Paris : Procès de l’attaque terroriste musulmane au Louvre, le fils de bonne famille égyptien reste une énigme (Màj : 30 ans de prison requis)

24/26/2021

Une interdiction définitive du territoire français a également été demandée contre l’Égyptien de 33 ans jugé pour avoir attaqué à la machette des militaires.

L’accusation a requis jeudi 24 juin trente ans de réclusion criminelle à l’encontre d’un Egyptien de 33 ans, jugé devant la cour d’assises spéciale de Paris pour avoir attaqué à la machette des militaires au Carrousel de Louvre en 2017. En raison de la «gravité» de l’acte et du «maintien» d’Abdalla El Hamahmi dans une idéologie djihadiste, l’avocate générale a également demandé que cette peine soit assortie d’une période de sûreté des deux tiers et a requis une interdiction définitive du territoire français. […]

Le Figaro

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20/06/2021

L’Égyptien qui avait attaqué des militaires de Sentinelle au Carrousel du Louvre en 2017 est jugé ce lundi à Paris. Son profil bien inséré aux Emirats a laissé perplexe les enquêteurs.

Dans la longue liste des attentats commis ou déjoués sur le territoire, celui-ci n’est pas le moins intrigant. Le 3 février 2017, peu avant 10 heures, Abdalla El Hamahmi se jette sur une patrouille de quatre militaires de l’opération Sentinelle, dans la galerie souterraine du Carrousel du Louvre. Armé de deux machettes, ce ressortissant égyptien, aujourd’hui âgé de 33 ans, frappe à plusieurs reprises les soldats aux cris de « Allah Akbar ». L’un d’eux est touché au crâne mais ses blessures sont heureusement superficielles.

Les forces de l'ordre et les secours devant le Louvre le 3 février 2017, après qu'Abdalla El Hamahmi a attaqué à la machette une patrouille de quatre militaires de l’opération Sentinelle, dans la galerie souterraine du Carrousel. LP/Olivier Arandel
Les forces de l’ordre et les secours devant le Louvre le 3 février 2017, après qu’Abdalla El Hamahmi a attaqué à la machette une patrouille de quatre militaires de l’opération Sentinelle, dans la galerie souterraine du Carrousel.

Grièvement blessé par les tirs en réplique, l’auteur de l’attaque s’en sort. Son procès s’ouvre ce lundi 21 juin devant la Cour d’assises spéciale à Paris. Si l’enquête a révélé la minutie avec laquelle ce fils de bonne famille avait préparé son geste, les ressorts intimes de sa radicalisation demeurent mystérieux.

Les investigations ont permis de retracer son parcours. Abdalla El Hamahmi réserve son hôtel dès juin 2016. Il porte son choix sur un établissement de prestige à deux pas des Champs-Élysées. Installé depuis trois ans aux Émirats arabes unis, où il occupe un emploi de directeur commercial dans une entreprise spécialisée dans le conseil en environnement, il prétexte un séjour touristique. Marié et père d’un nourrisson, il voyage seul. Son avion se pose à Paris le 26 janvier 2017.

Envisageait-il une attaque à l’aide d’un Hummer ?

Marié et père d'un enfant, Abdalla El Hamahmi était directeur commercial aux Émirats arabes unis.

Deux jours après son arrivée, il se présente chez un armurier du IIe arrondissement. Il recherche spécifiquement un kukri – un couteau népalais courbé – de la marque « Extrema ratio ». N’ayant pas ce modèle en stock, le vendeur l’oriente vers une autre boutique à Bastille où l’Égyptien se rend dans l’après-midi. Sur place, en plus d’acquérir deux spécimens identiques, Abdalla El Hamahmi achète une pierre à aiguiser.

Le lendemain, le 29 janvier, il se rend une première fois au Louvre pour une visite guidée. La conférencière évoque un visiteur souriant qui ne lui a posé qu’une question : savoir si les antiquités égyptiennes avaient été volées par Napoléon lors de sa campagne. Quatre jours plus tard, il se présente à nouveau devant l’entrée du Carrousel du Louvre. Pour le juge d’instruction, la préméditation ne fait guère de doute. Entre-temps, il a acheté trois bombes de peinture.

