Pakistan : manifestations anti-Français dispersées par la police, policiers pris en otage (Maj)

Libération des policiers pris en otage par des manifestants anti-France

Un officier de police lors de la dispersion des manifestants du parti d’islam politique Tehrik e-Labaik au Pakistan, le 18 avril 2021. Photo Reuters/Stringer

Onze policiers pakistanais pris en otage par des manifestants anti-France d’un parti islamiste radical ont été libérés à l’issue de négociations, a annoncé lundi le ministère de l’Intérieur.

Les policiers avaient été enlevés et conduits dimanche dans la mosquée du Tehreek-e-Labbaik (TLP) à Lahore, au cours de violentes manifestations. Une vidéo mise en ligne dimanche, dont l’authenticité a été confirmée à l’AFP par la police, montrait des policiers blessés, certains en sang et contusionnés, un bandage autour de la tête.

Le ministre de l’Intérieur Sheikh Rashid Ahmed a indiqué que les policiers avaient été libérés tôt lundi à l’issue de “négociations” avec le parti Tehreek-e-Labbaik (TLP), officiellement interdit depuis la semaine dernière par le gouvernement qui l’a classifié comme organisation terroriste.

Les officiers étaient retenus dans une mosquée appartenant au TLP, dans laquelle se sont regroupés des partisans de ce mouvement. Elle était encerclée par la police.

“Des premières négociations ont été entamées avec le TLP, elles ont réussi”, a déclaré M. Rashid dans une vidéo sur Twitter. “Ils ont libéré les 11 policiers qui avaient été pris en otage”, a-t-il ajouté, précisant qu’une deuxième série de négociations aura lieu plus tard lundi, sans que l’on connaisse leur objet.

Les islamistes avaient fixé au 20 avril la date limite pour l’expulsion de l’ambassadeur français. Des manifestations anti-France ont eu lieu dans plusieurs villes du pays, entraînant la mort de six policiers et conduisant l’ambassade de France à appeler ses ressortissants à quitter provisoirement le pays.

Le parti est depuis des mois à l’origine d’une campagne anti-France depuis que le président Emmanuel Macron a défendu le droit à la caricature au nom de la liberté d’expression. Le dirigeant français s’était exprimé au cours de l’hommage rendu à un enseignant tué le 16 octobre après avoir montré des dessins satiriques à sa classe, dans la foulée de la republication de représentations du prophète Mahomet par l’hebdomadaire Charlie Hebdo.

– Seconde série de négociations –

La semaine dernière, l’ambassade de France au Pakistan a recommandé à ses ressortissants de quitter provisoirement le Pakistan, un appel qui semble avoir été largement ignoré.

“Les partisans du TLP sont entrés dans la mosquée et la police s’est également retirée”, a déclaré M. Rashid. “Espérons que les autres questions seront réglées lors de la seconde série de négociations”.

Les islamistes protestent depuis la semaine dernière contre la détention de leur chef, qui a été arrêté pour avoir demandé l’expulsion de l’ambassadeur de France.

Des dirigeants du TLP affirment que plusieurs de ses partisans ont été tués lors des affrontements de dimanche. “Nous ne les enterrerons pas tant que l’ambassadeur de France ne sera pas mis à la porte”, a déclaré dans une déclaration vidéo Allama Muhammad Shafiq Amini, un dirigeant du TLP.

Le gouvernement du Premier ministre Imran Khan a interdit la semaine dernière le TLP, le qualifiant d’organisation terroriste.

Pourtant, samedi, il a laissé entendre que le parti n’avait pas été interdit en raison de son idéologie mais plutôt pour ses méthodes.

“Laissez-moi être clair avec les gens d’ici et d’ailleurs: notre gouvernement n’a pris des mesures contre le TLP, en vertu de notre loi antiterroriste, que lorsqu’il a contesté l’autorité de l’Etat, eu recours à la violence dans la rue et attaqué la population et les forces de l’ordre”, a-t-il tweeté.

Le 12 avril 2021:

Les partisans d’un mouvement islamiste radical se sont réunis dans la deuxième plus grande ville du pays après l’arrestation de leur leader.

Des manifestants se sont rassemblés à Lahore après l’arrestation du leader du parti TLP, qui appelait à l’expulsion de l’ambassadeur français. AFP/Arif ALI 

La police pakistanaise a dispersé des milliers de partisans d’un parti islamiste radical ce lundi à Lahore (est) après l’arrestation de son chef quelques heures plus tôt. Saad Rizvi, le dirigeant du Tehreek-e-Labbaik Pakistan (TLP), un influent mouvement extrémiste, a été arrêté à Lahore, selon des responsables de son parti. Son arrestation a été confirmée par la police, qui n’a pas précisé les charges retenues contre lui. Il avait essayé d’organiser une marche sur la capitale, Islamabad, le 20 avril pour exiger le départ de l’ambassadeur de France.

Des milliers de manifestants, qui bloquaient des rues et des carrefours à Lahore, la deuxième plus grande ville du Pakistan, ont été dispersés par la police à l’aide de gaz lacrymogène et de canons à eau, a constaté l’AFP.

Colère autour des caricatures

Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le chef adjoint du TLP, Syed Zaheer-ul-Hasan Shah, a déclaré que l’arrestation de Saad Rizvi signifiait que le gouvernement avait violé un accord en vue d’expulser le diplomate français. Saad Rizvi est le fils de Khadim Hussain Rizvi, l’ancien dirigeant du TLP, mort en novembre. Il a été pour une large part derrière les manifestations antifrançaises, souvent houleuses, qui ont agité le Pakistan à l’automne après la republication des caricatures du prophète Mahomet par l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo.

Le TLP avait également mobilisé des milliers de manifestants pour protester contre des déclarations du président français Emmanuel Macron, qui avait défendu le droit à la caricature au nom de la liberté d’expression, au cours de l’hommage rendu à un enseignant tué le 16 octobre après avoir montré des dessins satiriques à sa classe. Les partisans du TLP avaient paralysé l’an dernier la capitale pendant trois jours avec une série de rassemblements contre la France.