Noirétable (42) : « Je ne vois pas ce que je ferais en Guinée », mobilisation contre l’expulsion du jeune Amara Traoré, un migrant qui ne veut pas quitter ses amis du Haut-Forez

La pétition mise en ligne par l’association sportive de Noirétable n’en finit pas de gagner des signatures. Au 1er  octobre, 8.147 personnes ont signifié leur envie de trouver une solution pour Amara Traoré, un jeune Guinéen dont la demande d’asile a été rejetée par la France.

« Une entreprise de maçonnerie lui a proposé un CDI mais n’a pas eu l’autorisation de lui faire signer son contrat »

« La situation est simple, expliquent ses amis. Amara doit quitter le logement qui lui était mis à disposition le 11 octobre. » Il lui est, en outre, demander de quitter la France le 25 novembre même si, à ce jour, il n’a toujours pas reçu son Obligation de quitter le territoire français (OQTF). Déjà, la solidarité s’est organisée autour de lui avec des personnes qui lui ont trouvé un toit.

« Nous sommes en plein paradoxe »

Mais cette aide pourrait aller beaucoup plus loin puisqu’une entreprise de maçonnerie a proposé un contrat de travail à durée indéterminée qui lui permettrait de subvenir à ses besoins. « Malgré les demandes, l’entreprise n’a jamais obtenu l’autorisation de lui faire signer son contrat, déplorent les soutiens du jeune Guinéen. Nous sommes en plein paradoxe : on lui demande de travailler afin qu’il obtienne des papiers et qu’il montre son désir d’intégration. Il a un contrat qui l’attend et il est devenu un licencié très actif du club de football. Que faut-il de plus ? »

« Je ne vois pas ce que je ferais en Guinée »

Lui-même a du mal à interpréter les événements qui se jouent autour de lui. « Moi, je veux rester à Noirétable, affirme-t-il. Je me sens très bien ici et je trouve que ce que tout le monde fait pour moi ici est très fort. » Gagné par l’émotion, le jeune homme a du mal à trouver ses mots devant autant d’implication.

Amara fait partie de la vie du club, ajoute un de ses coéquipiers. C’est devenu un vrai ami qui passe la moitié de son temps avec nous. »

Au-delà de cet aspect relationnel, Amara ne veut surtout pas retourner en Guinée, un pays qu’il a quitté depuis de nombreuses années. « C’était devenu très difficile de vivre là-bas, explique-t-il. C’est pour ça que nous sommes partis. Et depuis 2016 que je suis en Europe, je ne sais pas ce qu’est devenue ma famille, explique-t-il. »

D’autant que ses parents sont décédés et qu’il est sans nouvelle de ses frères qui avaient fui la Guinée avec lui. « Je ne sais pas ce que je vais faire si je retourne là-bas, déplore-t-il. Ce n’est vraiment pas une bonne solution pour moi. » Il sait seulement qu’il n’a plus aucune voie de recours, le dernier qu’il a présenté devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) ayant été rejeté par ordonnance.

Des années difficiles avant de trouver le calme en France

« Quand nous avons pris la décision de partir, l’objectif premier était de quitter la pauvreté en Guinée. » Le parcours d’Amara et ses frères a débuté il y a plusieurs années alors que le jeune homme, âgé de 17 ans, a décidé de s’enfuir avec ses frères vers une vie qu’il pensait meilleure. Mais le parcours a été semé d’embûches dès les premiers mois après qu’ils ont été emprisonnés en Libye. C’est en s’échappant des camps d’internement qu’Amara va perdre le contact avec ses frères. Il ne les a pas revus depuis. Son périple l’emmène alors vers l’Italie, où il va rester jusqu’en 2019, année à laquelle il sera expulsé.

Une opportunité le conduit alors en France et plus précisément à Lyon où il est pris en charge par les services spécialisés. Désireux de s’intégrer au plus vite, il va devenir bénévole à la banque alimentaire et jouera même au football. C’est en mars 2020 qu’il est dirigé vers une nouvelle structure d’accueil des demandeurs d’asile dans le Haut-Forez à Saint-Thurin avant de rejoindre un des logements diffus mis à disposition à Noirétable. Un secteur qu’il va apprendre à connaître et à aimer. Il est aujourd’hui très loin du climat tendu qui règne dans son pays d’origine depuis quelques semaines. Et si la décision de son expulsion a été prise avant ces événements, peut-être serait-il intéressant de les prendre en compte avant de le renvoyer là-bas.

Le Progrès