Paris : Oumar, un chauffeur de la RATP connu de la justice, devant le tribunal pour l’agression et la séquestration d’un couple de viticulteurs dans son bus

Agacé par le bruit de leur valise, le chauffeur s’en était très violemment pris au couple. L’homme était déjà connu de la justice pour des faits d’agression sexuelle et d’infraction à la conduite.

«Je n’arrive pas à le digérer. J’ai toujours expliqué à mes enfants qu’au moindre problème lors d’un trajet en bus, il fallait s’adresser au chauffeur. C’est lui qui est censé réagir au moindre problème» s’est désolée Mathilde S. auprès de Me Lara Fatimi lors de sa première rencontre avec l’avocate. Elle et son mari, Nestor B., tous deux originaires du Beaujolais (Rhône) et âgés de 59 ans, ont été victimes d’une très violente agression perpétrée par un chauffeur de bus de la RATP en février 2022.

En l’espace d’une quinzaine de minutes, les deux viticulteurs ont été séquestrés à bord du véhicule, violentés, frappés et menacés de mort par le chauffeur. Le motif de l’agression ? L’une de leurs valises avait heurté la cabine abritant le poste de conduite du machiniste, déclenchant chez lui un accès de violence inouï. Il comparaîtra demain devant la 29e chambre correctionnelle du Tribunal judiciaire de Paris pour «violences dans un moyen de transport collectif de voyageurs», «dégradation volontaire de biens» et «menaces de mort réitérées».

Le 26 février 2022, il est environ 22 heures lorsque Mathilde S. et Nestor B. montent à bord du bus 29 reliant la Gare Saint-Lazare à la Porte de Montempoivre. En déplacement à Paris pour le salon de l’Agriculture, le couple voyage avec de nombreux bagages, dont des caisses de vin et du matériel d’exposant. L’attirail est lourd, et les deux viticulteurs peinent à s’installer convenablement à bord de l’autobus sérigraphié RATP.

Alors qu’ils s’assoient à l’avant du véhicule, le chauffeur, Oumar T., redémarre en trombe. Une valise du couple percute sa cabine de conduite. L’homme hurle sur les deux voyageurs, lesquels répliquant que c’est sa conduite qui est brusque. Le machiniste voit rouge : il arrête son véhicule au niveau de la rue du Sahel et ordonne à tous les passagers du bus de descendre sur-le-champ.”

«Si vous ne descendez pas, je vous tue»

De nombreux voyageurs décident de ne pas protester et quittent le bus rapidement, mais Mathilde et Nestor refusent de quitter l’habitacle du véhicule. S’ensuit une scène surréaliste et décrite comme «affreusement longue» par l’avocate des victimes : «Le chauffeur ne passe pas à autre chose malgré les tentatives de certains passagers de dialoguer avec lui. De leur côté, mes clients refusent de céder à ses menaces et restent à leur place», décrit-elle pour Le Figaro. L’homme finit par fermer les portes du bus et redémarre violemment, s’affranchissant du trajet prévu par sa ligne et piégeant les deux viticulteurs désormais séquestrés. Les lumières de l’habitacle s’éteignent, plongeant le couple dans la pénombre. Toujours hors de lui, le conducteur du bus poursuit ses invectives en roulant, menaçant de mort le couple : «Si vous ne descendez pas, je vous tue».

Viennent ensuite de graves violences physiques. Sur les vidéos des caméras embarquées du véhicule fournies par la RATP à la police, le chauffeur est filmé à plusieurs reprises en train de faire des allers-retours entre sa cabine et les deux victimes, arrêtant au passage son véhicule sur la route. Lors de ces arrêts, il bouscule Mathilde et frappe à plusieurs reprises Nestor au visage et au buste, sans que celui-ci ne réplique. «C’est une violence unilatérale. Mon client a reçu plusieurs coups de poing. Sur la vidéo, on le voit s’affaisser sur son siège» décrit Me Lara Fatimi. Nestor est même délesté de son téléphone portable, que le chauffeur jette par l’une des fenêtres de l’habitacle, et de ses lunettes, qui n’ont pas été retrouvées par son propriétaire.

Le calvaire du couple semble prendre fin lorsque Mathilde parvient à quitter le bus, profitant de l’ouverture subite des portes du véhicule, de nouveau à l’arrêt. La viticultrice alpague alors un riverain promenant son chien en lui implorant d’appeler à l’aide, pendant que le chauffeur redémarre une dernière fois avec Nestor toujours à son bord. Il sera finalement libéré du bus quelques minutes plus tard, grièvement blessé : plusieurs de ses côtes seront cassées à cause des coups occasionnés par Oumar T. Ce dernier quitte rapidement les lieux au volant de son bus, avant de retourner à son dépôt, sans signaler les faits à sa hiérarchie.

