«On autorise les étudiants chinois à venir en France mais pas l’inverse, c’est injuste»

Ils n’ont pas remis les pieds sur leur campus en Chine depuis deux ans. Certains, même, ne sont encore jamais allés à l’université. Les étudiants français réclament en vain des visas.

Cela fait désormais deux ans et demi que les premiers étudiants français en Chine sont rentrés en raison de la pandémie. Depuis, ils n’ont jamais remis les pieds en Chine. «J’ai laissé toutes mes affaires là-bas. Je n’avais pris qu’une petite valise pour les vacances du Nouvel An chinois début 2020», raconte Daphné*, étudiante en 3e année de médecine à l’université d’Anhui. Idem pour Paul*, élève ingénieur à Chengdu. «Je n’ai rien récupéré. Ma chambre a été vidée ces derniers jours, après deux ans et demi. Je ne sais pas exactement quand ni comment je vais retrouver mes valises», souffle-t-il. Après des mois et des mois de cours à distance, les étudiants n’en peuvent plus. Ils veulent retourner en Chine pour poursuivre leur formation.

Dans l’espoir de faire bouger les choses et d’obtenir leurs visas étudiants, 140 étudiants européens se sont réunis au sein du collectif «EU students China». «Des Français, des Irlandais, des Espagnols, des Italiens, des Allemands, des Belges… Bref, toutes les nationalités européennes», récapitule Daphné, 20 ans. Un groupe largement inspiré de «Take us back to China», initié par des étudiants indiens.

Du côté de la France, toujours rien

Ces dernières semaines, les étudiants européens ont craqué en apprenant dans des articles de presse que les étudiants pakistanais ou américains avaient eux, obtenu des visas. Le collectif d’étudiants européens a pu récupérer des mails consultés par Le Figaro Étudiant provenant d’étudiants étrangers, dont américains, et de leur consulat, leur indiquant qu’ils pourraient obtenir leur visa fin juin. Mais du côté de la France, toujours rien. «Nous avons appris aussi que quelques étudiants pakistanais ont pu rentrer en Chine cette semaine. Nous aimerions aussi avoir de bonnes nouvelles, mais tout est bloqué», s’inquiète Daphné. Avant d’ajouter: «On autorise les étudiants chinois à venir en France mais pas l’inverse, c’est injuste».

«J’ai cours à distance tous les jours à l’heure chinoise, donc entre 1 heure du matin et 14 heures»

Paul, étudiant français

Timothée*, 24 ans, s’interroge lui aussi sur la possibilité de pouvoir voyager en Chine. L’étudiant en première année de master en histoire de la langue chinoise à l’université de Fudan à Shanghai n’a encore jamais été sur son campus. «Je suis les cours à distance depuis le début. C’est très dur. Mon frère et ma petite amie vivent en Chine, mes parents sont au Portugal mais ont une entreprise en Chine. Je suis tout seul et j’aimerais rentrer voir mes proches», confie le garçon. La situation déprime l’étudiant depuis plusieurs mois. Un sentiment partagé par Paul. «J’ai été hospitalisé suite à un problème nerveux», avoue-t-il, après avoir été stressé et avoir souffert de l’isolement. «Sans compter que j’ai cours à distance tous les jours à l’heure chinoise, donc entre 1 heure du matin et 14 heures.»

La balle est dans le camp des Chinois

Ce qu’attendent les étudiants, ce sont des réponses. «Nous voulons recevoir des nouvelles de l’ambassade de Chine à Paris pour avoir des visas», souligne Apolline*, 27 ans, étudiante en chirurgie à l’université de Zhejiang et boursière du gouvernement chinois. La jeune femme est au point mort dans ses études. Après avoir validé tous ses modules théoriques à distance, il lui faut réaliser des stages pratiques à l’hôpital, obligatoirement en Chine.

Si de leur côté les étudiants de EU Student ont interpellé les ambassades et consulats de chacun de leurs pays, pour l’heure, les réponses obtenues par les jeunes français sont insuffisantes. «Nous avons établi et envoyé la liste des Français concernés aux services responsables du dossier. En vain. L’ambassade française en Chine, elle, nous a conseillé de ne pas revenir», indique Paul. De son côté, Timothée poursuit: «Nous, étudiants européens, nous nous retrouvons sur le carreau. Nous ne comprenons pas pourquoi. Nous sommes prêts et volontaires à rentrer en Chine, même s’il faut subir trois semaines de confinement en arrivant.»

Pour l’ambassade de France en Chine, la situation est encore trop délicate pour envisager un retour ces prochaines semaines. Contactée par Le Figaro Étudiant, elle affirme être en contact régulier avec les étudiants français et a conscience de la difficulté de la situation pour ces jeunes. Le blocage des visas des étudiants n’est donc pas entre les mains des diplomates français, mais bel et bien du gouvernement chinois, fidèle à sa politique du «zéro Covid». De son côté, l’ambassade de Chine en France n’a pas répondu à nos sollicitations.

* Le prénom a été modifié.

Le Figaro