Paris : Procès d’Elysée Ade, un sorcier béninois, “gourou du kung-fu et maître de la masturbation”, jugé pour abus de faiblesse et agression sexuelle (Màj)

05/10/2022

Les victimes racontent leur calvaire sous les yeux des fidèles

Ce lundi 3 octobre 2022 marque le premier jour de procès d’Élysée Ade, gourou de secte jugé au tribunal de Paris pour abus de faiblesse et agression sexuelle aggravée.

Elysée Ade, autoproclamé “ange”, prétendait purifier et éveiller ses disciples par des séances de kung fu et de masturbation. Ce quinquagénaire comparaît à partir du lundi 3 octobre 2022 devant le tribunal correctionnel de Paris.

Ce lundi 3 octobre 2022 débutait au tribunal de Paris le procès d’Elysée Ade, « gourou » d’une secte poursuivi pour abus de faiblesse et agression sexuelle aggravée. En ce premier jour d’audience, des victimes sont venues témoigner, racontant comment d’un simple cours de Kung-fu au parc de La Villette, des dizaines de personne ont sombré dans une emprise physique et psychologique totale où le conspirationnisme se mêle aux théories sexuelles les plus sordides.”

De nombreux fidèles présents

Dans la salle d’audience, l’ambiance était plus que pesante. Loin d’avoir rompu avec les préceptes enseignés, un très large comité de soutien était présent au côté du principal prévenu. De nombreux hommes, crânes rasés, certains portant une veste aux motifs chinois, et des femmes teintes en blondes ou en brunes, formaient une masse compacte. Selon l’avocat des victimes, plusieurs personnes n’ont pas osé témoigner, par peur. 

Des cours de spiritualité

Pour Bertrand*, tout commence par un jogging à La Villette. En 2001, cet homme sportif fait sa course dominicale du matin et tombe sur un groupe de personnes, dirigé par Élysée Ade. Ils pratiquent le Kung-fu. Bertrand décide de se joindre à eux, comme il le détaille à la barre : « C’était gratuit et j’étais très ouvert. L’activité a duré plusieurs années et des cours de spiritualité chinoise se sont peu à peu mis en place à côté ». 

À ces cours, Élysée Ade, parle de manière professorale sur le taoïsme ou encore l’acupuncture. En parallèle, les cours de Kung-fu deviennent de plus en plus exigeants : deux heures le vendredi soir et quatre heures le dimanche matin. Un jour, Élysée Ade se penche vers Bertrand et lui propose de le recevoir seul à seul, pour l’aider à guérir de ses problèmes. 

Des concepts ésotériques

Pour Bertrand commencent alors durant six ans des séances hebdomadaires de psychologie alternative à 50 euros la séance. À ces séances, Élysée Ade parle spiritualité, transfert d’énergie et n’hésite pas à monter les patients contre leurs proches : « il nous parlait sans cesse de l’ego, comme la source de nos malheurs dont il fallait se défaire. Il m’a aussi monté contre mon père » raconte Bertrand. 

De plus en plus, les discours deviennent farfelus, au rythme de l’emprise exercée sur les membres. Élysée Ade explique dans ses cours qu’il a eu plusieurs vies antérieures et qu’il est un Archange. Ses théories développent une classification proche du racisme : le chef étant un alpha, tandis que les pires personnes, parfois cataloguées sur leur origines ethnique, étaient les epsilon, lie de la société. « Les handicapés, c’étaient bien fait pour eux, car dans leur vie antérieure, ils ont dû faire des trucs pas nets selon lui » explique Céline*, autre témoin à la barre.

De multiples projets

À ces prêches spirituels s’ajoutent des projets. D’abord un magazine glamour, où « la sagesse rencontre l’élégance » qui fait un « flop » malgré l’investissement demandé à certains membres du groupe, dont 10.000 euros à Bertrand. Ensuite, un projet de conseil en entreprise, lui aussi avorté.

Arrive le projet FOX, pour Female Orgasm Xpert. Il s’agit d’une thérapie sexuelle enseignée à des femmes triées sur le volet, où une masturbation intensive à l’aide de vibromasseurs permettrait d’atteindre de nouvelles zones orgasmiques. Une des victimes a ainsi déclaré avoir perdu sa virginité lors de ces séances sous l’égide d’Élysée Ade et des MOW (Men of Wisdom). 

Une déviance conspirationniste

Selon Bertrand, les prêches deviennent de plus en plus violentes et apocalyptiques : « Il nous a expliqué que nous étions dans la matrice gérée par les illuminatis, les juifs ou encore les jésuites. Nous étions en pleine crise des subprimes. Il fallait retirer son argent des banques et investir dans les métaux précieux ou des plans financiers en Bourgogne », développe Bertrand. 

Les cours de Kung-fu deviennent aussi très intensifs. Élysée Ade n’hésite pas à insulter les participants : « tu es nulle », « tu vas mourir ». Les membres du groupe deviennent les soldats de lumière. Toute critique est rapportée au chef. Les tenues sont imposées. À ceux qui doutent, les réponses sont violentes : « Va dans le monde, voir comment ça se passe. Tu reviendras en rampant ». Les membres sont invités à déménager dans le 19e arrondissement, pour être plus proche des enseignements. 

Un départ teinté de violence

Bertrand est de ceux qui doutent. Un jour il explique à une autre membre qu’il ne croit pas à cette histoire de chemtrails (produits chimiques soi-disant lâchés par les avions pour tuer la population). Celle-ci lui répond : « Si tu doutes de ça, tu doutes de tout ce qu’a dit Élysée, et ça, personne ne peut l’accepter ». Le soir même, Bertrand est convoqué. Il doit partir. 

