Nouvelle-Zélande : Le pays pourrait être rebaptisé avec le mot maori « Aotearoa » afin de “décoloniser le passé”

Après une campagne acharnée, le Te Pati Māori, un parti politique qui représente les Polynésiens indigènes de Nouvelle-Zélande, a recueilli 70.000 signatures dans le cadre d’une pétition visant à changer le nom du pays en «Aotearoa» («Nouvelle-Zélande» en maori).

Ce nombre serait suffisant pour forcer le Parlement à reconsidérer la proposition de changement, émise pour la première fois en 2021. Le parti demande aussi que tous les noms de ville d’origine maorie soient restaurés d’ici à 2026. Aotearoa a une signification historique et culturelle forte : ce mot désigne les premiers nuages que les navigateurs polynésiens aperçurent alors qu’ils naviguaient au large, qui les auraient guidés vers leur future île.

Une pétition à succès visant à rebaptiser le pays va relancer le débat.

Modifier le nom de la Nouvelle-Zélande aurait des conséquences positives sur l’identité nationale du pays, fait valoir la codirigeante de Te Pati Māori, Debbie Ngarewa-Packer, dans une récente interview accordée à NPR. «Ce serait une grande fierté pour les générations futures,poursuit-elle. Il faut chercher à préserver notre culture, notre langue et notre bien-être.»

Ces dernières années, le parti a tenté de réintroduire la langue maorie de plusieurs manières. En 2018, le service de gestion des déchets du pays a ainsi mis en place des bacs de recyclage multilingues dans certaines villes; en 2020, la Commission géographique de la Nouvelle-Zélande (Ngā Pou Taunaha o Aotearoa), chargée de nommer les lieux, a approuvé l’ajout de près de 400 noms maoris sur le territoire. Il a également été décidé de corriger les noms maoris mal orthographiés et d’instaurer des signes diacritiques pour rendre leur prononciation plus accessible.

Tirer un trait sur le passé colonial

Au milieu des années 1980, la Nouvelle-Zélande est devenue une colonie britannique. L’explorateur hollandais Abdel Tasman serait le premier Occidental à avoir posé le pied sur l’île du Pacifique Sud. En 1642, il nomma l’île «Staten Landt» («le pays des États», en néerlandais). Par la suite, les cartographes néerlandais l’ont rebaptisée «Nova Zeelandia», en référence à la région de la Zélande, située à l’ouest des Pays-Bas.

Ce n’est pas la première fois que les Néo-Zélandais tentent de se débarrasser des vestiges coloniaux. En 2015, le gouvernement a lancé un concours public de design afin de trouver un remplaçant au drapeau du pays, sur lequel figure l’Union Jack –une norme que le Royaume-Uni impose à ses colonies et ses territoires. Au terme d’un référendum ayant coûté 17 millions de dollars (soit une somme similaire en euros), les Kiwis ont finalement choisi de maintenir le statu quo.

La proposition de loi sur le changement du nom de l’île crée des remous conséquents. Debbie Ngarewa-Packer dit espérer trouver du soutien auprès des jeunes du pays. «J’ai bon espoir, a-t-elle confié à NPR. Notre pays est le dernier à avoir été colonisé, il est temps de traverser ce que bien d’autres colonies ont vécu avant nous et de rétablir notre identité nationale.»

Quartz