Paris : « Après le confinement, c’était impossible de revenir »… Ces familles qui fuient les écoles de la capitale

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Flavacourt (Oise), jeudi. Camilla, 7 ans, en CE1, était scolarisée dans une école parisienne. Après le confinement, ses parents ont décidé de quitter la capitale pour s’installer dans l’Oise, dans le village de Labosse.

A Paris, les écoles se vident : 3.700 élèves en moins dans les établissements publics du premier degré à la dernière rentrée ! Une accélération inédite qui touche même le privé pour la première fois.

Si le confinement a joué un rôle, «trop de monde, pas assez d’espace, pas d’extérieurs, la promiscuité sur les trottoirs», le développement du télétravail est avant tout l’élément déclencheur pour les familles. Témoignages.

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De la vie urbaine parisienne à celle, radicalement différente, de la campagne dans l’Oise, Camilla a dû s’habituer. Ce jeudi en fin d’après-midi, l’écolière de 7 ans, en CE1, a le sourire quand elle aperçoit sa mère Marie, venue la chercher devant le petit établissement scolaire de Flavacourt, moins de 700 habitants. « Ça me change de Paris, c’est une petite école ici, et la fille de ma maîtresse est dans ma classe! », s’étonne la fillette.

L’année dernière, elle était scolarisée dans un établissement du 10e arrondissement de Paris, à deux minutes à pied de l’appartement familial, près du métro Colonel-Fabien. Cette année, Camilla doit se rendre en classe en bus scolaire. Comme elle, ils sont 3723 élèves à avoir quitté les écoles publiques parisiennes du premier degré (maternelle et primaire), selon les calculs du rectorat de Paris. « C’est une baisse inédite ! »

«Il faut relativiser ces mouvements»

Le confinement a-t-il été un déclencheur? Pour Camilla et sa famille, c’est certain. Quitter Paris pour s’installer à la campagne est devenu une réalité lors de cette crise sanitaire. C’était d’abord temporaire. Comme « 200 000 Parisiens », selon une étude de l’Insee publiée fin août, Marie, Sergio et leurs deux filles, Martha et Camilla, se sont « exilés » entre mars et mai. Jusqu’à Labosse, paisible village de 400 âmes dans l’Oise, à 80 km au nord de Paris. Après l’autoroute A15, on serpente sur des routes entourées de champs. Le tumulte de la ville est vraiment loin. « On y avait notre maison secondaire, achetée il y a quatre ans », précise Marie, 41 ans.

Quand il a fallu revenir à Paris, mi-mai, pour le retour des filles à l’école, « on s’est retrouvé confrontés aux problématiques citadines : trop de monde, pas assez d’espace, pas d’extérieurs, la promiscuité sur les trottoirs… » Après discussion, la famille décide alors de poser ses valises dans sa charmante maison de campagne enveloppée d’un jardin où sont installés trampoline et balançoire.

« C’est maintenant devenu notre résidence principale, sourit la quadragénaire. Ce n’était pas du tout prévu, d’ailleurs si on y avait pensé avant, on n’aurait pas installé des radiateurs électriques et laissé les fenêtres sans double vitrage. Mon père se moque gentiment de nous, il nous appelle les coronaruraux. »

Cette famille est loin d’être un cas isolé. Hélène, habitante dans le 10 e, a elle aussi fait le choix de quitter la capitale avec son mari et ses trois garçons de 1, 7 et 10 ans. « Nous venons d’emménager à Clamart (Hauts-de-Seine) dans un pavillon avec jardin, détaille la tout juste quadragénaire. Après avoir été confinés dans une maison en Normandie, c’était devenu impossible de revivre à Paris… A notre retour dans l’appartement, on a été frappés par les bruits des voisins, de la circulation, des ambulances… » L’idée de partir amorcée il y a deux ans s’est donc concrétisée.

Une diminution constante depuis dix ans, selon le rectorat

Partir ne signifie pas pour autant quitter la région parisienne, comme le souligne l’étude de l’Insee, publiée fin août, qui se base sur des chiffres de 2017 où « 55 % des 128 000 partants [cette année-là] sont restés en Ile-de-France », à l’instar d’Hélène, dont les deux aînés ne fréquentent désormais plus l’école de leur ancien quartier parisien.

«Après le confinement, c’était impossible de revenir»… Ces familles qui fuient les écoles parisiennes

Patrick Bloche, maire adjoint (PS) à l’éducation, relativise ces mouvements démographiques à Paris. Pour lui, cette évasion des élèves « est structurelle », puisque ce mouvement se constate depuis plusieurs années. En sept ans, « les écoles primaires publiques à Paris ont perdu environ 15 000 élèves pour s’établir aujourd’hui à 119 500 enfants », détaille-t-on au cabinet de l’élu. « Nous sommes sur une diminution constante depuis dix ans, abonde le rectorat. En 2019, on enregistrait 2770 élèves de moins, en 2018 : 2095. Mais, sur cette rentrée, la baisse est plus forte qu’escomptée », concède le rectorat.

