sur notre fille, Amie, décédée à l’âge de 12 ans », déclare Thierry Vimal, membre de l’association.

Est-il légal de prélever des organes lors d’une autopsie ?

« Oui, mais tout cela est fait de manière très encadrée », souligne le professeur Christophe Bartoli, président de la Société française de médecine légale. C’est toujours à la demande de la justice qu’agit le médecin légiste. « Au cours d’une autopsie judiciaire, le praticien désigné à cette fin procède aux prélèvements biologiques qui sont nécessaires aux besoins de l’enquête ou de l’information judiciaire », précise l’article 230-28 du code de procédure pénale.

Selon ce texte, les proches de la victime doivent être « informés dans les meilleurs délais », sauf nécessité de l’enquête. C’est pour rechercher les causes du décès que ces prélèvements peuvent se révéler nécessaires. « Dans certains cas, on est obligé de retirer des organes ou des fragments d’organes pour analyser certaines lésions au microscope », relève le professeur Bartoli, en ajoutant que « tout est fait pour restaurer le corps et le rendre à la famille dans le meilleur état possible. »

Sait-on pourquoi ces prélèvements ont été faits à Nice ?

Cette question sera abordée lors du procès qui s’est ouvert lundi 5 septembre devant la cour d’assises spéciale de Paris. L’association Promenade des Anges a fait citer le procureur François Molins qui, en tant que procureur de Paris en 2016, était chargé de la lutte contre le terrorisme au niveau national. Le responsable de l’institut médico-légal de Nice devrait aussi venir témoigner.

« Les familles ont besoin de savoir dans quel cadre et avec quel objectif ces prélèvements ont été faits. C’est le cas par exemple des parents du petit Yanis, âgé de 4 ans, à qui plusieurs organes ont été retirés », pointe Me Virginie Le Roy, une des avocates de Promenade des Anges. « Si c’était pour rechercher les causes de la mort, on ne voit pas bien l’intérêt, ajoute-t-elle. Les victimes de cet attentat sont décédées de polytraumatismes après avoir été heurtées par ce camion lancé à pleine vitesse. »

Selon cette avocate, la seule explication est venue du parquet de Nice. « Il nous a indiqué que les prélèvements avaient été faits dans un but de protection médico-légale des personnels hospitaliers ayant pris en charge des victimes après l’attentat, au cas où des familles auraient attaqué en justice ces personnels estimant que le décès de leur proche était dû à des soins inadaptés juste après l’attentat. C’est tout à fait absurde », estime Me Le Roy.

Une certaine transparence semble en tout cas aujourd’hui nécessaire face aux interrogations de nombreuses familles. « C’est un sujet très sensible. Beaucoup de gens se demandent si leur proche a pu être concerné », affirme Stéphane Erbs. Selon lui, au moins deux familles ont pu récupérer les organes de leur proche, qui avaient été placés sous scellés.

La Croix