Paris : Mahmud Nasimi, réfugié littéraire afghan, poète des cimetières, présente son nouvel ouvrage, de Kaboul à Victor Hugo

En quittant, ou plutôt en fuyant l’Afghanistan en 2013, Mahmud Nasimi ne parlait pas un mot de français. Et pour tout dire, cet étudiant en Sciences politiques était fâché avec les livres, il préférait courir derrière son cerf volant. 

Aujourd’hui et après 730 jours de traversée dans l’enfer migratoire, il ne jure que par Baudelaire, Balzac, Hugo et Camus. La langue française est devenue le refuge de cet étranger qui bénéficie auprès de l’OFPRA d’une protection subsidiaire, ne serait-ce pas ça le plus étrange ? Rencontre En Sol Majeur avec celui qui a construit une relation poétique avec les cimetières, celui du Père Lachaise à Paris, en particulier, et qui publie dans une langue qui n’est pas la sienne Un Afghan à Paris.

Je m’appelle Mahmud Nasimi, j’ai 30 ans et je viens d’Afghanistan. J’ai une formation en droit et sciences politiques, puis j’ai fait du journalisme et une formation pour être animateur radio. J’ai quitté mon pays en Avril 2013, et suis arrivé en Belgique en avril 2015. J’ai gagné la France récemment, et j’y ai déposé une demande d’asile. Je ne sais encore si elle aboutira.

J’ai voulu que les européens comprennent bien comment et pourquoi je suis venu jusqu’en Europe. Je ne suis pas venu pour un pique-nique ! J’ai traversé de grosses épreuves, comme beaucoup d’autres réfugiés je pense. Mais j’ai voulu témoigner de mon propre parcours d’exilé, sans chercher à généraliser le sujet.

Certains peuvent croire que les migrants ne sont que des voyageurs, qui ont envie de profiter et de passer du bon temps en Europe. Ce n’est pas mon cas. Je suis venu pour sauver ma vie et la reconstruire. Cela a été un arrachement pour moi de tout quitter : ma famille, mon pays, ma culture, et toutes les petites rues dans lesquelles j’ai vécu des moments inoubliables… Tout ce qui avait fait ma vie pendant 25 ans, j’ai dû y renoncer. Encore aujourd’hui, cela me fait mal à chaque fois que j’y pense.

Je voudrais que les gens se rendent compte de qui je suis. J’ai un grand cœur plein d’affection, d’empathie et d’ouverture. J’aime lire, écrire, dessiner. Au sein d’un groupe, je tente de fédérer les personnes, en leur redonnant de l’énergie. Parfois, un seul sourire suffit pour aider une personne. J’affectionne les notions de respect des droits humains et de dignité. Je réprouve la guerre, les injustices, la violence et la rancune.

Pour l’instant, je ne m’autorise pas trop à imaginer l’avenir, car je sais qu’il dépend de la décision de l’OFPRA. Cela ne veut pas dire que je ne suis pas en mouvement, bien au contraire. J’apprends le français, je prends mes marques, mais je reste concentré sur ma situation présente. J’espère de tout cœur que je pourrai redémarrer ma vie en France.