Paris : prison ferme pour un Camerounais qui avait menacé de mort 42 députés (MàJ: «Les Français on va vous faire votre fête»)

Un homme de 34 ans a été condamné jeudi à Paris à dix-huit mois d’emprisonnement, dont dix ferme, pour avoir envoyé, début mars par mail, des menaces de mort à 42 députés de tous partis

Dans le box, Armel E. hausse constamment les épaules. Blasé, ce trentenaire au RSA n’essaye même pas d’expliquer pourquoi il a adressé, début mars, une série de trois mails menaçants sans queue ni tête à quelque 42 députés de la nation. « Ma boîte mail a été piratée. Ce n’est pas moi, c’est quelqu’un d’autre », martèle ce livreur de repas à domicile […].

Un dossier exemplaire du phénomène de « la haine en ligne », a estimé la procureur de la République : « C’est assez simple, réfugié derrière son écran, d’envoyer des messages insultants et dégradants, en pensant qu’on ne viendra jamais vous chercher… »

«Les Français on va vous faire votre fête»

Le 5 et 6 mars dernier, ce sont, il est vrai, d’étranges courriers électroniques qu’Alexis Corbière (LFI), Éric Ciotti (LR) et quarante autres parlementaires de toutes obédiences politiques ont découvert sur leur boîte de réception de l’Assemblée nationale. « Les Français on va vous faire votre fête bande de sale arrogants, vous êtes des grands fouteurs de m**** », leur écrit l’expéditeur. « Je rêve d’un ‘Case départ 2’ où ce sont les Africains qui envahissent la France et la rendent esclave », affirme encore l’auteur, en référence à la comédie réalisée par Thomas Ngijol et Fabrice Eboué. « Relisez la Bible ! Dieu sait aussi se montrer très méchant et la crainte de l’Eternel est le commencement de la sagesse. »

Des missives qui promettaient une « décapitation symbolique », accompagnées d’images d’égorgement, d’une couverture de Charlie Hebdo ou de citations de Nelson Mandela… Mais certains détails laissent perplexe. N’ont été visés que des parlementaires dont le nom commence par la lettre C ou M. Plus intrigant encore, le parquet de Paris a lui-même été mis en copie de ces mails… Si bien que les parlementaires ont cru avoir affaire à un dérangé […].

«Sacré plaisantin»

L’adresse mail étant à son nom, les enquêteurs n’ont pas eu de difficulté à remonter la source jusqu’à Armel E.. Ce Camerounais chrétien de 34 ans était « notoirement connu de nos services » pour des faits similaires, selon les policiers. En 2018, il avait déjà été condamné pour « menaces de mort réitérées ». Il encourt, en récidive, 10 ans de réclusion.

« Si c’était moi j’aurais pris un pseudo », martèle Armel E. dans le box, tout à sa théorie du piratage. « Ne vous inquiétez pas, je ne tuerai personne. Je suis chrétien et ça m’interdit de tuer des gens. » Tout cela serait l’œuvre d’un « sacré plaisantin ». Car serait-il idiot au point d’envoyer des insultes sous sa vraie identité ? Armel E. en rit : « Alors je serais bon pour l’hôpital psychiatrique ! »

Personnalité narcissique

Les expertises psychiatriques, justement, ont été prolixes. On lui détecte des « troubles de l’attention à tous les niveaux » et un « trouble de la personnalité narcissique ». On le diagnostique paranoïaque, psychorigide, avec une tendance à se « survictimiser », à « frapper du poing sur la table », à « s’attendre à être reconnu comme supérieur »[…].

«Défense fantaisiste»

Cette défense brinquebalante ne convainc pas la procureure de la République qui évoque « un axe de défense assez fantaisiste ».« Il a largement outrepassé sa liberté d’expression en menaçant de mort des élus », tonne la magistrate, qui requiert 15 mois de prison, dont 6 ferme, avec obligation de soins…

Marianne

Le tribunal correctionnel a ordonné le maintien en détention du prévenu né au Cameroun, déjà condamné en 2018 pour “menaces de mort réitérées”. Cette peine est supérieure aux réquisitions du parquet, qui avait demandé à son encontre quinze mois d’emprisonnement, dont six ferme.

Livreur de repas pour des applications mobiles, il avait été interpellé le 16 mars dans l’hôtel social où il était hébergé à Vincennes (Val-de-Marne).

Il avait dès sa garde à vue contesté les faits. Il s’est redit à l’audience victime d’un piratage informatique. “Vu que je n’en suis pas l’auteur (des menaces, NDLR), c’est la seule explication”, a lancé le prévenu. Un “axe de défense assez fantaisiste”, a estimé la procureure.

Son avocat a plaidé la relaxe.

Les 5 et 6 mars, 42 députés de tous bords, dont les noms commencent par les lettres C ou M, ont reçu des courriels de menaces, accompagnés notamment d’images d’égorgement.

Le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, qui n’a pas été destinataire de ces menaces, avait signalé les faits au parquet de Paris en application de l’article 40 du code de procédure pénale, imposant à toute autorité ayant connaissance d’un crime ou d’un délit de le signaler à la justice.

Une enquête pour “menaces de mort ou d’atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l’encontre d’élus”, confiée à la brigade de répression de la délinquance aux personnes (BRDP), avait été ouverte le 9 mars.

Les députés ne se sont pas constitués parties civiles.

AFP/Notre Temps