Paris : 200 clandestins manifestent pour obtenir des rendez-vous en préfecture, « On veut juste travailler, payer notre loyer, améliorer notre situation »

Plus de 200 étrangers sans papiers et leurs soutiens se sont rassemblés ce vendredi 12 mars devant la préfecture de Paris pour dénoncer le fait qu’ils ne parviennent pas à obtenir des rendez-vous pour déposer leurs demandes de titres de séjour. Parmi les manifestants, une jeune mère algérienne de 28 ans arrivée en France il y a quatre ans, Sarra, tente depuis un an d’obtenir un rendez-vous en préfecture, sans succès.

« On veut juste travailler »

« On nous dit qu’il y a des retards de traitement. On dirait qu’on est invisibles », a déclaré Sarra. « J’ai un Master de gestion, a-t-elle répété fièrement. On veut juste travailler, payer notre loyer, améliorer notre situation. » Pour la troisième fois, un collectif d’associations a déposé quelque 80 recours en référé ce vendredi dans toute l’Ile-de-France. Deux actions similaires avaient été organisées – en décembre et janvier – devant des tribunaux administratifs de la région.

« Lors du dernier dépôt collectif fin janvier en Seine-Saint-Denis, sur la trentaine de référés déposés, 27 ont reçu une réponse favorable. C’est donc une démarche qui fonctionne, même si on voudrait bien s’en passer », a expliqué Jean-Michel Delarbre, secrétaire fédéral de la Ligue des droits de l’homme de Seine-Saint-Denis. Les manifestants arboraient des banderoles comme « Un rendez-vous pour toutes et tous » ou  « Préfecture, prise de rendez-vous impossible ».

« Je suis venu manifester pour avoir un rendez-vous. J’essaie d’en avoir un depuis le 1er janvier », a expliqué à Amadou, 60 ans, arrivé du Sénégal il y a cinq ans. « C’est trop compliqué d’avoir un rendez-vous », dénonçait aussi Dama, Malien de 40 ans, employé depuis huit mois par une entreprise d’entretien.

Des élus et des associations présents

Élus et associations ont vertement critiqué, au micro, l’obligation de dématérialisation des demandes de titre de séjour. « La dématérialisation, c’est un moyen de rendre invisible les personnes migrantes », a estimé Clémence Lormier, une responsable de l’association La Cimade. Le député de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière (LFI) a assuré que certains étaient contraints de payer « plusieurs centaines d’euros sur le marché noir » pour obtenir un rendez-vous en préfecture.

« Le 30 mars, on va déposer un référé en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne pour attaquer, comme à Rouen, la décision préfectorale sur la dématérialisation », a annoncé Jean-Michel Delarbre. Le 18 février, le tribunal administratif de Rouen avait jugé illégal un arrêté de la préfecture de Seine-Maritime qui imposait aux personnes étrangères de faire leurs démarches en ligne.

Ouest-France