Noyal-sur-Vilaine (35) : Bienvenue, agente d’entretien camerounaise, menacée d’expulsion (MàJ: Bienvenue se sent chosifiée)

Habitante de Noyal-sur-Vilaine, près de Rennes, cette Camerounaise, qui a reçu son titre de séjour en France en septembre 2019 pour des raisons médicales, a été priée par un courrier de la préfecture, daté du 14 avril 2021, de retourner dans son pays natal. Une situation que Bienvenue ne comprend toujours pas.

Les mots sont forts, le visage de Bienvenue attristé. L’incompréhension domine encore même si, avec l’aide de Floranne, une amie très proche, elle a décidé de mener un combat pour rester en France : « J’ai toujours voulu être moi. Vivre dans l’honnêteté. Sans avoir à faire un mariage blanc juste pour avoir des papiers. Je veux vivre sans crainte. Aujourd’hui, c’est une souffrance terrible. Je me rends compte qu’on n’est qu’un simple dossier parmi tant d’autres. Je me sens chosifiée ».

[…) Dans les faits, selon l’OQTF reçu le 14 avril, Bienvenue a désormais 30 jours pour quitter la France. Mais Floranne et son amie ont déjà engagé un avocat. Un recours devrait être déposé et un délai de quatre mois accordé. Une situation précaire et pleine de doutes qui bouleverse encore Bienvenue…

Le Journal de Vitré


06/05/2021

Arrivée du Cameroun en 2017 puis tombée malade en France, Bienvenue travaille depuis bientôt deux ans à la maison Saint-Alexis, Ehpad de la commune de Noyal

(…) Quelques semaines plus tôt, son titre de séjour, obtenu pour raisons médicales, n’est pas renouvelé. Au contraire, Bienvenue reçoit une obligation de quitter le territoire français (OQTF) sous 30 jours. Une lettre datée du 14 avril. « La préfecture a considéré qu’elle était guérie et pouvait rentrer dans son pays, sans tenir compte de son poste en CDI et de sa volonté est de rester en France » explique Carole Bohane, présidente du Mrap 35.

« Pendant le Covid, elle était là tous les jours. J’ai besoin d’elle. Je ne sais pas comment, mais nous allons nous débrouiller pour qu’elle ne parte pas » témoigne son employeur Jean-Marc Talenneau […]. Le directeur de l’établissement a bien tenté d’écrire au tribunal administratif – qui traite actuellement un recours déposé par son avocate -, mais celui-ci a répondu qu’il n’avait pas la qualité pour agir. Devant l’établissement, la maire de Noyal, Marielle Muret-Baudouin [Divers Droite], et son premier adjoint, était également présents.

« Aujourd’hui, je me retrouve dans un dilemme : la préfecture me dit de quitter le territoire et mon employeur souhaite que je continue à travailler. Je ne sais même pas si je dois dire que je travaille si, dans un sens, c’est illégal […] », ajoute la jeune femme.  « À mes collègues qui étaient fatigués pendant la crise sanitaire, je prenais le relai, je ne me suis pas arrêté […]. Je trouve cette OQTF injuste. J’ai un logement, je paye mes taxes, je déclare mes impôts et je parle français ». 

Pourtant diplômée comme infirmière au Cameroun, Bienvenue n’a pas pu être recrutée comme telle. Pour cela, elle doit refaire un cursus et repasser certaines matières. L’ARS [Agence Régionale de Santé] n’a pas non plus permis à l’Ehpad de l’embaucher comme aide soignante, mais comme agente d’entretien : son diplôme n’est pas issu d’un pays de l’union Européenne…

Le Télégramme


Bienvenue, en compagnie de sa sœur de cœur, Floranne

«Je devais vivre avec des animaux sacrés»

« Je ne veux pas retourner dans mon pays. Il n’y a que des mauvais souvenirs », explique la Camerounaise, Bienvenue Lewa Goueze […].

Aujourd’hui, elle vit à Noyal-sur-Vilaine, près de Rennes, et travaille dans la maison de retraite de la commune. Elle a une vie équilibrée avec des amis et une famille de cœur auprès de Floranne. « Lorsqu’elle est arrivée ici, je l’ai hébergée pendant quelques mois, le temps qu’elle trouve un appartement » […].

Née en 1982, au Cameroun, elle perd ses parents quand elle est très jeune. « J’avais 7 ans lorsque mon père est mort et 8 ans pour ma mère. Avec ma sœur et mes deux frères, on a été élevés par un oncle, qui avait près d’une dizaine d’enfants. »

Dans son village, les rites et les coutumes sont très ancrés. « C’était moi qui devais garder les rites et les coutumes de la famille. Je devais vivre avec des animaux sacrés, c’est mon héritage. J’ai accepté quelque temps. Aujourd’hui, je veux être libre et pas devoir suivre ces rites », explique la jeune femme.

Visa en poche, Bienvenue arrive en France en août 2017. Elle tombe malade et doit recevoir des soins. À Rennes, son état s’améliore […].

La décision d’obligation de quitter le territoire français est prise par le préfet. Elle devrait quitter la France dans un délai de trente jours à partir du 14 avril, date de l’arrivée de la lettre […].

Bienvenue, n’est pas sereine. « J’ai fait des économies pour acheter des meubles et vivre normalement. J’ai peur de devoir partir. »

Ouest France