Norvège : « J’ai l’impression que j’aurais dû être paraplégique », se définissant comme une femme handicapée, un homme valide se déplace en fauteuil roulant et suscite la colère sur les réseaux sociaux

En non-situation de handicap, un homme qui s’identifie comme une femme paraplégique, a suscité la colère sur les médias sociaux. Jørund Viktoria Alme, âgé de 53 ans, utilise un fauteuil roulant alors qu’il n’en a pas physiquement besoin. Iel souffrirait de dysphorie de l’identité corporelle.

Alme, analyste de crédit senior à Oslo pour la Svenska Handelsbanken, l’une des plus importantes banques scandinaves, a bénéficié d’une couverture positive dans les médias norvégiens depuis qu’il a publiquement annoncé son trans-handicap sur Facebook en 2020. Il a donné plusieurs interviews, souvent aux côtés de sa femme, Agnes Mjålseth.

Bien qu’il ne souffre d’aucun handicap physique, Alme utilise actuellement un fauteuil roulant « presque tout le temps ». « Il ne s’agit pas d’un désir d’être un fardeau pour la société. Il s’agit d’un fauteuil roulant qui m’aide à fonctionner dans la vie de tous les jours, à la fois en privé et au travail. »

Outre la dysphorie de genre, Alme affirme souffrir d’un trouble de l’intégrité corporelle (TIC), évoquant une « dissonance » entre la façon dont il se perçoit et le fonctionnement de son corps. « J’ai lutté contre ça tous les jours de ma vie », a déclaré Alme à Vi, un média norvégien, plus tôt cette année.

La dysphorie de l’identité corporelle (BID) est un trouble mental rare. Les personnes qui en souffrent se sentent terriblement mal à l’aise dans leur corps, comme si l’un de leurs membres sains n’était pas censé en faire partie. Le malaise est tel qu’il leur arrive de demander à se faire amputer du membre en question pour se sentir complètes.”

J’ai lutté contre cela tous les jours de ma vie », a déclaré l’homme. « C’est une dissonance cognitive : de la même manière que je me sens comme une femme dans un corps d’homme, j’ai l’impression que j’aurais dû être une femme paralysée à partir de la taille. »

Iel est confronté.e.s à des réactions négatives

Les critiques de l’« identité » d’Alme ont été si nombreuses que le programme d’information de TV 2 en Norvège a présenté les points de vue de quatre femmes handicapées dans les jours qui ont suivi la diffusion de son interview sur GMN.

Emma Sofie Grimstad, 18 ans, est l’une des nombreuses femmes qui ont dénoncé l’« identité » handicapée d’Alme. Au début de l’année, Grimstad a passé deux mois en fauteuil roulant après avoir contracté le syndrome de Guillain-Barré, une maladie inflammatoire aiguë qui attaque les nerfs et peut entraîner une paralysie.

Grimstad a critiqué Alme, le décrivant comme une « personne avec des jambes fonctionnelles qui choisit de s’asseoir dans un fauteuil roulant », et a souligné que « beaucoup de gens qui ne disposent pas ce choix ».

« Je ne pense pas que n’importe quoi devrait bénéficier de temps d’antenne », a déclaré Grimstad au programme d’information de TV 2 en Norvège. « L’interview [d’Alme] peut nuire aux personnes qui sont en fauteuil roulant et qui n’ont pas le choix. Elle peut même entraîner des soupçons vis-à-vis des personnes qui n’ont aucune maladie visible », a‑t-elle ajouté.

Noomi Alexandersen, 23 ans, est une autre femme dont les préoccupations ont été soulignées dans le reportage de TV 2. Alexandersen est atteinte de paralysie cérébrale, ce qui fait qu’elle n’a pas l’usage complet de son bras et de son pied gauche.

« Cela conduit à ridiculiser ceux qui sont confrontés quotidiennement à des défis liés à leur handicap », a déclaré Alexandersen, qui a ajouté que l’« identité » d’Alme était ressentie comme une insulte envers la communauté des personnes handicapées.

La présidente de la Coalition des jeunes handicapés, Ingrid Thunem, a déclaré à TV 2 qu’elle avait personnellement reçu plusieurs « demandes de renseignements » en réaction à l’interview d’Alme dans l’émission Good Morning Norway la semaine dernière, et a souligné que « beaucoup sont accusés de prétendre qu’ils ont besoin d’aide ». La coalition est composée de 38 organisations et groupes de jeunes handicapés ou atteints de maladies chroniques, et représente au total environ 25 000 personnes.