Une première perte d’élèves dans le privé depuis 20 ans

Si tous les arrondissements sont touchés, certains le sont plus que d’autres, comme les 18, 19, 10 et 20 e. « Paris Centre voit ses effectifs diminuer de façon très sensible, cela s’explique majoritairement par l’effet d’éviction des logements du marché locatif par Airbnb », décrypte Patrick Bloche. « Il n’est observé aucun effet démographique d’une fuite vers le privé », constate-t-on au cabinet de l’adjoint.

Et pour cause. Les écoles privées perdent aussi des élèves dans le premier degré. « Nous avons une baisse de 283 écoliers sur 28 380 en maternelle et primaire », détaille Etienne Tercinier des ressources humaines au diocèse à Paris. Si cette « diminution de 0,8 % est légère, elle est le signe d’un changement.

En vingt ans, jamais l’enseignement catholique à Paris n’avait enregistré une perte d’élèves. Paris se vide de ses enfants pour deux raisons : le prix de l’immobilier (NDLR : en moyenne 10 000 euros le mètre carré) qui empêche les familles de devenir propriétaires.

Et on constate un effet Covid. Des parents, en mesure de télétravailler, ont expliqué aux directeurs de nos écoles partir de Paris pour s’installer en province. »

Si des classes ont été ouvertes in extremis à la rentrée dans les académies de Versailles, notamment dans le Val-d’Oise dans 41 écoles, et de Créteil, où 12 classes ont été ouvertes dans les Hauts-de-Seine, en raison d’une hausse du nombre d’élèves dans certains secteurs, impossible, à ce stade, de lier ces chiffres. « C’est prématuré d’avoir des statistiques », insiste-t-on aux rectorats de Versailles et de Créteil. Même réponse au ministère de l’Éducation nationale…

Cette arrivée d’ex-familles parisiennes se traduit concrètement dans le secteur de l’immobilier. « Depuis le 11 mai, nous réalisons beaucoup de ventes avec des Parisiens habitants intra-muros, constate Julia Delautre, conseillère immobilière chez Iadfrance et chasseuse de biens depuis sept ans dans le secteur de Compiègne (Oise). C’est une clientèle avec un important pouvoir d’achat.

Ainsi le prix est passé de 3000 à 3500 euros le mètre carré à 3500-4500 euros le mètre carré dans le fameux triangle d’or de Compiègne. Cette cliente parisienne est moins exigeante, s’accommodant plus facilement d’un vis-à-vis, d’une mitoyenneté ou d’une absence de garage. Tout cela accélère inévitablement le marché immobilier qui était déjà très tendu. »

Le télétravail a été l’élément déclencheur

Leur profil ? « Beaucoup ont entre 35 et 40 ans, sont cadres avec de bonnes situations professionnelles et des enfants. Souvent Mme est en profession libérale avec la possibilité d’ouvrir son cabinet. Parmi les raisons qui les poussent à s’installer ici, il y a le développement du télétravail, cela leur permet de ne plus vivre à Paris, mais d’y aller seulement deux jours par semaine. D’où l’intérêt aussi très marqué pour des quartiers résidentiels proches de la gare. »

Un constat partagé en grande couronne, au sein de l’agence Orpi d’Argenteuil (Val-d’Oise) où « les prix, en moyenne de 3000 euros le mètre carré était en hausse de 2 à 3 % jusqu’en août. Les Parisiens qui s’installent ici veulent être à proximité de la gare, avoir un extérieur et une bonne école », détaille Loïc Gilibert, gérant de cette agence dans laquelle il officie depuis 17 ans. Thomas Lefebvre, directeur scientifique chez Meilleurs Agents constate ainsi « une hausse globale des prix dans l’Oise de 1,3 %, de 0,5 % en grande couronne et 0,6 % en petite couronne. A voir si cette tendance ce confirme. »

« Chaque année des familles quittent Paris, tempère Martin Omhovère, directeur du département Habitat et Société de l’Institut Paris Région (IPR). Pour lui, plus que le confinement, c’est le télétravail qui peut « décider une famille potentiellement à s’installer ailleurs ». Toujours selon une des études de l’IPR, publiée début octobre, « 39 % des actifs franciliens ont [d’ailleurs] eu recours au télétravail pendant le confinement contre 18 % avant ».