Le chauffeur connu de la justice pour des faits d’infraction à la conduite

Le couple se rend rapidement dans le commissariat du XIIe arrondissement pour porter plainte. Nestor se voit prescrire six jours d’ITT (incapacité totale de travail) et Mathilde trente jours pour le préjudice moral et psychologique subi au cours de cette agression. Le conducteur du bus a été interpellé quelques jours plus tard. Il a reconnu les faits, tandis que la RATP, avertie par les services de police, a transmis à la justice les bandes vidéo tournées par les caméras du bus. Début mars 2022, Oumar T. a été renvoyé en correctionnelle pour avoir commis «des violences dans un moyen de transport collectif de voyageurs», pour des «dégradations volontaires de bien» et des faits de «menaces de mort répétées» a indiqué Me Lara Fatimi au Figaro.

Au cours de l’instruction, le parquet a retenu une circonstance aggravante : la violence «commise dans un moyen de transport collectif». Il n’a en revanche pas retenu la deuxième circonstance aggravante, à savoir la violence commise «par une personne chargée d’une mission de service public», une décision que déplore la défense de Mathilde S. et de Nestor B. «C’est doublement choquant d’être agressé par le chauffeur de son propre bus. Ce dernier a la responsabilité des passagers à sa charge» explique Me Lara Fatimi, qui va demander au tribunal de revenir sur cette décision. Si ces deux circonstances sont retenues par la cour lors de l’audience en correctionnelle prévue aujourd’hui, Oumar T. risque jusqu’à dix ans de prison ferme.

«Pas d’excuse formelle sur les faits»

Parmi les nombreuses interrogations que suscite cette affaire, un élément a retenu l’attention de la défense des plaignants. Oumar T., âgé de 29 ans au moment des faits et résidant chez ses parents, était connu des services de police et de la justice. Son casier judiciaire fait la mention d’au moins trois condamnations, dont une pour «agression sexuelle» et une autre pour «infraction à la conduite».

En mars 2015, le chauffeur avait été condamné à trois mois de prison ferme pour une conduite sans permis. Cette peine a été commuée en travaux d’intérêt général. Ces tâches n’ayant jamais été purgées par l’intéressé, il a été condamné en mars 2022 à vingt-huit jours de prison. La régie autonome des transports parisiens affirme auprès du Figaro que le machiniste a été mis à pied «compte tenu de la gravité des faits», une enquête interne ayant été déclenchée. Une procédure disciplinaire a ensuite été engagée et le machiniste a été licencié en juillet 2022.

«Il y a là soit des manquements de la part de la RATP, qui ne vérifie pas les antécédents judiciaires de ses salariés. Ou alors il n’y a pas besoin de donner son casier judiciaire, ce qui est inquiétant pour la sécurité des voyageurs», s’inquiète Me Lara Fatimi, qui a précisé au Figaro qu’Oumar T. était chauffeur pour la RATP depuis le 1er mars 2019, soit près de quatre ans après sa condamnation pour infraction à la conduite.

Interdiction d’exercer le métier de chauffeur

La RATP a expliqué au Figaro qu’elle «exige un comportement exemplaire de la part de l’ensemble de ses agents» et qu’elle «condamne avec la plus grande fermeté le comportement inexcusable du machiniste». Elle a pourtant longtemps ignoré le signalement de Mathilde et de Nestor, qui ont tenté de faire remonter les faits via un formulaire en ligne, ne recevant par la suite qu’une réponse générique. Dans un échange de courriers que nous avons pu consulter, la régie autonome des transports parisiens s’est excusée du délai de réponse auprès de leur avocate, expliquant que son département juridique n’avait vraisemblablement pas reçu la sollicitation des deux viticulteurs.

La RATP a ajouté qu’une «enquête interne approfondie [avait] été diligentée par [ses] services» afin d’y apporter «une réponse appropriée», ajoutant qu’elle ne pouvait communiquer «des informations personnelles» à propos de son chauffeur. Une réponse qui a fortement déplu Me Lara Fatimi : «Ils ne présentent pas d’excuses formelles pour les faits commis» s’est-elle désolée, avant d’ajouter que ses clients vont mieux sur le plan physique et se remettent peu à peu de leurs séquelles psychologiques.

Oumar T., quant à lui, a été interdit d’exercer le métier de chauffeur dans le cadre de son contrôle judiciaire en attendant son jugement. Une décision qu’il a contestée à l’issue de la première audience en correctionnelle qui s’est tenue le 29 août 2022, le prévenu invoquant le fait qu’il avait «besoin de conduire», ayant été convoqué à un entretien par la SNCF pour un poste de chauffeur. Une demande finalement rejetée par le ministère public.

Le Figaro