Nîmes (30) : L’association qui voulait priver les gendarmes de messe au nom de la laïcité

La Libre Pensée du Gard souhaitait interdire aux képis de participer à la Sainte-Geneviève sur leur temps de travail. L’affaire s’est réglée devant le tribunal.

Une tradition chère au cœur des képis mise à mal. Tous les ans en novembre, les gendarmes manifestent leur admiration pour leur sainte patronne. C’est sous couvert de laïcité du service public que l’association la Libre Pensée du Gard attaquait la cérémonie. Dans un jugement rendu le 19 février 2021, les juges du tribunal administratif nuancent : « Ces principes ne font toutefois pas obstacle à ce que les militaires de la gendarmerie soient invités et autorisés, durant le service, à assister à un office religieux dans une église, lorsque cette invitation présente un caractère facultatif et s’inscrit dans le cadre d’une manifestation annuelle, traditionnelle et festive participant à la cohésion et à la représentation de l’institution. »

C’est en novembre 2018 que tout avait commencé. Le 6 de ce mois, comme le veut la tradition, le chef du groupement de gendarmerie du Gard avait rappelé à ses troupes dans une note de service que la cérémonie devait se tenir le vendredi 30 novembre. Si les participants avaient le choix d’assister ou non à la cérémonie, la coutume veut qu’ils aillent en uniforme au discours du préfet lors du cocktail au mess de l’escadron mobile. Est prévu ensuite un office religieux dans une église de Nîmes, célébrée par un aumônier militaire et un prêtre. La note de service précisait simplement que tous étaient bienvenus « dans la limite des effectifs nécessaires à la continuité du service public ».

Le 14 novembre 2018, l’association s’est emparée du sujet. Elle a alors demandé à la gendarmerie que soit rappelé aux militaires leur « devoir de réserve, notamment en matière religieuse ». Plus encore, elle a déposé une requête visant à faire annuler l’autorisation accordée par le patron des gendarmes à ses subordonnés. Dans son viseur, le fait que les gendarmes puissent s’y rendre pendant leurs heures de travail, qui plus est en uniforme de la République. Pour se justifier, l’association a avancé les principes de laïcité contenus dans le code de la sécurité intérieure. Il y est dit que les gendarmes n’ont le droit d’exprimer « des opinions ou des croyances qu’en dehors du service ». Un avis loin d’être partagé par le tribunal pour qui « l’organisation de la cérémonie de la Sainte-Geneviève revêt le caractère d’un évènement collectif, traditionnel et festif de type fête patronale annuelle.

Une tradition qui fait débat

Ce n’est pas la première fois que cette tradition fait débat. Déjà, en 2016, quand ce jour de repos avait été instauré par le patron de la gendarmerie, des syndicats policiers tels que le SCSI (Syndicat des cadres de la sécurité intérieure) s’étaient insurgés contre ce congé « dans un pays où la laïcité est quotidiennement au centre de tous les débats ». Le syndicat avait souhaité, à la place, la mise en place d’une « journée républicaine de repos exceptionnelle ».

Pour rappel, l’histoire de Sainte-Geneviève remonte à l’an 451 durant l’invasion de Paris par les Huns d’Attila. Geneviève aurait invité les femmes de la ville à prier afin de retenir le chef guerrier et ses troupes dans le but d’éviter la mise à sac de la cité. Ce dernier renonçant au saccage, le culte de la Sainte avait alors pris effet. Plus tard, en l’an 508, Clovis, roi des Francs, fit ériger une église sur sa tombe.

Le Point