«On a des emplois qui nous permettent d’être libres»

Ce qui est le cas des « coronaruraux » Marie et Sergio. « On a des emplois qui nous permettent d’être libres, confirme Marie. Mon compagnon est photographe en architecture, je suis son assistante. Pour travailler, il me faut une bonne connexion Internet, ce qu’on a grâce la fibre, arrivée juste avant le confinement. »

Une fois la question du travail réglée, Sergio et Marie ont imaginé la vie que pouvaient mener leurs filles. « Elles sont à l’âge idéal pour profiter de la campagne », se sont-ils dit. « Aujourd’hui, elles adorent. Camilla fait du poney, Martha des courses d’orientation avec le collège. » A son retour des cours, ce lundi, la préadolescente confie, tout en dégustant un pain au chocolat, « apprécier l’espace de la maison. Ici, c’est plus grand qu’à Paris, on a chacune notre chambre, un jardin, une cheminée. »

Tout n’est pas rose pour autant. « Il n’y a rien, pas de magasins, de restaurants, que des maisons. Et, quand je vais à l’école, il n’y a qu’un bus le matin et le soir, même si je finis plus tôt, je ne peux pas rentrer… » La famille a dû « acheter une deuxième voiture (NDLR : Sergio est beaucoup en déplacement pour son travail) » pour les courses qu’il faut maintenant faire en gros. Camilla, elle, espère « se faire des amis ».

Dans ce village de l’Oise, le temps se vit autrement

Marie les écoute, avec attention. « Elles sont en première ligne du changement car leur environnement est différent de ce qu’elles ont vécu. » A Paris, tout était à proximité : commerces, écoles… Mais pour cette famille, il fallait saisir l’occasion. La crise a changé le quotidien. « On ne peut plus profiter de la vie urbaine comme nous le faisions avant », réagit Marie, qui après avoir déposé les filles à l’école aimait prendre un café. « Avec les voisins, on s’entraidait avec les enfants, on avait une vie sociale pleine », sourit-elle sans nostalgie. A Labosse, le temps se vit autrement.

Cette fuite des familles parisiennes n’est pas sans conséquence sur le fonctionnement des établissements scolaires publics du premier degré avec des inconvénients et des avantages. « Nous avions 23,4 élèves par classe en moyenne en 2017 et nous sommes maintenant à 21,2. Cela nous aide à avoir un meilleur taux d’encadrement pour les élèves, leur nombre par classe baisse », assure le rectorat, tout en précisant avoir « dédoublé deux tiers des classes de grande section en éducation prioritaire. »

De quoi renforcer des inégalités avec des départements moins bien lotis. « On est sans doute plus avantagé que la Seine-Saint-Denis ou le Val-de-Marne », concède Patrick Bloche. Dans l’académie de Versailles, le taux d’encadrement était de « 23,7 l’an dernier »…

«Nous souhaitons garder les familles à Paris», assure la Ville

Mais, si les écoles parisiennes continuent de se vider de ses élèves, la situation peut devenir problématique, bien que le rectorat indique « que les moyens ne baissent pas ». « En quatre ans, nous avons fermé deux écoles, une de maternelle dans le 3e arrondissement il y a quatre ans et une dans le 6e il y a deux ans », détaille l’adjoint. Cette année, la baisse des effectifs a entraîné « plusieurs fusions » d’établissements scolaires, trois pour être précis. « Nous sommes passés de 652 écoles l’année dernière à 649 cette année », souligne Patrick Bloche.

Le Parisien

3 Commentaires

  1. Pauvres choux, j’en ai les larmes aux yeux dis-donc. Par contre, Zezette, tu nous parles pas de tes amis colorés ? Un oubli sûrement ?

  2. Quel monument d’hyprocrisie.

    -“confrontés aux problématiques citadines : trop de monde, pas assez d’espace, pas d’extérieurs, la promiscuité sur les trottoirs
    Oui c’est ça, c’est une question d’espace….
    (vital ?)

    -“charmante maison de campagne enveloppée d’un jardin où sont installés trampoline et balançoire

    Ils ont tout ça dans les squares parisiens, où était le problème, alors?

    -“A notre retour dans l’appartement, on a été frappés par les bruits des voisins, de la circulation, des ambulances… »”
    Oui voilà, ils partent pour ne plus vivre dans une ville où il y a des…… ambulances.

    Donc d’après le Parisien, des milliers de familles parisiennes blanches avaient anticipé depuis 2015, date de la “crise des migrants”, le confinement de la mi-2020, et avaient fui la ville préventivement. Pour fuir… les ambulances et les trottoirs.

    Et le blé poussait tellement dru, grâce à la bonne gestion soviétique, que les enfants pouvaient tenir dessus debout.

  3. Ce white flight vide le shithole Pourrisien de ses principaux contribuables. Ne va plus rester qu’une métropole tiers-mondisée par sa population africaine.
    J’en suis heureux pour les petits car ce sont autant d’enfants qui seront préservés un temps de la mixité forcée à l’école de la ripoublique. J’ai un soupir de soulagement (car c’est le passé pour moi) à chaque fois que je croise à Boulogne des parents FDS pressant leurs petits enfants sur le parvis d’écoles afrobougnisées, tout en les plaignant sincèrement de la vie de m. qu’ils s’infligent à eux et surtout à leur enfants.

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