Orléans : Aïcha* accuse une entreprise d’intérim de discrimination à l’embauche en raison de son voile musulman

L’entreprise d’intérim Partnaire est mise en cause par une Orléanaise de confession musulmane. Enregistrement de la conversation à l’appui, la jeune femme soutient qu’on a conditionné l’emploi qu’elle convoitait au retrait de son voile. L’agence orléanaise nie les faits. Le groupe Partnaire, spécialisé dans le travail temporaire, s’est-il livré à une forme de discrimination?

Le 25 février dernier, le procureur de la République d’Orléans a, en tout état de cause, été destinataire d’une plainte dénonçant un comportement inadapté à l’égard d’une femme portant le voile. Et demandant l’ouverture d’une information judiciaire fondée sur le refus d’embaucher une personne en raison de “son origine, son appartenance ou non, vraie ou supposée, à une ethnie ou une nation déterminée, son appartenance ou non, vraie ou supposée, à une religion déterminée, son apparence physique“.

L’entretien a été enregistré

L’affaire remonte à deux ans. Le 5 février 2019, Aïcha (*), une Orléanaise de 33 ans, participe à un entretien d’embauche minute dans les locaux de la société d’intérim. Titulaire d’une licence en gestion ressources humaines, elle vient solliciter un emploi d’assistante administrative.Tandis que la jeune femme, française et de confession musulmane, a les cheveux recouverts d’un foulard, une responsable de l’agence l’informe du fait que le port du voile est “interdit pour des raisons d’hygiène et de sécurité“.

Deux mois et demi plus tard, le 17 avril, Aïcha se présente à nouveau dans les locaux de Partnaire, aux fins de décrocher une mission de deux mois à temps partiel, dans une entreprise située au nord d’Orléans. Cette fois, elle prend soin d’enregistrer discrètement l’entretien avec son téléphone portable.

“Ce n’est pas autorisé”

Avant même d’évoquer le profil de poste, la première question qui lui est posée est de savoir si elle garde le voile en entreprise“, s’insurge Me Thierry Caron, avocat de la jeune femme. La chargée de clientèle ajoute alors : “Ce n’est pas autorisé chez tous nos clients. On travaille avec beaucoup de clients et il n’y en a aucun qui accepte aujourd’hui, en tout cas, quelque signe que ce soit au niveau de la religion“.

Aïcha demande alors si la société dans laquelle elle postule a les mêmes exigences. “Oui”, répondra quelques instants plus tard la chargée de clientèle après avoir appelé l’employeur. En réalité, la Défenseure des droits, que l’avocat de la jeune femme a finalement saisie, dira tout le contraire après avoir mené sa propre enquête. “Le directeur de la société explique qu’il n’a jamais évoqué avec le groupe Partnaire Tertiaire la question du port du voile. Il affirme n’avoir jamais indiqué refuser les signes religieux, ni interdit le port du voile s’agissant d’éventuels candidats présentés par Partnaire Tertiaire“, écrit Claire Hédon, Défenseure des droits, dans sa décision très documentée du 9 décembre 2020, qu’elle agrémente de deux recommandations à l’intention du groupe Partnaire.

La première consiste à “changer ses pratiques en formant et en sensibilisant ses personnels à l’interdiction de toutes ses formes de discriminations et des discriminations à l’encontre des femmes musulmanes en particulier”. La seconde est d’indemniser la jeune femme de son préjudice. C’est ce qu’a tenté d’obtenir Me Caron. 

Pour moi, cette indemnisation était une manière de reconnaître ma cliente dans son statut de femme ayant subi un préjudice, dans la mesure où elle a été victime d’une quadruple discrimination, liée à son sexe, son apparence, sa religion et son nom“.

Le groupe Partnaire s’y est pourtant refusé. Juriste au sein de la société d’intérim, Camille Travers s’en explique : “La recommandation du Défenseur des droits était d’indemniser cette personne du fait qu’elle n’avait pas pu travailler pour notre groupe. Or, c’est erroné dans la mesure où elle a travaillé pour nous à plusieurs reprises depuis 2009 et même postérieurement après les faits dont elle nous accuse“.

L’esprit du groupe

Une affirmation que réfute Me Caron. “Avant les événements, elle a pu être amenée à intervenir ponctuellement pour de toutes petites missions, mais depuis, à aucun moment, elle n’a travaillé avec eux et n’a jamais donné suite aux mails qu’elle a pu recevoir”, soutient l’avocat orléanais.

Plus généralement, la société Partnaire se dit “extrêmement surprise” des accusations portées contre elle. “Ce n’est vraiment pas l’état d’esprit du groupe. Celui-ci est très engagé dans la lutte contre toutes les discriminations quelles qu’elles soient. Nous n’avons jamais eu d’antécédents à ce sujet. Au contraire : nous sommes signataires de la charte pour la diversité depuis 2007“, précise encore Camille Travers. À ce jour, le parquet d’Orléans n’a toujours pas indiqué s’il entendait, ou non, engager des poursuites. 

(*) Le prénom a été modifié.

La République du Centre