Paris : À Sciences Po, la gauche radicale gagne du terrain

Selon une étude, ce sont les étudiantes qui représentent le «potentiel protestataire» le plus élevé. Des étudiants de Sciences Po toujours plus à gauche et tentés par la radicalité. Rue Saint-Guillaume, la protestation a gagné du terrain. Et ce sont parmi les jeunes femmes que ces caractéristiques sont les plus accentuées. Voici le portrait que dressent le politologue Martial Foucault et la sociologue Anne Muxel des élèves de Sciences Po, dans l’ouvrage Une jeunesse engagée, paru le 6 octobre (Presses de Sciences Po).

Une vaste enquête qui, en pleine campagne présidentielle, a sondé la communauté étudiante sur ses idées et ses valeurs, vingt ans après une étude similaire. Entre-temps, les droits des minorités, le sujet du genre et plus récemment le «wokisme» sont montés en puissance dans cette école qui forme de futurs cadres dirigeants.

En 2022, 71 % des étudiants disent se situer «à gauche», soit 14 points de plus qu’en 2002. Un déplacement davantage prononcé chez les femmes (78 %, contre 64 % pour les hommes). Au premier tour de l’élection présidentielle 2022, plus que les étudiants, elles ont massivement voté pour le candidat de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon (59 % contre 48 %). En parallèle, elles ont moins donné leur voix à Emmanuel Macron (18 % contre 26 %). Indépendamment du sexe, «le tropisme de gauche est toujours le même, mais avec un glissement majeur vers la gauche radicale», constate l’enquête.

L’expression #MeToo

Politisés et engagés, les étudiants de Sciences Po l’ont toujours été, à la Libération, lors de l’avènement de la Ve République, ou encore en 1968. Ils sont aujourd’hui 54 % à se dire «fortement politisés». Et si les jeunes hommes le sont plus (66 %) que les jeunes femmes (48 %), ces dernières sont davantage tentées par la contestation et la radicalité. Plus promptes à manifester (65 % contre 57 %), à faire grève (20 % contre 14 %), à signer une pétition (80 % contre 71 %), mais aussi à participer à un blocage (20 % contre 16 %)… Elles représentent un «potentiel protestataire» plus élevé.

Dans le même temps, le militantisme des hommes semble plus conventionnel: 41% des étudiants ont participé à un meeting, contre 27 % chez les étudiantes. Ils sont davantage présents dans les partis politiques et les syndicats, quand le militantisme associatif apparaît nettement plus répandu parmi les femmes (+ 20 points par rapport aux hommes). Les étudiantes sont aussi plus nombreuses à renier un héritage de droite: parmi celles qui positionnent leurs pères à droite, seules 17 % se situent du même bord politique, contre 35 % chez les garçons. Globalement, le positionnement à droite des élèves de l’école a largement reculé en vingt ans, passant de 22 % à 14 %. Une véritable «érosion».

Quid des valeurs? Deuxième cause – derrière le climat – pour laquelle les étudiants disent être prêts à se battre, la défense des droits des femmes et la dénonciation des violences sexuelle mobilise d’abord les femmes (20 % contre 6 % d’hommes). De même, la mobilisation pour les droits LGBTQ+ est davantage mentionnée par les femmes, quand le patriotisme est plus prononcé parmi les hommes (61 % contre 39 % des femmes). À la question de savoir si toutes les différences entre les hommes et les femmes sont «artificielles et uniquement produites par la société», les trois quarts des élèves interrogés répondent par l’affirmative. Sans surprise, plus de huit étudiantes de Sciences Po sur dix contestent l’idée d’assignation des rôles par l’identité sexuelle (contre 60 % pour les hommes). Elles se montrent également moins attachées à l’ordre et aux traditions (- 14 points par rapport aux hommes).

Parmi une liste de mots proposés, l’expression #MeToo est celle qui, tous sexes confondus, recueille le plus d’opinions positives (88 %). À l’inverse, le «wokisme», qui se heurte au «fort attachement des étudiants à la démocratie représentative», suscite davantage de rejet, une minorité d’étudiants (47 %) lui attribuant un contenu positif.

Le Figaro