Notre-Dame de Paris: controverse sur l’utilisation des 825 millions d’euros de dons

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La Cour des comptes a présenté un rapport sur la restauration de la cathédrale. Sont relevés l’absence d’enquête administrative et le manque de transparence sur l’utilisation de l’argent des dons.

Rarement un chantier aura été autant scruté à la loupe. Après de multiples auditions et rapports parlementaires, la Cour des comptes s’est à son tour saisi du très sensible sujet de la restauration de Notre-Dame de Paris. Au centre de ses préoccupations : la situation de la cathédrale à la veille de l’incendie, mais aussi l’utilisation des 825 millions d’euros de dons et de promesses de dons.

Un an et demi après l’incendie qui a ravagé la toiture, la flèche et la charpente du XIIIe siècle, on ne connaît toujours pas l’origine du sinistre. Selon les premiers résultats révélés à l’été 2019 de l’enquête encore en cours, celui-ci ne serait vraisemblablement pas d’origine criminelle, mais plutôt dû à un court-circuit ou à un mégot mal éteint. Un mauvais entretien des installations électriques et une série de dysfonctionnements humains, le soir, auraient tout de même contribué à aggraver l’incendie.

On sait par exemple que le nombre d’agents de sécurité incendie du monument avait été diminué de moitié, et que la surveillance 24 heures sur 24 heures avait été annulée, au profit de rondes organisées jusqu’à 23 heures.

«Nous ne comprenons pas que le ministère de la Culture n’ait pas engagé une enquête administrative», a lancé, mercredi, Pierre Moscovici, président de la Cour des comptes, lors de la présentation, hier, d’un rapport sur la conservation et la restauration de Notre-Dame. Cette enquête aurait pu démêler les «responsabilités enchevêtrées» de l’État, des monuments nationaux et du clergé. Et permettre à l’État d’en tirer des leçons, alors qu’il possède 86 autres cathédrales. «Nous avons besoin d’une clarification, d’une mise à plat, sans attendre la réouverture (de l’édifice en 2024)», a-t-il ajouté.

Les magistrats de la Cour se sont par ailleurs penchés sur un sujet délicat et un peu tabou : l’utilisation de l’argent des dons. Près de 338.000 particuliers et entreprises (issus de 140 pays) ont versé 825 millions d’euros pour contribuer à la remise en état d’une des cathédrales les plus connues au monde. La Cour rappelle que la récolte de ces dons a coûté, sous forme de frais de gestion, jusqu’à 500.000 euros dans certaines fondations. Elle pointe surtout les modalités de financement de l’établissement public (EP), créé pour centraliser les opérations de reconstruction de Notre-Dame de Paris.

Dirigé par le général Georgelin, sous tutelle du ministère de la Culture, l’EP emploie 39 personnes, dont 7 pour les seules opérations de communication et de mécénat. Tous, à l’exception du général qui a conservé un bureau à l’Élysée, travaillent dans des locaux situés cité Martignac, dans le 7e arrondissement de Paris, pour un loyer de 263.000 euros (charges comprises). Le budget annuel de l’établissement tourne autour de 5 millions d’euros, somme qui n’est pas remise en cause par la Cour.

Le salaire du général, dont le montant supposé a fait couler beaucoup d’encre, a même été rendu public: il est de 6000 euros par mois. Le tout est réglé grâce à l’argent des souscriptions. «Je ne sais pas si les donateurs avaient bien compris cela», explique Pierre Moscovici. Les grands mécènes, dont François Pinault, la Fondation Bettencourt ou Bernard Arnault, qui sont régulièrement réunis dans un comité ad hoc, ainsi que les fondations, l’ont évidemment intégré. Mais les petits? C’est moins sûr.

Les parlementaires n’ont pas attendu la Cour des comptes pour réclamer «de la transparence» sur l’usage des fonds. La Cour va plus loin, en suggérant que l’établissement soit financé grâce à une subvention, «d’autant qu’un quart de ses effectifs est affecté à des missions dont le lien avec les travaux de restauration est ténu».

Nouveau bilan en 2022

Mercredi, le général Georgelin ne souhaitait pas s’exprimer sur le rapport, ni sur les modalités de fonctionnement de son établissement. Son entourage renvoyait au ministère de la Culture. «Les donateurs ont versé de l’argent pour la restauration de la cathédrale, ce qui est l’objet même de l’établissement public», fait-on remarquer dans l’entourage de Roselyne Bachelot.

Il n’est donc pas question, pour la rue de Valois, de débloquer 5 millions d’euros de subvention. Seule concession faite aux magistrats : le ministère a indiqué qu’il prendrait en charge le loyer de la cité Martignac. Le paradoxe est que ces locaux appartiennent déjà à l’État, puisqu’ils étaient autrefois occupés par des services de Matignon.

Sur les injonctions de mener une enquête administrative, le ministère de la Culture botte en touche. Et fait remarquer qu’il s’est déjà porté partie civile dans l’enquête judiciaire en cours. Une démarche jugée «plus forte» qu’une éventuelle enquête menée par ses soins. «Une nouvelle enquête et des nouvelles auditions feraient doublon, avec des moyens moindres», poursuit-on dans l’entourage de la ministre.

Ajoutons que l’effet «Notre-Dame» a tout de même pesé dans les esprits de la rue de Valois. Le plan de relance prévoit 80 millions d’euros sur deux ans pour la restauration et la sécurité des cathédrales – soit un doublement bienvenu des sommes jusque-là consacrées à ces édifices religieux. La Cour devrait publier un nouveau bilan en 2022.

Le Figaro

2 Commentaires

  1. Après le drame de la destruction: le vol et le pillage.
    Veulerie, violence, pillage, népotisme, corruption à tous les étages, saleté, …ce pays en voie de sous développement a désormais tout pour que les parasitoïdes africains se sentent chez eux.

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