Notre-Dame de Paris : Du feu à l’acier, c’est l’heure de la résurrection

Pour commémorer l’anniversaire des deux ans de l’incendie du 15 avril 2019, visite guidée sur le chantier d’un monument meurtri où l’espoir est en train de renaître, au cœur de l’île de la Cité.

Un nouveau cœur d’acier pour Notre-Dame. Entrer aujourd’hui dans la cathédrale meurtrie, c’est pénétrer dans une forêt de tuyaux qui s’élancent jusqu’au plafond. À quelques jours du deuxième anniversaire de l’incendie qui avait éclaté le 15 avril 2019, c’est l’effervescence sur le chantier de l’île de la Cité. Sur le toit, on a enfin démonté le gigantesque échafaudage qui avait brûlé et qui risquait de provoquer de nouveaux effondrements.

Cette tâche délicate et complexe a pris des mois, retardant la phase de reconstruction proprement dite. Libérée de cet enchevêtrement de tuyaux noircis par les flammes, on retrouve la silhouette de Notre-Dame d’autrefois, avec ses deux tours majestueuses qui se dressent dans le ciel de Paris. Ne manque que la flèche dessinée par Eugène Viollet-le-Duc et inaugurée en 1859, disparue.

Bataille entre puristes et modernistes

“Elle aussi, elle sera reconstruite, identique à l’ancienne”, promet Jean-Louis Georgelin. Le général septuagénaire a été choisi par Emmanuel Macron pour chapeauter les travaux qui doivent aboutir à la résurrection de Notre-Dame en 2024, pour l’ouverture des Jeux olympiques dans la capitale. Ces deux dernières années ont été émaillées d’imprévus, entre les puristes qui voulaient tout reconstruire à l’identique et les modernistes qui rêvaient d’ajouter une touche plus contemporaine. “Avec Notre-Dame, tout devient extraordinaire”, commente Jean-Louis Georgelin, habitué désormais à jongler entre écueils et critiques. La seule chose qui ne manque pas, c’est l’argent : 833 millions d’euros recueillis grâce à des dons en provenance de 150 pays.

À l’intérieur, les ouvriers mettent la dernière touche à la structure métallique qui permettra de se rapprocher de la carcasse de pierre de la cathédrale pour y panser petites et grandes blessures. Cette carapace d’acier, explique le général, servira à nettoyer les murs souillés par le plomb fondu de la flèche. Même si la phase de sécurisation et de préparation a pris près de deux ans, certains menus travaux ont d’ores et déjà commencé.Les deux chapelles Saint-Ferdinand et Notre-Dame de Guadalupe ont été refaites et serviront d’étalon. “Nous avons obtenu des résultats très satisfaisants”, se félicite Jean-Louis Georgelin, qui rappelle que les statues du chœur ont été miraculeusement épargnées. “En revanche, l’autel installé par le cardinal Lustiger a été détruit par la chute des débris.”

Éviter le syndrome de la cathédrale Saint-Marc

Le gros morceau, ce sera le trou dans la nef. “Il a été complètement nettoyé, précise le général, et nous sommes aujourd’hui entrain de construire un plancher qui permettra de placer un ‘parapluie’ au-dessus de cette partie du monument pour l’abriter des intempéries.” Les mille chênes qui serviront à la restauration de la flèche, du transept et des travées latérales ont été choisis ces derniers mois. Une partie des arbres sélectionnés, dont certains ont plus de deux siècles, ont été offerts par des entreprises du secteur.

La charpente sera refaite en bois, comme sur les plans d’origine. “C’est dommage de ne pas avoir utilisé un matériau plus moderne”, regrette Alexandre Gaby, professeur d’histoire et auteur de Notre-Dame de Paris, la fabrique d’un chef-d’œuvre [Le Passage, 2021]. L’enseignant cite l’exemple d’autres cathédrales meurtries par le passé dont la charpente a été refaite en fonte, comme à Chartres, ou en béton armé, comme à Reims. Le chantier débutera véritablement cet hiver. “En 2024, les travaux à l’intérieur seront finis et la cathédrale pourra rouvrir ses portes”, assure Jean-Louis Georgelin, même si l’extérieur ne sera sans doute pas terminé

.L’archevêque de Paris, Michel Aupetit, a d’ores et déjà réuni un groupe d’experts chargé d’étudier les modalités de la réouverture. Avant le sinistre, la cathédrale gothique accueillait chaque année 12 millions de visiteurs dans des conditions qui n’étaient pas optimales, avec de longues queues sur le parvis et un parcours décousu à l’intérieur de l’édifice.Gilles Drouin, membre du groupe de travail créé par le diocèse, explique que la priorité est que “la cathédrale reste ouverte à tous. Il s’agit d’éviter le syndrome de la cathédrale Saint-Marc, à Venise, poursuit-il, où les catholiques célèbrent le culte dans un espace résiduel. À Notre-Dame, on célèbre au milieu des visiteurs, avec eux, et pour eux.

La Repubblica