L’enquête a également révélé qu’avant son départ, ce diplômé en droit avait multiplié les tentatives pour louer un Hummer pendant une journée dans la capitale. Envisageait-il de commettre une attaque à l’aide de ce puissant véhicule ? Il le conteste, expliquant qu’il souhaitait faire des photos pour les publier sur les réseaux sociaux. Mais pour le juge d’instruction, son opposition à la présence d’un chauffeur est plus que suspecte.

Touché à six reprises

Alors qu’il est au sol, touché à six reprises, l'homme essaie encore de frapper en ne cessant de crier «Allah Akbar».
Alors qu’il est au sol, touché à six reprises, l’homme essaie encore de frapper en ne cessant de crier «Allah Akbar».  

Le jour des faits, Abdalla El Hamahmi pénètre dans le Carrousel du Louvre à 9h45. En haut des escaliers, il récupère ses deux couteaux – préalablement aiguisés – dans son sac à dos puis tombe nez à nez avec les militaires de Sentinelle, une arme dans chaque main. En dépit des sommations, l’Égyptien se rue sur l’un des soldats et le frappe au-dessus de l’oreille. Alors qu’il est au sol, touché à six reprises, il essaie encore de frapper en ne cessant de crier « Allah Akbar ». Lorsqu’une policière s’approche, il mime un geste d’égorgement. Pour qu’elle s’éloigne de peur qu’elle ne l’achève, expliquera-t-il. Les militaires sont persuadés qu’il voulait s’en prendre à des civils mais qu’il a été surpris de tomber sur eux.

Au cours de sa garde à vue, Abdalla El Hamahmi revendique son adhésion aux thèses de Daech mais affirme avoir agi à titre personnel. Sur le fond, il explique qu’il entendait effectivement s’opposer à la participation de la France à la coalition en Syrie mais en dégradant des œuvres avec ses bombes de peinture. Un attentat artistique en somme : « Je voulais causer un préjudice matériel au Louvre car cela représente un symbole pour la France et pour l’armée française et donc ça les aurait fait réfléchir », soutient-il.

Face au juge d’instruction, l’assaillant est revenu sur son attrait pour l’idéologie de l’Etat islamique. L’enquête a cependant mis en lumière plusieurs indices sur sa radicalisation. Le jour de l’attaque, il a notamment publié plusieurs tweets à caractère djihadiste, dont une citation d’un porte-parole de Daech. Surtout, en fin d’instruction, le magistrat a récupéré une vidéo sur laquelle l’Égyptien fait allégeance à Abou Bakr Al Baghdadi, le Calife de l’EI. Le film a été tourné à Paris vraisemblablement le jour de son arrivée. « J’annonce la bonne nouvelle à l’émir des croyants, qu’Allah le garde, car nous sommes des milliers à répondre à l’appel de l’Etat islamique (…) Avec la permission d’Allah, tu vas voir quelque chose qui va te satisfaire (…) », revendique-t-il. Une vidéo « fabriquée », s’est-il défendu.

Fils d’un colonel de la police égyptienne

L’absence de coopération des autorités égyptiennes et le retour très partiel des demandes formulées aux Émirats n’ont cependant pas permis de creuser la personnalité de ce fils d’un colonel de la police égyptienne, parfaitement inséré et doté d’une belle situation. « La volonté de commettre un acte spectaculaire à la face du monde n’est pas compatible avec la sérénité existentielle qu’il met en avant », constate le psychiatre Daniel Zagury chargé de l’expertiser et qui qualifie son cas d’« énigme ».

La cour d’assises à quatre jours pour se faire une opinion. « Notre client a subi une détention particulièrement difficile mais il entend s’exprimer sur l’ensemble ses faits qui lui sont reprochés », confient ses avocats Mes Matthieu Chavanne et François Gagey.

L’accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Le Parisien