Déjà heurté par la violence de la rupture, la victime explique à la barre avoir voulu récupérer ses 10.000 euros. S’en est suivi un torrent de mails injurieux et menaçants. « Tu es au royaume de ton ego », « tu es une insulte cosmique » ou encore « tu n’es qu’une merde ». Cette vague de violence touche Bertrand psychologiquement : « Quand vous voyez vos amis les plus proches devenir une meute, ça fait peur ». Il décide d’aller au commissariat en 2012. Ce qui va lancer la longue procédure débouchant sur ce procès. L’audience doit se tenir jusqu’au 10 octobre prochain. 

Actu.fr

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02/10/2022

Elysée Ade sera jugé à partir de ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris pour “abus de faiblesse par sujétion psychologique” entre 2009 et 2015 et pour une agression sexuelle aggravée.

Ils se faisaient appeler “les guerriers de lumière” et étaient censés faire triompher la paix dans le monde. À leur tête: Elysée Ade, un franco béninois, âgé de 52 ans, jugé, ce lundi 03 octobre, pour “abus de faiblesse par sujétion psychologique” entre 2009 et 2015 et pour une agression sexuelle aggravée. Vingt-deux personnes l’accusent aujourd’hui d’avoir abusé d’elles. 

Des séances destinées à devenir des FOX (Female Orgasm Xpert) 

Pour entrer dans cette “armée”, les adeptes devaient suivre, pendant plusieurs heures, des entraînements de kung-fu dans le parc de la Villette à Paris. “Parfois jusqu’à l’épuisement”, racontent nos confrères du Parisien. L’homme mis en cause proposait à ses adeptes de suivre des thérapies facturées 50€ alors qu’il n’a jamais eu aucun diplôme de thérapeute. Il dispensait également des cours de philosophie, toujours sans aucun diplôme.

Grâce à sa force de persuasion, il est parvenu à lever quelque 230.000€ auprès de “ses fidèles” pour financer son entreprise (la bien nommée « Invisible Light Entreprise », qui n’a jamais eu la moindre activité) dont la vocation n’était autre que de diffuser, au monde entier, sa théorie de l’existence d’un complot mondial. 

Dans ce que certaines de ses victimes jugent aujourd’hui être “une secte”, le culte du corps était poussé à l’extrême. Le “gourou” était parvenu à avoir une maîtrise sur l’intime de ses disciples : il les aurait guidés vers l’échangisme, la séparation et même à avoir des relations sexuelles entre eux. Lors d’une des séances destinées à devenir des FOX (Female Orgasm Xpert) – “Un statut qu’on ne pouvait atteindre qu’en pratiquant la masturbation de façon assidue (cinq fois par jour minimum)”, expliquent nos confrères -, l’une des plaignantes aurait été poussée à perdre sa virginité. Des faits qui valent à Elysée Ade d’être poursuivi pour ” agression sexuelle”.

Des ambassadeurs qui, pour mériter leur statut d’élu, devaient se conformer à des critères stricts pour se défaire de leur « ego ». Le week-end, ils se retrouvaient dans le parc de la Villette (Paris XIXe), pour un entraînement de kung-fu de plusieurs heures, parfois jusqu’à l’épuisement. Des cours dispensés gratuitement par Elysée Ade pour recruter de nouveaux membres. Sans aucun diplôme, le même proposait ensuite ses services de « thérapeute ». Lesquels ressemblaient plutôt à une logorrhée sur ses « voyages astraux » et à une critique en règle de l’entourage de ses futurs disciples, facturés 50 euros.

Prétendant avoir « le monopole de l’intelligence », selon une écoute téléphonique, Elysée Ade dispensait aussi des cours de philosophie lors de « cercles d’éveil », y développant la théorie d’un complot mondial par les Illuminati (empoisonnement de l’air, de l’eau etc.) qu’il entendait contrer en diffusant ses idées à l’international. Pour ce faire, les adeptes ont financé à hauteur de 230 000 euros une société dans laquelle Elysée Ade s’était arrogé la majorité des parts : la bien nommée « Invisible Light Entreprise », qui n’a jamais eu la moindre activité.

Connecté en permanence avec eux via tchat, Elysée Ade surveillait et distribuait les ordres, menaçant à chaque écart de retirer sa « protection » selon un prêchi-prêcha mêlant taoïsme et sorcellerie béninoise. Avec notamment une fixation sur les corps : exercices physiques éreintants, jeûnes prolongés — l’une des plaignantes est ainsi passée sous la barre des 40 kg — et maîtrise de l’intimité. Elysée Ade faisait et défaisait les couples, poussant certaines femmes à faire l’amour entre elles ou à pratiquer l’échangisme.

Concernant la « Invisible Light Entreprise », l’avocat évoque une « structure horizontale dans une société avec des intérêts communs ». Et s’il concède une « petite erreur dans la rédaction des statuts, c’est bien Elysée Ade qui a apporté son savoir-faire. Mais être majoritaire dans une entreprise ne fait pas de vous un gourou ! » « Il est le thérapeute, le chef d’entreprise, le philosophe, le professeur des séances sexe… Si ce n’est pas pyramidal, ça y ressemble ! » ironise en retour Me Bosselut.

Il est jugé pendant trois jours devant le tribunal correctionnel de Paris. Il risque jusqu’à sept ans de prison.

La Dépêche