Immédiatement après les remarques critiques des femmes, TV 2 a proposé une définition du trouble de l’intégrité corporelle (TIC). Dans une brève déclaration, la chaine a présenté Alme sous un jour sympathique en le décrivant comme atteint d’un « sentiment profond que certaines parties ou fonctions de son corps lui semblent étrangères ou pas comme elles devraient être ».

Ensuite, Alme a répondu aux critiques formulées à son encontre.

« J’ai lutté contre ma propre honte et mes préjugés pendant 50 ans avant d’être tellement dérangé par le TIC que j’ai finalement dû en parler », a déclaré Alme à TV 2. Alme a poursuivi en disant qu’il vise à faciliter « la diversité et l’inclusion ».

Je ne pense pas que tout devrait être diffusé à l’antenne », a déclaré Grimstad. « L’interview d’Alme pourrait nuire aux personnes qui sont en fauteuil roulant et qui n’ont pas le choix. Elle pourrait même conduire à des soupçons sur des personnes qui n’ont aucune maladie visible. »

La déclaration de TV 2 sur le TIC, parfois aussi appelé trouble de l’identité de l’intégrité corporelle (TIIC), faisait également référence à une pathologie appelée apotemnophilie, définie par la recherche médicale comme « un syndrome dans lequel une personne est obsédée par le désir d’amputer un de ses membres sains ». Le terme a été inventé par le sexologue John Money en 1977, en référence à des hommes qui voulaient devenir amputés parce qu’ils trouvaient l’idée sexuellement excitante. C’est à Money que l’on doit en grande partie l’invention du concept le plus communément admis d’« identité de genre ».

Une étude menée en 2005 sur des personnes atteintes de TIIC a révélé que cette maladie « recoupait » largement d’autres paraphilies. Dans cette étude, 90 % des personnes interrogées étaient des hommes et, sur l’ensemble des participants, 87 % ont admis être sexuellement attirés par les amputés. Près d’un tiers ont déclaré avoir au moins une autre paraphilie, ou fétichisme sexuel, notamment le travestisme, le fétichisme, le masochisme ou la pédophilie. Les chercheurs ont fait remarquer qu’il y avait « des similitudes entre le trouble de l’identité de genre et cette affection ».

Les internautes indignés par son histoire

Les gens qui ont lu l’histoire d’Alme étaient tout aussi indignés, en particulier ceux qui étaient eux-mêmes handicapés ou qui avaient des membres de leur famille qui l’étaient.

« C’est tellement insultant. Je suis une personne en fauteuil roulant. J’ai éprouvé des douleurs atroces. Ce n’est pas une blague et je trouve que c’est se moquer de moi et d’autres personnes qui ont terriblement souffert. Le fait d’être en fauteuil roulant a nui énormément à ma vie et à celle de ma famille. C’est consternant », a déclaré un utilisateur.

« Ma fille se déplace en fauteuil roulant depuis l’âge de 18 mois. Il était minuscule, fabriqué spécialement pour elle. La première chose qu’elle a dite, c’est : “Je marche !”. Cet homme devrait avoir honte », a partagé une personne.

« Un homme valide utilise presque toujours un fauteuil roulant parce qu’il s’identifie à une femme paralysée. La maladie mentale atteint des niveaux que nous n’aurions jamais cru possibles », a écrit un commentateur.

« J’ai lutté contre ma propre honte et les préjugés pendant 50 ans »

En septembre, Alme confiait à iNyheter que son identité de femme handicapée était sexuellement motivée. Lorsque la question de savoir s’il agissait sous l’impulsion d’un fétichisme sexuel a été abordée, Alme a répondu : « Je ne sais pas, peut-être que oui. »

« Je convoitais souvent les belles chaussures que j’achetais pour Agnès. Une fois, j’ai trouvé une paire de chaussures pour elle. Puis j’ai découvert qu’ils avaient la même paire de chaussures dans une pointure plus grande. Alors je les ai achetées aussi. C’était très excitant d’acheter une paire de chaussures à talons hauts », raconte Alme à Vi.

Après qu’Alme a commencé à commander des chaussures pour femmes en ligne, sa femme Agnès lui a demandé s’il portait ses robes en privé. Lorsqu’il lui a dit que c’était le cas, elle a été choquée, et ce choc s’est ensuite transformé en frustration.

« Quand j’ai entendu cela, j’ai été choquée. Et en colère — j’étais effrayée. J’avais l’impression qu’il avait détruit tout ce que nous avions ensemble et que je devais le quitter », raconte Agnès.

