Paris : La «maladie du rat» inquiète les autorités en vue des JO de 2024

Temps de lecture : 4 minutes

Une étude est en cours à la mairie de Paris, qui veut éviter une future contamination à la leptospirose des athlètes et des Franciliens en cas de baignade dans la Seine.

1,4 milliard d’euros. Les pouvoirs publics s’apprêtent à dépenser d’astronomiques sommes d’argent pour tenter de rendre la Seine propre à la baignade d’ici les Jeux olympiques de 2024. Le défi s’annonce ardu, avec de nombreux travaux à réaliser à Paris et sa banlieue.

Car aujourd’hui, l’eau du fleuve n’est pas d’une qualité suffisante pour que l’on y fasse trempette, selon les normes européennes. Du côté de l’équipe d’Anne Hidalgo, on redoute que les futurs baigneurs soient contaminés par la leptospirose, plus connue sous le nom de «maladie du rat».

Cette maladie infectieuse se transmet par l’urine des petits rongeurs, très nombreux dans la capitale. Or, lorsqu’il pleut, les réseaux d’eau débordent et se déversent dans la Seine. «Les inondations, les ouragans, et tous les phénomènes climatiques extrêmes favorisent la transmission de la maladie», relève Mathieu Picardeau, responsable du Centre national de référence (CNR) des leptospires de l’Institut Pasteur. Ces bactéries ayant tendance à survivre en milieu aquatique, le risque de transmission à l’Homme est bien réel.

Une étude en cours

Une thèse sur le sujet est en cours à Eau de Paris, l’opérateur public en charge de la production et de la distribution de l’eau dans la capitale. Cette étude, réalisée par une étudiante nantaise en partenariat avec l’Institut Pasteur, doit permettre de voir s’il est possible de détecter des leptospires dans l’eau du fleuve. La thèse, menée sur trois ans et qui arrive bientôt à son terme, doit aider à mettre au point des techniques pour identifier ces bactéries pathogènes en période estivale, par exemple dans le canal de l’Ourcq ou le bassin de la Villette, déjà ouvert à la baignade.

D’après l’hôtel de Ville, l’avancée de ces travaux ne «permet de communiquer des résultats, même partiels» de ces travaux. Mais une source bien informée, contactée par nos soins, prouve l’inverse : «On en trouve (des leptospires, NDLR), même si c’est irrégulier et dans de faibles concentrations», affirme-t-elle.

Régulièrement pointée du doigt pour ses populations de rats – dont le nombre est impossible à chiffrer, mais se compte en millions, selon les spécialistes – la ville de Paris veut éviter un mauvais coup de com’ lors des Jeux olympiques. Avec un risque sanitaire bien réel. Cette maladie infectieuse entraîne le plus souvent des symptômes grippaux : forte fièvre, courbatures. Mais parfois, elle peut évoluer vers des formes graves avec à la clé des hémorragies, des atteintes hépatiques, neurologiques (convulsions, coma) ou rénales.

Et, dans 5 à 20% des cas, la mort. Chaque année, on recense plus d’un million de cas sévères de leptospirose dans le monde, principalement en Asie du sud-est, Pacifique, Amérique latine, avec un taux de mortalité supérieur à 10%. Des chiffres «probablement sous-évalués», selon Mathieu Picardeau. À Paris et sa banlieue, les hivers de plus en plus doux pourraient favoriser la résistance des leptospires dans l’eau. «La “lepto” est en train de monter», certifie un scientifique.

60.000 décès par an dans le monde

La France est en effet l’un des pays industrialisés qui a «l’incidence la plus élevée» en termes de leptospirose, à environ 1 cas pour 100.000 habitants, selon l’Institut bordelais de médecine tropicale. Le nombre de cas a plus que doublé en dix ans, passant d’environ 300 à 600 formes sévères. Depuis 2014, ce chiffre stagne, «notamment en raison d’un mauvais diagnostic de la maladie», note Mathieu Picardeau.

«Les médecins ne sont pas sensibilisés et ne vont pas forcément diagnostiquer un patient avec des signes de “lepto”, qui présente des symptômes d’une forte grippe», précise-t-il. Et d’ajouter : «Nos outils de diagnostics, des tests PCR ou sérologiques, sont anciens et très peu sensibles, donc pas très efficaces. Il n’y a pas de marché, donc pas d’effort de la part des laboratoires d’en créer de nouveaux».

Pas de marché donc. Pourtant, dans le monde, au moins 60.000 personnes décèdent chaque année de cette maladie, selon une récente étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En France, le nombre de décès est inconnu, la faute, encore une fois, à un manque de diagnostic. Un vaccin existe: il est appliqué à tous les professionnels ayant une activité à risque, les égoutiers en pôle. Mais il ne protège que contre l’un des «sérovars» (propriété antigénique permettant d’identifier une cellule, NDLR) du virus.

«On ne peut pas recommander à la population de se vacciner, le vaccin nécessitant trois injections avec un rappel tous les deux ans», reconnaît Mathieu Picardeau. Fort heureusement, les antibiotiques sont très efficaces contre cette maladie.

«Problème de santé publique»

En mai 2018 toutefois, un triathlète est mort de la leptospirose en Gironde. L’homme, qui s’entraînait régulièrement dans le lac des Dagueys, à Libourne, était âgé de 44 ans. Il était en parfaite santé physique en tant que sportif de haut niveau. «La leptospirose est un problème de santé publique», tranche l’Institut de médecine tropicale. À l’été 2024, ce seront justement les triathlètes et les nageurs en eau libre qui auront donc la chance d’inaugurer la baignade dans la Seine durant les Jeux olympiques. Avant que l’ensemble des Franciliens n’y soient autorisés un an plus tard.

À l’hôtel de Ville, on craint un scénario similaire à celui de Rio 2016. La baie brésilienne, dans laquelle était rejetée l’intégralité des eaux usées, avait provoqué nausées, vomissements et autres gastro-entérites à certains athlètes lors de la quinzaine. Pour dépolluer les eaux, un budget de 4 milliards de dollars avait été annoncé. Finalement, seulement 170 millions de travaux avaient été réalisés. «La même chose à Paris, avec en plus, des contaminations à la leptospirose? Ce serait une catastrophe, nous avons un standing à tenir», souffle un adjoint historique d’Anne Hidalgo.

Le Figaro

5 Commentaires

  1. Il faut mobiliser le 13e arrondissement, le rat séché fait partie de la pharmacopée traditionnelle, rien ne doit se perdre.

Les commentaires sont fermés.