Paris : Un studio de 10 m² loué à 610 €/mois a attiré plus de 700 candidats

La demande de logements à louer explose même pour des loyers exorbitants, alors que l’offre se raréfie dans la capitale.

Trouver un logement à Paris est un vrai chemin de croix. Les files d’attente s’allongent dans les escaliers et débordent même parfois jusque dans la rue. La tension locative est d’autant plus forte que la concurrence ne cesse de s’étoffer. La crise de l’immobilier ne touche pas seulement les ventes mais aussi les locations. De plus en plus de ménages, qui n’ont pas les moyens de devenir propriétaires, viennent gonfler les rangs des locataires en recherche de toit. «Des couples de propriétaires, après un «accident de la vie» (divorce par exemple), se rabattent souvent sur des logements plus petits à louer», souligne Ivan Thiébault, responsable de la data chez Locservice, société spécialisée dans la location entre particuliers.

Conséquence: les demandes de location explosent: +23% en un an, selon la Fédération nationale de l’immobilier. Problème: l’offre, de son côté, s’effondre: -34% sur ces 12 derniers mois. La moitié des agences disposent moins de 10 biens en location. Et 10% n’en ont aucune! La faute à l’encadrement des loyers et à l’interdiction de location des logements énergivores, aux dires des experts. «À Paris, c’est très compliqué de trouver un bien qui respecte les normes. Deux tiers ont un DPE F ou G», souligne Alexandre Fitoussi, fondateur de Beanstock, une plateforme de gestion locative.

251 demandes en 48h

Un appartement de seulement 10 m² a pourtant attiré 765 candidats à la location en une semaine. Son loyer de 610 euros par mois avait pourtant de quoi en refroidir plus d’un. Au premier abord, ce tarif paraît illégal car nettement supérieur au plafond fixé par la préfecture de Paris pour un tel appartement. En réalité, ce n’est pas le cas car ce loyer se compose notamment d’un complément de 136 euros – «l’appartement dispose d’une vue dégagée sur les toits de Paris», souligne Alexandre Fitoussi – qu’un propriétaire peut réclamer au locataire dès lors qu’il est mentionné noir sur blanc dans le contrat de location. Sauf dans le cas d’un logement énergivore (F ou G), d’un bien avec WC sur le palier et s’il a un vis-à-vis à moins de 10 mètres.

Hors complément de loyer, cet appartement de 17 m², dans le 18e à Paris, est à louer 672 euros par mois.

Même des loyers à 900 euros ou plus (par mois) ne rebutent pas les candidats parisiens à la recherche d’une petite surface. Dans le 3e, un studio de 14 m² a attiré 251 personnes en seulement 48 heures! L’appartement, doté d’un balcon de 5 m², au dernier étage, avec vue panoramique sur Paris, est proposé à 920 euros par mois dont un loyer de 642 euros, 80 euros de charges et un complément de 198 euros. Autre exemple: dans le 18e, à la frontière avec le 9e, vers Barbès-Rochechouart, un studio de 17 m² est à louer pour 900 euros par mois dont un loyer de 672 euros (39,5 euros le m²), 58 euros de charges et 170 euros de complément (voir ci-dessus). En 72 heures, 150 demandes ont été recensées.

Outre la vue ou la luminosité, les bailleurs justifient souvent leur surloyer par la présence d’un lave-linge, d’une télévision, d’un climatiseur ou encore d’une machine à café. «Ces équipements ne font pas partie du mobilier obligatoire et rendent service aux locataires», assure Alexandre Fitoussi. Ces raisons inattendues sont aussi le fruit d’une loi floue qui ne prévoit pas de termes plus précis que «caractéristiques de localisation ou de confort» (article 140 de la loi du 23 novembre 2018) pour encadrer la demande d’un complément de loyer. Et peuvent générer des conflits. «Un locataire dispose de trois mois, à partir de la signature du bail, pour contester un loyer qu’il juge trop élevé, si le bail prévoit un complément de loyer», explique Me Valentin Simonnet, avocat en droit immobilier.

Le Figaro