Pourtant, malgré l’indignation de sa femme, Alme a commencé à s’habiller en femme à la maison, une situation qui est « devenue une contrainte » pour elle, car elle luttait contre un récent diagnostic de cancer. Agnès n’a pas caché ses difficultés à accepter les comportements fétichistes de son mari et a déclaré qu’elle avait d’abord « essayé de le quitter » à deux reprises « par désespoir et par chagrin ».

Agnes, membre du conseil d’administration et directrice d’une école maternelle à Molde, avait déjà travaillé avec des enfants handicapés et en fauteuil roulant, ce qui l’avait amenée à se sentir préoccupée par les comportements de son mari.

Jørund Viktoria Alme est envieux des personnes handicapées

Alme a déclaré aux médias norvégiens que son désir d’être handicapé provenait d’un souvenir d’enfance. Il se souvient avoir été « envieux » d’un autre enfant blessé à la jambe qui utilisait des béquilles alors qu’il était à l’école primaire.

« Ma réaction a été un intérêt intense. Mon cœur battait la chamade, mon pouls augmentait et tout mon corps était stimulé. J’étais incroyablement concentré sur lui et sur ce dont il s’agissait. Tout le monde s’est rassemblé autour et allait essayer ses béquilles, tandis que je gardais mes distances. J’avais tellement peur que quelqu’un découvre ce qui se passait en moi », a déclaré Alme à Budstikke.

Au départ, Alme a dit à Agnès que le fait qu’il s’habille avec ses vêtements, qu’il se passionne pour des chaussures et qu’il souhaite utiliser un fauteuil roulant était un fétichisme sexuel — un récit qu’il a ensuite changé pour mettre l’accent sur le trouble de l’intégrité corporelle après qu’elle a exprimé sa détresse.

En raison de l’insistance d’Alme et des explications concernant le TIC, Agnès a depuis dit qu’elle acceptait la nouvelle identité de son mari.

« C’est une personne sage et optimiste, et j’ai compris que le truc du fauteuil roulant est quelque chose de réel. J’ai donc trouvé des moyens de le soutenir. Au début, je lui ai dit : « Il faut que tu me donnes du temps. » Je savais, grâce à mon travail avec les enfants, que lorsqu’on a le temps et la paix pour réfléchir, les choses se passent bien », a déclaré Agnès.

Vaishnavi Sundar, réalisatrice et représentante de l’organisation de défense des droits des femmes Women’s Declaration International (Déclaration internationale des femmes), s’est entretenue avec plusieurs dizaines de femmes de différents pays ayant divorcé ou quitté leur mari pour des raisons liées à une « identité de genre » autoproclamée.

Son prochain film, Behind the Looking Glass (Derrière le miroir), présentera des entretiens avec ces femmes, qui sont parfois appelées « veuves trans ». Sundar exprime son inquiétude pour la femme d’Alme. « Il n’est pas rare que les hommes transidentitaires revendiquent une profonde victimisation et exigent de leurs femmes qu’elles jouent le jeu. Dans certains cas, ces hommes revendiquent des niveaux supplémentaires d’oppression ; par exemple, en s’identifiant comme juifs, ou en prétendant souffrir d’une sorte de handicap corporel », explique Sundar.

« Cela me semble être un moyen de satisfaire leur perversion sexuelle qui se nourrit de l’impuissance, ou d’être considéré comme une personne encore plus privée de droits, et méritant donc davantage d’attention, etc. […] » Sundar affirme que les épouses des hommes qui se lancent dans un changement de mode de vie motivé par une paraphilie se retrouvent parfois piégées par les circonstances, citant d’éventuelles dépendances financières, parentales ou émotionnelles.

« Ainsi, même lorsqu’elles trouvent ce comportement déroutant, absurde ou complètement abusif, elles restent mariées, sont obligées de justifier le fétichisme et de jouer le jeu », explique Sundar.

« C’est très traumatisant pour les femmes qui sont obligées de rester dans la relation car c’est une forme de violence émotionnelle. On attend d’elles qu’elles jouent un mensonge jour après jour et elles sont réprimandées quand elles osent le contester. Elles sont obligées de remettre en question leur propre identité dans ce processus et certaines doivent alors vivre le reste de leurs vies comme des « lesbienne » dans certains cas. Sans parler du fait qu’elles doivent répondre à des exigences sexuelles et gérer le ménage pendant que “l’homme” s’en va dépenser toutes leurs économies en vêtements, chaussures et maquillage. »

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