“Nous sommes aussi des artistes” : exilés et Calaisiens exposent ensemble leurs oeuvres

Dessin de Mouhamedou, dans le cadre de l’exposition “Nous sommes aussi des artistes”, Calais, septembre 2021. Crédits : association Shanti

Un collectif d’habitants et de personnes exilées dans le Calaisis a lancé “Nous sommes aussi des artistes”, une exposition artistique issue d’ateliers hebdomadaires. Une façon de “faire un pied de nez au statut de migrant” et de “sortir de l’urgence”, raconte l’association Shanti à l’initiative du projet.

Depuis samedi 11 septembre, les panneaux d’affichage de la ville de Calais ont été recouverts de dessins, peintures et poèmes. Ici, le portrait crayonné par Ameer d’une petite fille tenant une rose. Là, un texte de Mohamed, qui résonne comme un slam : “My people fighting for justice working for peace / Praying hard for day / ’cause next generation waiting for bright day”.

Pour l’heure, cette exposition éphémère, qui regroupe 41 oeuvres, est toujours visible. Elle est issue du travail d’une cinquantaine de personnes : Calaisiens, exilés de passage, et bénévoles de l’association Shanti, née en juin 2021. Nommée “Nous sommes aussi des artistes”, l’exposition vise à “faire un pied de nez au statut éphémère de migrant, dans lequel les personnes sont bien souvent enfermées” expose Anaïs, membre fondatrice de l’association. L’exposition est un moyen de rappeler que lesdits “exilés” sont avant tout des “êtres humains, parents, enfants ou grands-parents, ayant un métier, des passions”. 

Oeuvre de Mohamed Youssef dans le cadre de l’exposition “Nous sommes aussi des artistes”, septembre 2021. Crédits : association Shanti

Créer des liens, et un espace d’expression

L’association a initié une série d’ateliers artistiques en se rendant sur les lieux de vie informels des personnes exilées, ainsi que dans les locaux du Secours Catholique. “Écrire des textes, peindre, dessiner, sont autant de moyens de s’exprimer. Au fur et à mesure, nous avons construit l’exposition avec elles et eux. Puis nous avons invité les Calaisiens à y participer” retrace Anaïs.

Pour que les démantèlements quotidiens des lieux de vie par les forces de l’ordre ne viennent pas entraver le projet, les ateliers se déroulaient sur place. Les personnes souhaitant être exposées ont signé leurs oeuvres originales, dont les photographies ont ensuite été collées dans la ville. “Nous gardions leurs coordonnées pour entretenir le contact”, précise Anaïs.

Les panneaux d’affichage de Calais recouverts par l’exposition “Nous sommes aussi des artistes”, septembre 2021. Crédits : association Shanti

Depuis la création de l’association Shanti en juin, Calaisiens et exilés ont imaginé et participé ensemble à nombre d’ateliers : travail du bois, fabrication de cosmétiques naturels… “On essaie de monter un atelier participatif de réparation de vélos”, ajoute Anaïs. Une façon pour les personnes exilées de “sortir de l’urgence”, mais aussi d’une “position de demande” asymétrique et difficile à vivre par rapport aux citoyens bénévoles.

“Pendant deux à trois heures, des liens se créent entre Calaisiens, exilés, amis de passage : c’est intéressant et assez beau symboliquement” résume Ludovic, également membre fondateur de l’association.

Une oeuvre collective en hommage aux personnes décédées dans la Manche

Chaque mardi et samedi, le collectif se réunit pour finaliser une oeuvre collective en hommage aux personnes décédées durant leur traversée de la Manche. “Des Calaisiens viennent graver des petites plaques en bois, en choisissant le nom d’une personne, avec la possibilité de lire son histoire” raconte Anaïs. Si pour les migrants qui tentent de passer chaque jour, ce travail est trop dur psychologiquement, “certains demandeurs d’asile sont impliqués dans le projet”. L’oeuvre mémorielle comportera 303 plaques : une cinquantaine sont déjà gravées.

Les deux membres fondateurs de Shanti quitteront Calais fin septembre. Ils espèrent avoir “semé une graine” sur le territoire. “Des Calaisiens ont déjà émis le souhait de continuer le projet”, assure Ludovic. À terme, l’oeuvre en hommage aux morts en mer sera rendue publique. “L’idée n’est pas de la présenter comme un listing figé, mais dans une forme mobile”, songe Ludovic. “De la même façon qu’il y a des cimetières destinés aux personnes d’ici, l’idée est de préserver cette mémoire pour les exilés”.

Oeuvre de “Nono”, dans le cadre de l’exposition “Nous sommes aussi des artistes”, Calais, septembre 2021. Crédits : association Shanti

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