Paris : Une spirale de 5.111 tongs de migrants dévoilée dans le cadre de l’exposition « Présences africaines dans l’art d’aujourd’hui »

L’exposition “Ex Africa“­­­­­ – Présences africaines dans l’art d’aujourd’hui­­­ – qui se tient du 09 février au 27 juin 2021 au musée du Quai Branly, à Paris, présente une impressionnante pièce de l’artiste béninois Romuald Hazoumé intitulée “No Return“, représentant une spirale composée de tongs de migrants ayant échoué sur les côtes béninoises. “No Return“ est une invitation au progrès adressée à l’être humain.

« “No Return“, le titre de ma pièce, montre qu’on n’a plus le choix, il faut qu’on avance. », explique Romuald Hazoumé, dont les pièces figurent parmi les cent cinquante œuvres des trente-quatre artistes exposées à l’exposition “Ex Africa“, qui a lieu présentement au musée du Quai Branly, à Paris. Représentant une spirale composée de tongs de migrants ayant échoué sur les côtes béninoises, “No Return“ est une impressionnante pièce de l’artiste béninois aux allures d’une invitation au progrès adressée à l’être humain.

Selon Romuald Hazoumé, le mouvement premier de la spirale, chez les As’hendo du Zaïre, les Lulua et Batou du Kassaï, les Baluba et Luba, les Manyiunguk, les Venda, les Bayala, les Dogon, chez tous ces peuples, mais aussi chez les Mayas, et jusqu’au Tibet, la spirale véhicule le même message : « Que l’on n’a pas d’autre choix que d’avancer ».

La spirale magnifiquement constituée de tongs appartenant, à en croire le plasticien, à des migrants. Elles ont échoué sur 160 kilomètres de côtes béninoises. Romuald explique que la collecte et le tri de ces tongs lui ont valu une année entière.

« Cela a pris une bonne année, de faire le tri pour retenir ces 5 111 tongs, qu’on appelle “impoli“ au Bénin (car les mamans s’en servaient pour frapper les enfants quand ils étaient impolis) », indique-t-il, avant d’ajouter : « Les tongs, on ne les perd pas, on ne peut pas se noyer avec, on ne peut qu’avancer, et au-delà du migrant, c’est l’être humain qui doit avancer… »

“Ex Africa“ expose, par ailleurs, d’autres créations de Romuald Hazoumè aussi surprenantes que “No Return“. Il s’agit de masques faits exclusivement de bidons plastiques. Ces œuvres de Romuald Hazoumè, composée de masques et des figures mythologiques, échappées d’un songe industriel et carnavalesque, parlent un commun langage. Elles s’inscrivent dans un métissage obligé. A travers ses sculptures, le plasticien béninois Romuald Hazoumé se livre à un formidable remix de la culture locale et de l’occupation post-coloniale.

“Ex Africa“—Présences africaines dans l’art d’aujourd’hui— est une exposition d’envergure qui met en avant cent cinquante œuvres pour trente-quatre artistes, dont quatre cartes blanches données à Kader Attia, Romuald Hazoumè, Pascale Marthine Tayou et Myriam Mihindou.

Si la majorité des artistes sont africains, environ un tiers sont européens, afin de réfléchir sur la portée et la place de l’art africain, en Afrique et dans le reste du monde. Quelles sont les relations historiques entre art africain et art occidental ? Quel regard porte-t-on sur l’art africain ? Quels sont les enjeux de la question délicate de la restitution des œuvres d’art ? Les questions soulevées par l’exposition sont complexes et dépassent souvent le cadre de l’art.

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