Nord & Pas-de-Calais : Avec la fermeture des camps, 2.000 migrants seraient en errance

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Sans cesse chassés des campements, des milliers de demandeurs d’asile vivent dans la précarité dans l’attente de papiers ou d’une traversée.

C’est une présence constante depuis plus de vingt ans. Aujourd’hui, à Calais, ils sont 1 200 exilés selon les associations, environ 800 selon la préfecture. Ils n’étaient que 600 il y a encore un an. S’y rajoutent ceux de Grande-Synthe, environ 350 personnes en cette fin août, et tous ceux que personne ne compte, éparpillés dans des petits campements le long du littoral entre Calais et Dunkerque. Le nombre total tournerait entre 1.700 et 2.000, estiment les associatifs. Sans certitude.

En juillet, l’État a totalement vidé la zone industrielle des Dunes à Calais, depuis des années le lieu habituel des campements de fortune. «Nous avions 700 à 800 personnes sur ce site, avec un quartier résidentiel à 100 mètres et des entreprises au milieu, explique Michel Tournaire le sous-préfet de Calais. On ne peut pas tolérer la reconstitution de bidonvilles, avec des problèmes sanitaires, de rixes entre communautés, et des filières de passeurs.»

«Répit»

Une feuille de route fixée par Macron lui-même lors de son discours à Calais en janvier 2018. La même logique a été appliquée à Grande-Synthe. Les migrants, en majorité des Kurdes irakiens, sont normalement concentrés autour de la zone boisée du Puythouck, à proximité de l’autoroute et de l’ancien camp de la Linière. Ils en ont été expulsés en juin, et se sont éparpillés jusque dans les communes alentour. Maya Konforti, de l’association l’Auberge des migrants, hausse les épaules : «Ces expulsions, c’était comme donner un coup de pied dans une fourmilière.»

A Calais aussi, les hommes, originaires du Soudan, d’Erythrée, d’Afghanistan, se sont dispersés. Ils dorment où ils peuvent, sous les ponts, aux abords des centres commerciaux. Leur vie est devenue encore plus précaire. «Nous avons de plus en plus de personnes isolées, de petits groupes en errance, à la recherche d’endroits de répit», constate Chloé Smidt-Nielsen, de Human Rights Observers.

Dans la zone industrielle des Dunes, il y avait au moins un accès à l’eau, des toilettes, et le centre de distribution de repas en dur de la Vie active, association mandatée par l’État. Le centre a fermé, et même si la Vie active continue à distribuer 2.000 repas par jour en camionnette «il n’y a plus aucun endroit où les exilés savent qu’ils ne seront pas expulsés», déplore Juliette Delaplace, du Secours catholique.

Calais a déjà connu par le passé, des expulsions policières de grande ampleur avec pour conséquence l’éparpillement des exilés. Après la fermeture du centre de la Croix-Rouge de Sangatte, en 2002, et après l’évacuation de ce qu’on appelait les camps des Afghans, en 2009, sous Sarkozy.

Le démantèlement, en 2016, de la «jungle de Calais», un bidonville qui a rassemblé jusqu’à 10 000 personnes a été différent : Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur de Hollande, a proposé aux exilés un hébergement inconditionnel et de longue durée dans des centres répartis dans toute la France. Des dizaines d’autobus les avaient alors conduits jusqu’à leurs lieux d’accueil.

«Empreintes»

Aujourd’hui, la sous-préfecture présente les évacuations comme des mises à l’abri. Les migrants se voient proposer de partir dans un Centre d’accueil et d’examen des situations (Caes). Mais déjà, en 2018, le Défenseur des droits notait : «La saturation des dispositifs d’accueil, leur manque d’informations et le contrôle de leur situation administrative lors de leur mise à l’abri conduisent les campements évacués à systématiquement se reformer.» Et, cet été encore, la très grande majorité des migrants évacués de Calais sont revenus dans la ville quelques jours après leur expulsion. Idem à Grande-Synthe.

«C’est parce qu’ils sont dublinés», martèle Claire Millot, de l’association Salam. Du nom du règlement de Dublin, qui oblige les migrants à déposer leur demande d’asile dans le pays par lequel ils sont entrés dans l’UE. «Dans les Caes, quand on passe leurs empreintes digitales dans la machine, elle dit qu’ils ont déjà été contrôlés en Grèce, en Bulgarie ou en Allemagne, explique-t-elle. Ils se retrouvent alors avec une obligation de quitter le territoire français. Ces OQTF sont très peu exécutées mais les gens concernés sont tout de même répertoriés comme personae non gratae.»

C’est le cas de Mohabuba, un Afghan croisé à Calais. Il est «dubliné», souhaite déposer une demande d’asile en France mais doit attendre dix mois pour ne pas risquer une expulsion vers l’Autriche, où il a été contrôlé. Les empreintes sont gardées dix-huit mois dans la base de données Eurodac. Alors, il veut passer en Angleterre pour y travailler, avant de revenir en France. Juliette Delaplace, du Secours catholique, connaît ce type d’errance : «A Calais, beaucoup de personnes sont broyées par le système d’asile européen. Des gens désespérés qui sont prêts à tout pour essayer de se construire un avenir.» Jusqu’à traverser la Manche au péril de leur vie sur des canots.

Libération

6 Commentaires

  1. Les passeurs sont des criminels qui mettent tous ces gens-là en danger de mort, et nous accessoirement avec.
    Ces forces vives sont le potentiel et l’avenir de LEURS pays, où sont restés leurs familles, leurs amis, leurs proches.
    Ce n’est pas en zonant dans les dunes de Calais (ou d’ailleurs, il y a plein d”Albanais à Roscoff) que tous ces jeunes avancent vers un avenir digne et heureux.

    • Enfin, pour ce qui est du “potentiel” en question, avouons que c’est une façon de parler.

      Le potentiel afrobougnoule est loin d’avoir fait ses preuves, pas sur son continent d’origine et encore moins chez nous.

      • Non non, je ne vous laisse pas dire cela! Nos cousins écossais affirment que toutes ces peuplades ont du potentiel, des compétences, des connaissances…

    • Surtout qu’ils ne le font pas chez eux et ne le feront pas chez nous….
      C’est vrai, un pays c’est le reflet de ses habitants.
      Regardez d’où ils viennent !!!

    • Ah bon, est-ce qu’on a déja une date précise pour ça? ^^

      @disqus_tZMtuUChGH:disqus avait donc raison lorsqu’elle me répondait, sur un autre fil, que 2020 allait être une année “des grands changements”!

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