Ouganda : Alors que Facebook censure les comptes des proches du Président Museveni, Twitter s’insurge contre la coupure de son réseau

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En Afrique, la coupure d’Internet et des réseaux sociaux est devenue une habitude des régimes autoritaires lors de scrutins sensibles. Ce sera le cas, ce jeudi 14 janvier, alors que pour la première fois depuis le début de son règne, il y a trente-cinq ans, Yoweri Museveni voit son pouvoir menacé.

À la tête de l’Ouganda depuis trente-cinq ans, Yoweri Museveni s’apprête à faire face le 14 janvier à Bobi Wine, l’ancien chanteur devenu un politique populaire. Alors que ce scrutin s’annonce très tendu, de nombreux comptes Facebook de proches du président ont été fermés par le géant américain. Le pouvoir dénonce l’ingérence étrangère dans l’élection.

Message de Twitter : A l’approche des élections ougandaises, on nous rapporte que les fournisseurs d’accès à Internet ont reçu l’ordre de bloquer les réseaux sociaux et les applications de messagerie. Nous condamnons fermement les fermetures d’Internet – elles sont extrêmement préjudiciables, violent les droits de l’homme fondamentaux et les principes dé l’#OpenInternet.

Cela faisait plusieurs décennies que l’Ouganda n’avait vécu de présidentielle aussi tendue. À quelques jours du scrutin du 14 janvier, lors duquel Yoweri Museveni, le président de 76 ans, fera face au jeune chanteur de reggae Bobi Wine, 38 ans, Facebook s’est immiscé dans la campagne. Le géant du web a supprimé les comptes de plusieurs responsables du gouvernement.

“Nous avons démonté un réseau de comptes et de pages ougandais coupables de ‘comportement inapproprié’ dont le but était d’influencer le débat en amont de cette élection”, a expliqué Kezia Anim-Addo, la responsable de la communication du réseau social cité par le quotidien ougandais. “Étant donné l’élection à venir, nous avons agi vite”, a-t-elle ajouté.

La main de “forces étrangères”

Cette immixtion de l’entreprise américaine a fait bondir les responsables du parti au pouvoir, le NRM, tout autant qu’elle alimente leur propagande. “Honte aux forces étrangères qui pensent qu’elles peuvent aider une marionnette à conquérir le pouvoir en Ouganda en désactivant les comptes des militants du NRM”, a dénoncé l’attaché de presse du président ougandais.À lire aussi Ouganda. Bobi Wine, la star du reggae qui défie le despote Museveni

Depuis des mois, les proches de Yoweri Museveni accusent leur principal opposant, l’ancien reggaeman Bobi Wine, très populaire, d’être soutenu par des pays étrangers. Ashburg Kato, un blogueur proche du pouvoir, a d’ailleurs accusé Facebook d’avoir agi à la suite d’une demande de l’opposant.

Tout le réseau social devenu inaccessible

“Que le président coupe tout Facebook en Ouganda”, a alors lancé Ashburg Kato. Une provocation qui a suscité la colère de certains des 2,5 millions d’utilisateurs du réseau social en Ouganda. Il ne croyait pas si bien dire.

Dans la nuit du lundi 11 au mardi 12 janvier, nombre d’Ougandais se sont plaints d’un soudain ralentissement du réseau social, devenu quasi inaccessible. “Je me suis réveillé et j’ai utilisé Facebook à 3 heures du matin. Puis j’ai réessayé à 7 heures, mais c’était devenu impossible, explique un internaute au quotidien ougandais. Je n’ai pourtant jamais utilisé ce compte pour des activités politiques.”

Le porte-parole de la Commission de communication du pays, Ibrahim Bbosa, a assuré que ce ralentissement pouvait être le résultat d’un trafic plus dense, mais beaucoup soupçonnent une censure. […]

« Les GAFA fonctionnent désormais de la même manière que les médias traditionnels »

D’autres, tout aussi nombreux, critiquent la censure sélective pratiquée par ces réseaux sociaux, s’en prenant aux uns et épargnants largement les autres. « Il y a une forme de rétablissement du délit d’opinion et de la censure comme outil d’action politique pour ces plateformes. On peut parler de nouvelle prohibition avec cette atteinte à la liberté d’expression », explique l’essayiste Anne-Sophie Chazeaud, auteur de « Liberté d’inexpression : des formes contemporaines de la censure ».

« Les GAFA fonctionnent désormais de la même manière que les médias traditionnels : ils disent la même chose, pensent la même chose et pratiquent la même censure. Ils deviennent en réalité des prescripteurs d’opinion selon une partition entre mondialistes d’un côté et souverainistes de l’autre », poursuit-elle.

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